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Prétexte, paratexte, intertexte… et dérives.

Billet quasi amoureux d’autodéfense linguistique

Ce billet d’humeur est disponible en version audio, en duo avec Sophie-Andrée Blondin, la merveilleuse animatrice du magazine Les Éclaireurs sur ICI Radio-Canada Première! Vous pouvez même voir la version vidéo, on n’arrête pas le progrès!

Selfie de St-ValentinToute de rouge vêtue, je vous propose un billet d’autodéfense linguistique pour protéger votre santé mentale pendant cette période de suractivité de Cupidon. Soyez rassuré, je prêcherai pas pour un monde sans amour… mais on doit affronter en ce moment les excès dégoulinants liés à la St-Valentin, les cœurs en chocolat cheap, les statuts gluants d’amis en couples fusionnels, les fausses roses qui sentent le yable, pis les vraies qu’on reçoit pas, mais également les pièges de la déclaration d’amour non désirée. C’est pas facile de s’en sortir avec élégance. Pis si on s’en tient à « partir sur un flatte[0] » avec de la piquette, si on se fend l’âme en regardant des comédies romantiques ou en écoutant des chansons d’amour aux idées douteuses, on risque d’envoyer quelques textos qu’on aura tôt fait de regretter. Permettez donc que je vous propose quelques armes pour répondre par la bouche de votre canon pendant ce moment périlleux.

Célibataire de longue date,  nouvellement divorcé ou en relation selon un modèle moins… traditionnel?

Ouch mon coeurSituations très répandues, même si on n’arrive plus à avoir des statistiques récentes, le gouvernement du Canada ayant cessé de les compiler. Mais selon les derniers chiffres, de 2008, 50 % des mariages au Québec se termineraient par un divorce[1]. On sait aussi que la propension à se marier reste faible pis que les taux de personnes vivant seules augmentent. Mais c’est pas une excuse, vous diront tous ceux qui veulent que vous optiez pour le bonheur conjugal. Que faire?

Selon un petit sondage pas scientifique du tout que j’ai fait, avec un échantillon de trois répondantes, plusieurs préfèrent l’évitement et ne voient aucun proche du 1er au 20 février. Mais plutôt que de rester bouche bée, ou de s’enfermer en linge mou, je conseille le recours à langue verniculaire pour ne pas sombrer dans le désespoir. Vous êtes pas faits en chocolat, affrontez vos proches, rappelez-vous qu’ils veulent votre bien, mais n’hésitez pas à leur couper le sifflette s’ils veulent vous aider à trouver l’âme sœur alors que vous êtes dans une période Tinder. Plutôt que de leur mentir, vous pourriez leur dire que vous êtes en garouage; expression québécoise magnifique qui veut dire que vous êtes à la recherche d’aventures galantes pis ça ajoute un fini glamour aux histoires d’un soir poches.

Y persistent et insistent que c’est le temps de vous caser? Rétorquez que vous, vous avez aucunement l’intention de faire noces de chien ou de papier, comme certains. Ils sentiront pas l’insulte dessous, ils penseront que ça fait partie de ces expressions qui marquent les anniversaires de mariage, comme les noces de froment[2] pis les noces de laine[3]! Pourtant, faire noces de chien, c’est se marier pour des motifs sexuels, pis noces de papier, ben c’est pour avoir sa citoyenneté…

Vos interlocuteurs sont du genre à ne pas se laisser décourager par de si subtiles rebuffades? Créez un malaise.

vector-heart_z1zj49IO_LOn peut opter pour la brutalité, du légendaire « Mêle-toi de tes oignons » à « C’est pas de tes [JURON] affaires! »… mais même à 40 ans, on peut avoir peur de finir en pénitence dans sa chambre. Optez donc pour le flou à la place : invoquez l’unicité de votre triangle amoureux par un « Nous, on a décidé de pas définir ce qu’on a », puis souriez.

Recourir aux expressions un peu trop imagée, c’est aussi très efficace si vous êtes dans une période de solitude, choisie ou non. Par exemple, n’hésitez pas à répondre que vous avez pas envie de faire l’amour en brouette pis de vous faire manger les amygdales. Rien à voir avec le Kamasutra, pourtant, inconfort et froncements de sourcils garantis! Faire l’amour en brouette, c’est simplement avoir un genou à terre et embrasser sa tendre moitié qui est assise sur l’autre genou, pis se manger les amygdales, ben c’est s’embrasser goulûment comme on le fait à 14 ans… Pour mettre un terme à cet échange stériel, rassurez-les que « tout vient à point à qui sait s’étendre ».

S’ils n’abandonnent pas, bégoppez

vector-heart_z1XqN5L__LOui, oui, ça veut dire « ressasser le passé ». C’est une fine stratégie qui, lorsque bien employée, permet de repousser l’entremetteur – ou le prétendant –  trop insistant en lui montrant combien on a souffert et combien « on en a gros sur le cœur ». Faire pitié, ça réduit les ardeurs.

Par exemple, racontez en long et en large votre plus récent échec amoureux. Dites que votre « amour s’est élancé vers votre ex comme un taureau dans une porte de grange », pour bien illustrer que votre aventure avec votre patron marié s’est mal terminée. Ajoutez que vous « l’aimiez à la folie, comme une puce à l’agonie », que vous vous êtes « pâmé violette[4] », « arraché le cœur » alors que lui voulait que « jouer à la peau[5] » et « jouer aux fesses[6] ». Clamez que vous en avez marre de vous « faire saucer[7] ». Ça devrait les achever!

Y se peut qu’un ami bien intentionné vous serve le « Un de perdu, dix de retrouvés » ou qu’un prétendant saute sur l’occasion pour vous conter fleurette. Pour qu’ils cessent de vous importuner, foncez! Tout en ayant « l’air d’un cochon qui a reçu un coup de sciau », déclamez « Amour de mon cœur, si tu savais comme tu m’écoeures, tu t’en irais ailleurs ». C’est du solide, c’est publié dans le Dictionnaire des expressions québécoises de Pierre DesRuisseaux.

Et si au contraire, je voulais déclarer ma flamme sans se faire répondre de la sorte?

Pour ça, y’a les cartes de souhaits à la pharmacie. C’est sécuritaire, vous pouvez toujours invoquer que vous savez pas lire pis que vous l’avez choisie pour l’image.

vector-heart_GkLq4c8u_LMais pour les plus téméraires, avant de déposer votre cœur aux pieds d’un éventuel amour, je recommande le recours aux légumes racines. Formulez maints avertissements : dites que vous avez la « patate fatiguée » par l’inconstance amoureuse, que votre mariage « a fait patate » et que vous avez bien pensé « lâcher la patate » sur Réseau contact. Soyez franc : déclarer votre intérêt est une étape difficile, dites-le que vous avez « le cœur qui danse la claquette [8]» ou « le cœur qui débat comme une patate dans un sabot » ou « dans un chausson sale [9]». Vous pouvez même prononcer pétaque, tout cela est également dans le dictionnaire, et l’image du tubercule bondissant dans un bas sale risque de vous donner quelques secondes de répit avant de vous « faire r’virer ».

Aussi, même si vous êtes plein de bonnes intentions, évitez les compliments du genre « T’es amanchée pour veiller tard » et les « j’suis pas attiré par les « racks à chips [10] », je préfère les « beaux brins de filles » pulpeux comme toi. C’est… pas bon.

Z’êtes un peu découragé?

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Source : GIPHY.com

Bah! Vous savez comme moi que les commerçants nous convaincront à coups d’emballages suintants, de publicités promettant l’extase du sentiment dans le diamant et l’exaltation du corps dans des draps tout blancs. Aujourd’hui ou plus tard dans l’année, quand on aura arrêté de se méfier. Y réussiront à nous faire croire que peu importe notre état amoureux, ça pourrait être mieux. On retiendra pas les leçons des chansons du désastre amoureux à plein poumons comme « Je serai l’ombre de ton chien, mais ne me quitte pas ». On va plutôt entonner « Et si tu n’existais pas ». Rien ne sert de se « suer la cervelle [11]», Sophie-Andrée, on est programmé pour s’enlacer, s’accoupler, se déchirer pis recommencer. Bonne St-Valentin!

 

[0] Trinquer, s’enivrer

[1] http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/bilan2011.pdf page 14

[2] Noces de froment : 3 ans de mariage

[3] Noces de laine : 7 ans de mariage

[4] rougir, s’extasier

[5] se mettre en quête d’une aventure galante, faire l’amour

[6] avoir des relations sexuelles.

[7] Se laisser tromper, duper

[8] Avoir des palpitations

[9] Avoir le cœur qui débat à cause de la peur ou parce qu’on est essoufflé

[10] Très maigre

[11] S’épuiser à réfléchir

 

Rendez-moi mon regard reposé!

Vous êtes plus auditeur que lecteur? Vous pouvez entendre la version narrée courte de ce billet d’humeur, légèrement modifiée, et en duo avec Sophie-Andrée Blondin, la merveilleuse animatrice du magazine Les Éclaireurspar ici sur le site de ICI Radio-Canada Première!

Des cernes et des poches à tout âge…

Déjà sur mes photos de bébé, on voit que j’ai des cernes et des poches sous les yeux. Ce n’est pas parce que j’étais une enfant battue, déprimée ou insomniaque. Les cernes et les poches sont héréditaires, ce sont les gènes de mes géniteurs qu’il faut blâmer! L’origine ethnique de mes ancêtres peut également avoir contribué à la pigmentation plus foncée de mes cernes (quoique ma généalogie officielle ne le révèle pas, un certain métissage n’est pas improbable…).

Source Giphy
Source Giphy

Il faut aussi rappeler que le cerne et la poche sont la conséquence de notre constitution générale d’humain : le besoin de mobilité de l’œil est grand, on cligne des yeux des milliers de fois par jour, et ceci n’est possible que grâce à la minceur et la légèreté de la peau qui les entoure, mais qui dit minceur dit fragilité, entre autres à la sécheresse.

Évidemment, il y a également des tonnes de facteurs « aggravants ». Les allergies peuvent amplifier l’enflure par le gonflement des vaisseaux sanguins, l’exposition au soleil peut accentuer la pigmentation foncée des cernes, l’alcool déshydrate et contribue à l’amincissement de la peau déjà fragile dans cette région, la fatigue rend le teint terne, le gras peut s’y accumuler, les troubles de la circulation autant que la pilule anticonceptionnelle peuvent jouer sur la dilatation des vaisseaux sanguins dans cette zone très vascularisée qu’est le dessous de l’œil. Enfin, le passage du temps module et affecte notre corps, son œuvre n’épargne pas notre regard.

Bref, ce qui est normal c’est d’avoir des cernes et des poches sous les yeux, à tout âge! En voici la preuve très scientifique : deux photos de moi, enfant et cernée…
Cernée, même sous l'arbre de Noël CCI20141010_0006 (2)

 

 

 

 

 

 

 

Oui, mais… j’haïs ça quand même les cernes et les poches!

On a beau savoir que c’est naturel, nous sommes nombreux à angoisser à ce sujet, autant quand on se regarde dans la glace, que lorsque notre regard se pose sur autrui. En 2006, plus de 50% des femmes identifiait le cerne foncé sous l’œil parmi leurs principales préoccupations esthétiques, dans un sondage réalisé auprès de 13 000 clientes de Clinique.

Faque. Nos ancêtres en pensaient quoi, eux?
(où l’art visuel à la rescousse)

Détail de la Maestà di Santa Trinita, tableau peint par Cimabue vers 1280

Pour déterminer si c’était un phénomène récent, je me suis tournée vers l’art visuel (toutes les raisons sont bonnes pour regarder des tableaux et des sculptures!). J’ai zyeuté des siècles de représentation de l’homme et de la femme. J’ai été surprise de remarquer que le cerne foncé sous l’œil et le gonflement de la paupière inférieure étaient la plupart du temps (y’a toujours des exceptions!) représentés dans l’art roman et l’art gothique. Les cernes de la Madone d’Ognissanti ou de celle de Santa Trinita rivalisent avec ceux de Richard II (le pauvre, ça n’a vraiment pas l’air d’être une bonne journée…) ou du Christ sur cette fresque presque bédéesque (vers 1123). Même les anges sont cernés sur certaines oeuvres!

Madame de Pompadour, par François Boucher [domaine public], via Wikimedia Commons

C’est à la Renaissance que je remarque que le dessous de l’œil de certaines dames se lisse et s’harmonise au reste du teint. Le portrait de la femme de l’aristocratie et de la noblesse révéle de moins en moins le sillon et le gonflement, à compter du 17e. Les roturières, par contre, continuent de les arborer… On trouve encore des images où tout le monde a des cernes, comme dans Dame au bain de François Clouet, mais plus on avance dans le temps, et plus on trouve des toiles comme cette Madame Henriette de France de Jean Marc Nattier ou le Portrait en pied de la Marquise de Pompadour d’où sont absentes toutes marques sous l’oeil. Était-ce le résultat de l’amélioration des conditions de vie des classes supérieures? De l’horaire moins touffu des privilégiées? En partie probablement…

Oeuvre de Jean-Antoine Houdon via Wikimedia Commons

Mais je remarque que les représentations visuelles des hommes ne sont que peu affectées, qu’ils soient roi, penseur, religieux ou simple ouvrier. Le buste de ce pauvre Voltaire réalisé par Jean-Antoine Houdon et le portrait du Cardinal Niccolò Albergatti peint par Jan Van Eyck en sont deux exemples. Les traces du temps qui passe, les marques des forces de la nature et du travail qui s’exercent sur le visage masculin perdurent longtemps dans la représentation visuelle.

C’était comment à l’époque de mes parents?

Les archives photographiques récentes sont aussi éloquentes : René Lévesque autant que Pierre Elliott Trudeau étaient cernés jusqu’en d’ssous des bras et on n’en faisait pas de cas. Mais les photos officielles de la Reine Élizabeth ou de Margaret Thatcher présentent un œil tout léger (pas parfait, mais on voit qu’une attention a été portée à cette zone). On dirait bien que pendant un certain temps, le cerne et la poche chez l’homme était le gage d’un engagement soutenu envers le travail et l’effort, alors que chez la femme « bibelot tragique », ces attributs attestaient négativement de son vieillissement et du déclin de sa réserve ovarienne.

Et maintenant… le grand écart.

Quand j’ai sondé les gens de mon entourage pour savoir ce qu’ils pensaient des cernes, beaucoup d’hommes et de femmes m’ont répondu que ça les préoccupait énormément. Oui bien sûr, le facteur esthétique était nommé, certaines n’ont pas envie d’avoir l’air d’une « vieille sorcière ». D’autres disaient que le cerne, c’était sexy, ça sous-entendait de folles nuits de plaisir!

Mais surtout, on s’inquiétait de l’écart entre « comment on se sent à l’intérieur » – jovial, jeune, reposé et en forme – et comment les autres interprètent nos cernes et poches. On pourrait résumer en disant que « c’est gossant de te faire dire que tu as l’air fatigué ou pas en forme, quand tu es reposée, que tu fais du jogging pis que tu te bourres de quinoa! ».

C’est que notre rapport au travail et à la fatigue semble s’être transformé… Avant, s’éreinter dans les champs autant que passer de longues nuits blanches à mener des tractations politiques étaient socialement valorisés. L’être parfait ne ménageait pas ses efforts et ne comptait pas ses heures. Mais notre le capital de sympathie collectif pour le bourreau de travail semble s’être désintégré : on le voit maintenant comme un « excessif », un « désorganisé ». On ne cesse de publier des recherches sur notre « supposé » déficit de sommeil contemporain – je rappelle au passage qu’une récente recherche a démontré que nos ancêtres dormaient moins que nous… mais bon. Ce qui est valorisé présentement, c’est le fameux équilibre travail-famille-hygiène-de-vie-parfaite, l’être supérieur est celui qui affiche les réalisations d’un chef d’entreprise avec la détente d’une comtesse, le corps d’un marathonien et le régime alimentaire d’une nutritionniste, et ça à tout âge…

L’idéal du regard reposé n’a plus de genre…

Ce n’est plus une affaire de beauté féminine. Les innombrables discussions sur les caractéristiques faciales de Donald Trump et Hillary Clinton nous montrent d’ailleurs qu’on tend vers la parité en la matière… Même ces messieurs doivent maintenant avoir l’air frais comme une rose! Et pour se faire, ils se crèment et se maquillent à nouveau! Ils l’ont déjà fait par le passé, maquillage tribal, poudre blanchissante, rouge aux joues, alouette, mais disons que pendant un certain temps, à part Boy George et Kiss (pis le Joker), on était moins habitué de voir nos hommes user de ces artifices. La grande nouveauté, c’est qu’on leur propose leurs produits propres, discours publicitaire pompeux à l’appui. Ils ont maintenant de petites crèmes censées « défatiguer » le contour de l’œil et réduire leurs sillons mauves-bleus-bruns, de petits bâtons à bille « anti-fatigue » à « effet glaçon immédiat » et un « fluide de camouflage couvrant léger 100% IN-DÉ-TEC-TA-BLE »  pour « illuminer » leur regard. Depuis 2012, les lancements de produits de soins et de beauté destinés aux hommes ont augmenté de 70% et ce secteur représente plus de 4 milliards de dollars par année aux États-Unis, alors qu’il se développe massivement en Chine et ailleurs. Ceci dit, tous les hommes ne se ruent pas au rayon cosmétique : selon un sondage réalisé en Australie récemment, un homme sur cinq se sert plutôt dans l’armoire de sa partenaire, ce qui nous coûterait en moyenne, mesdames, 300$ par année!

Bistouri, nous voici!

Les possibilités techniques offertes par la chirurgie plastique ont été utilisées par bien des femmes pour moduler leur regard. Et maintenant, les hommes s’y adonnent aussi. J’ai eu un assez grand choc en consultant les statistiques de l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery (ASAPS). Le recours à la chirurgie plastique chez l’homme a explosé entre 1997 et 2015 de 273%. Au niveau du visage, entre 2010 et 2015, les « lifting » ont augmenté de 44%. La blépharoplastie, la procédure qui vise à rajeunir le regard, soit en remontant la paupière supérieure tombante, en sculptant la paupière inférieure pour faire disparaître les poches ou en retirant la graisse accumulée responsable de certains cernes, a augmenté chez les hommes de 34%.

Tout le monde ne se fait pas refaire le visage ou le regard, bien sûr, mais cette obsession du regard reposé se démocratise : on est de plus en plus nombreux à ne pas vouloir passer pour quelqu’un qui a une mauvaise hygiène de vie, chose ô combien non séduisante à notre époque! On se sent beaucoup plus en forme que ce dont on a l’air : on veut réconcilier la réalité intérieure et la réalité extérieure… L’amélioration des technologies de l’image nous influence aussi sûrement un peu : disons qu’entre apercevoir de temps en temps son reflet embrumé dans un vieux miroir et se voir sans arrêt dans une tonne d’autoportraits en HD avec nos yeux en gros plan, il y a un écart de réalité qui fait sursauter… et on ne peut pas toujours se photoshopper.

Immortalité, me voilà!

La mort...
La mort cernée…

Enfin, même si elles ont beaucoup à voir avec la génétique, ces marques sous nos yeux sont un rappel quotidien de notre plus grand défaut, notre caractère mortel. La mort, on n’aime pas ça. On la nie, on la fuit, on la cache et on l’ignore. Commerçants et chirurgiens du regard peuvent donc continuer de dormir en paix, la demande (et leurs profits) risque(nt) de continuer de croître, car s’il y a une chose à laquelle nous avons de moins en moins envie de nous confronter, hommes et femmes, c’est bien notre (insignifiante?) finitude.

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Appeler la police pour se plaindre de la police : j’y croyais (pus maintenant).

Sortir à la pharmacie, c’est plus rock’n’roll que tu penses…

Faque dimanche soir 25 octobre vers 17h, je suis allée à la pharmacie, coin Bourbonnière et Ontario Est. J’ai une vie excitante de même :) J’ai, ainsi que deux autres citoyens, eu droit à un traitement que je considère injuste de la part d’un agent de la paix. On parle pas d’abus physique ou de choses graves comme ce qui s’est passé à Val d’Or pis qui occupe l’espace médiatique depuis des jours. On parle de trois pauvres bougres qui ont eu des contraventions de stationnement de 53$, quand les 52 autres véhicules présents (50 autres autos et 2 motos), dans la même zone soumise au même chaos de signalisation temporaire, n’en ont pas eu. J’ai fait un peu de droit à l’université, je savais que le policier avait un pouvoir discrétionnaire, mais me semblait qu’il devait l’exercer de façon non arbitraire et en respectant son code d’éthique (préserver la confiance du public, faire preuve de probité, etc.). J’étais fâchée par l’injustice flagrante – mais modérons nos transports, la vie de personne n’était en danger. Si tu veux vraiment lire les détails sur ce qui nous a valu des contraventions, gâte-toi, c’est au bas de ce billet dans les Q&R à la fin. Mais honnêtement, on s’en fout un peu. C’est devenu ben secondaire.

Appeler la police pour se plaindre de la police : j’y croyais (pus maintenant).

Le point, c’est que j’ai eu la mauvaise idée de croire à la police de proximité et au service à la population. J’ai pensé, naïve, qu’il suffisait d’appeler au poste pour demander à parler à un superviseur pour que ce dernier corrige la situation ou alors qu’il m’explique les motifs de la décision du policier, laquelle m’apparaissait arbitraire. Je voulais pas aller en déontologie, je pensais même pas contester ma contravention! Je voulais simplement porter plainte contre un agent de la paix et être entendue par un supérieur. Du gros basic de citoyenne engagée dans sa communauté. Je voulais aussi que ce soit clair, pour pas qu’on me le reproche ensuite, que le supérieur qui me rappelle sache que je le citerais peut-être, si je décidais d’explorer ce thème dans mes écrits publics : tsé, je fais des billets d’humeur à la radio, du théâtre au théâtre, pis des fois, de la tivi à la tivi…

Bref, du fin fond de ma vie mémère, du haut de mes 5 pieds 4 pouces et demi, dotée de mon IMC-limite-mais-pas-à-cause-de-mes-muscles, j’ai empoigné à 17h45 mon cellulaire avec conviction, pis j’ai appelé au poste 23. Full disclosure : c’était pas la première fois que je les appelais, pis ils ont toujours été professionnels… c’est vrai que j’avais jamais appelé avant pour me plaindre d’un policier, mais fouille-moi, ça m’a même pas traversé l’esprit de penser que ça se faisait pas. L’agent en service qui a pris mon appel a été ben swell, même si j’étais pompée pis gossante, sauf qu’il m’a dit que le nom de l’agent pis son matricule lui disaient rien. Il m’a demandé d’expliquer le contexte de ma rencontre avec l’agent, puis il m’a dit que ça devait être un agent qui relevait « de la circulation et du stationnement ». Il m’a donné un autre numéro où appeler pour joindre le superviseur de ce secteur. 18h08, je compose ce numéro, c’est le 911 nine-one-one, qui répond : la ligne que j’appelle y est transférée, m’apprend-on.

J’explique que ce n’est pas une urgence, que je veux porter plainte contre un agent de la paix, nom PG, matricule WXYZ, et que je veux parler à son superviseur. La répartitrice ne semble pas elle non plus trouver ce policier dans son répertoire, elle me dit que ça doit être un préposé au stationnement, je lui dis que non, il était en uniforme et conduisait une fourgonnette blanche et bleue du SPVM. Je redonne quelques fois ses nom et matricule, je donne des détails, je répète à nouveau que je veux parler à un supérieur en tant que citoyenne qui veut faire une plainte, que l’agent a fait une application aléatoire du règlement en ne ciblant que trois citoyens, que je veux qu’on m’explique comment c’est possible et je redis que je vais peut-être rendre ces informations publiques parce que c’est ma job dans la vie que de commenter la société, surtout quand y’a de l’argent en jeu. On pourra pas m’accuser d’avoir piégé qui que ce soit… La répartitrice finit par me dire qu’un sergent me rappellera, donc je lui laisse mon numéro de cellulaire.

Quand le policier contre qui tu veux porter plainte te rappelle sur ton cell, ça surprend.

Éventuellement, un numéro masqué apparaît sur mon cell : c’est logique, tsé, la police donne pas tous ses numéros. Je réponds, toute confiante. Mais le début de l’interaction est weird : c’est l’agent PG, matricule WXYZ. Je fige. Je lui demande si c’est lui qui m’a donné une contravention plus tôt et il me dit qu’il ne sait pas, que ça se peut. C’est pas long que ça se confirme : c’est bien lui… Le policier contre qui j’avais demandé à loger une plainte me rappelle sur mon cell. Eh bo-boy. Le reste de l’échange, pas très constructif, où il parlait sans arrêt sans me laisser placer un mot avec ma voix chevrotante, se résumerait assez simplement en « vous allez pas me dire comment faire ma job ». A fallu que je travaille vraiment fort pour avoir un nom de superviseur (pas de titre, juste le nom de famille P.) et un numéro à composer.

J’ai raccroché. J’ai respiré. Pis j’ai appelé le numéro que l’agent PG venait de me donner pour parler à son superviseur P. : ça a sonné sans arrêt, sans qu’aucune boîte vocale n’embarque, sans que personne ne réponde.

MAJ 27 OCT. à 21H et 28 octo 13h13 : Ça m’aura pris 48h pour comprendre que l’agent PG m’a donné comme nom de superviseur « Pichette » pour se débarrasser de moi en me référant au… chef du SPVM, M. Marc Philippe Pichet (mon cerveau arrive pas à intégrer que ce n’est plus M. Marc Parent) . Je comprends enfin pourquoi il n’y avait personne de ce nom au numéro qu’il m’a également donné…

Ça marche cette approche : t’as vraiment pus envie de les rappeler, ever, après…

C’est là que j’ai failli abandonner. Je me sentais « comme de la marde ». On venait clairement de me faire comprendre que j’avais pas d’affaire à poser de questions en tant que citoyenne. Pire, on venait de me démontrer de manière éloquente que je ne pouvais pas me plaindre d’un policier sans que ma plainte lui soit transmise avec mon numéro de téléphone.

Un journaliste m’a demandé aujourd’hui si j’ai eu peur : non, j’ai pas eu peur au sens de « ma vie est en danger en ce moment », mais je me suis sentie trahie. Je me suis dit « iiiish, me semble que ça me tente pas de jaser avec lui pis j’me sens moyen bien là… ». J’ai trouvé ça intimidant. J’ai été ébranlée. Dans mes convictions surtout. Pis j’me suis endormie qu’au petit matin parce que j’arrêtais pas de ressasser tout ça pis de penser à ces personnes qui voudraient dénoncer un abus grave, physique ou autre, et dont la plainte serait traitée ainsi. T’imagines que ton agresseur te rappelle? Frisson-de-pas-l’fun.

Mais je suis du genre idéaliste pis un brin tête-de-cochon. J’crois à ça moi le titre « agent de la paix »… Faque aujourd’hui, lundi 26 octobre, j’ai recomposé le numéro qui m’a été donné par l’agent-PG-à-qui-on-dira-pas-comment-faire-sa-job et j’ai demandé à parler au supérieur P. dont je n’avais que le nom de famille. Surprise, à ce numéro, il n’y a personne avec le patronyme P… Le sergent B. au bout de la ligne n’en connaît pas… Re-ébranlement de mes convictions… Le code de déontologie me flashe en néon dans le cerveau tout autant que la phrase « laisse tomber, fuis! ».

Mais j’prends mon courage à deux mains, je réexplique que j’ai appelé hier pour faire une plainte au sujet de l’agent PG, matricule WXYZ. J’ajoute que ma plainte lui a été transmise et que c’est lui qui m’a rappelé sur mon cellulaire, ce que je trouve très inapproprié (probablement qu’ici je surarticule et que je fais du bold avec ma voix…). Le sergent B. m’informe que ce n’est pas la procédure habituelle pour la résolution d’un conflit entre un agent et un citoyen. My god, je suis une citoyenne de nouveau! Il me dit également que c’est effectivement un de leurs policiers. Qu’il le connaît bien et que c’est un très bon policier : je ne sens pas qu’il dit ça pour m’influencer, je le lui ai même dit, mais c’est certain que ça te rappelle clairement que t’es dans un bien petit milieu. Là pour faire une histoire courte, le sergent B. me dit que c’est impossible que ce soit cet agent qui soit concerné par ma plainte, il n’était pas en service la veille. J’argumente que j’ai un constat devant moi avec ses nom et matricule. Allumé, le sergent B. pitonne et trouve qu’il était en service pour une autre division, sur un mandat de « fluidité de la circulation ». Il me donne donc le numéro de téléphone d’un superviseur de ce secteur, le sergent T., qui sera de retour au bureau demain mardi. Le sergent B., très professionnel, me laisse ses coordonnées et ses heures de travail, au cas où…

Évidemment, j’ai laissé un message au sergent T. qui n’était pas là. J’imagine qu’il me rappellera demain… MAJ 27 OCT. à 21H : Non, personne ne m’a rappelée.e MAJ 28 OCT 13h20 : Ouiiiii, j’ai eu un appel ce matin du Sergent L. (on fait le tour de l’alphabet, mais au moins on avance!), voir la fin de ce billet. Je ne sais même plus si j’aurai le courage de remettre en question l’application arbitraire du règlement par l’agent PG… même si j’ai filmé et pris des photos de la rue. Je vais peut-être m’en tenir à ne poser que cette épineuse question :

« Pourquoi, quand une citoyenne appelle pour porter plainte contre un de vos agents, qu’elle a clairement identifié, c’est cet agent qui la rappelle sur son cellulaire? »

C’est tu ça, la police de proximité? C’est proche longtemps.

Le pouvoir discrétionnaire n’est pas absolu

En attendant le retour d’appel du sergent T. – dont je n’attends plus grand-chose, on ne se le cachera pas –, j’ai appelé Me Véronique Robert pour comprendre les limites du pouvoir discrétionnaire du policier. C’est pas rassurant… Ça ben l’air que le policier peut se mettre sur le coin de la rue, voir passer 10 voitures qui dépassent la limite et n’arrêter que vous. Il peut voir 55 voitures stationnées dans une même zone et n’émettre que trois contraventions. Par contre, m’a dit Me Robert, le policier doit pouvoir justifier sa décision.

Je suis allée fouillée la jurisprudence. L’arrêt Beaudry[i] est pas pire intéressant sur la question, même si on n’y jase pas tellement fluidité de la circulation : « Ainsi, l’agent de police qui a des motifs raisonnables de croire qu’une infraction a été commise ou qu’une enquête plus approfondie permettrait d’obtenir des éléments de preuve susceptibles de mener au dépôt d’accusations pénales, peut exercer son pouvoir discrétionnaire et décider de ne pas emprunter la voie judiciaire. Or, ce pouvoir n’est pas absolu. Le policier est loin d’avoir carte blanche et doit justifier rationnellement sa décision. »

C’est pas mal ça que j’aurais aimé : qu’on me justifie rationnellement l’injustice. J’étais prête à écouter. Mais là, j’vais avoir ben d’la misère à vous croire. Et encore plus à vous faire confiance.

MAJ 28 OCT 13h20 : Je remercie tous ceux qui ont participé sainement ces derniers jours à la discussion sur la situation que j’ai vécue avec le SPVM. Je déplore les attaques personnelles qui ont été faites à mon sujet au bas de l’article du JdM, mais elles ne devraient surprendre personne, c’est une tendance lourde dans certains cercles que de ne pas s’intéresser aux enjeux et de s’en prendre aux gens. Je remarque aussi que la rhétorique gagnerait à être remise au programme scolaire (ainsi que le français écrit). Mais bon, j’aurai peut-être trouvé mon costume d’Halloween dans tout ça, je pense me déguiser en princesse… :)

J’ai tenté d’être la plus factuelle possible sur mon blogue et dans mes réponses aux journalistes de la radio et de la presse écrite sur ce que j’ai vécu, tout en gardant confidentielle l’identité des personnes impliquées (les renseignements nominatifs n’ont été transmis qu’à un groupe restreint de titulaires de poste en autorité à la Ville et au SPVM). J’ai décliné toutes les entrevues à la télévision, parce que je ne souhaitais pas que ça devienne quelque chose d’énorme. J’ai donné une dernière entrevue à la radio ce midi, parce que celle-ci avait déjà été acceptée hier, mais ce sera la dernière pour le moment : je ne reprendrai pas la parole publiquement sur le sujet avant d’avoir rencontré un représentant du SPVM avec qui j’ai eu une conversation téléphonique calme et constructive ce matin. Depuis le début, je réclame un dialogue avec un superviseur; je vais être cohérente et participer de bonne foi à cet échange.

Enfin, même si j’ai trouvé les derniers 3 jours difficiles, je ne regrette pas (plus?) de m’être engagée dans cette démarche. L’engagement citoyen fait partie de mes valeurs au quotidien et guide mes choix, que ce soit dans mon travail auprès des jeunes d’Hochelaga, dans mon soutien aux femmes du Burkina Faso, dans mes écrits d’opinion ou de fiction. L’autorité que nous confions aux policiers et à toute autre personne chargée de l’exécution de la loi s’inscrit dans un contrat social fragile où chacun a un rôle à jouer pour préserver la légitimité du système. Je m’acquitte du mien.

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[i] R. c. Beaudry [2007] 1 R. C. S. 190, par. 37

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Questions et réponsees

Q : On m’a demandé les liens que je voyais entre le traitement de ma plainte et les révélations sur les gestes présumés reprochés à huit policiers de Val d’Or.

R : Ben, les gestes présumés de Val d’Or n’ont aucune commune mesure avec la situation que j’ai vécue. Mon intégrité physique n’a pas été atteinte. Pis comme je suis pas la plus impressionnable des « p’tites madames », j’ai pas non plus fini en position fœtale après l’appel de l’agent PG sur mon cellulaire, même si c’était pas mal haut dans le palmarès de l’inapproprié policier. Mais je ferai deux liens :

  1. La Protectrice du citoyen nous l’avait déjà dit en 2010 pour les incidents graves, la police qui enquête sur la police, c’pas vargeux pour la confiance du public (ni pour les résultats). Là, mon expérience récente me dit que le SPVM n’est pas robuste pour traiter même les petites plaintes des citoyens à l’égard de policiers de façon efficace et confidentielle (pis c’est pas plus vargeux pour la confiance pis les résultats). Bref, ça devait être carrément inimaginable pour les femmes autochtones de Val d’Or – une ville un brin plus modeste que Montréal, d’aller déposer une plainte au poste de police contre d’autres policiers y oeuvrant et espérer être traitée de façon juste et équitable… C’est tellement le cul-de-sac.
  2. Je suis pas certaine que ça me rassure que le dossier Val d’Or ait été confié au SPVM, je sens pas qu’ils sont équipés pour garantir la protection des plaignantes et le traitement impartial des plaintes.

 

Q : On m’a demandé pourquoi je trouvais le traitement de l’agent de la paix injuste et pourquoi j’avais eu une contravention. Voici :

Le dimanche soir 25 octobre vers 17h, je suis allée à la pharmacie, coin Bourbonnière et Ontario Est. Un véhicule blanc se garait du côté ouest, un brin croche, mais derrière, il restait un espace de stationnement. Juste là, le tout premier emplacement de l’intersection, à trois pas de la porte de la pharmacie. Wow. Quelle chance. Comme la voiture empiétait en partie sur mon espace, j’ai garé mon véhicule le plus possible « dans les lignes », mais ma roue arrière était sur la ligne blanche. Mon parechoc débordait un brin. Faque j’ai eu la brillante idée de mettre mes feux d’urgence, pour « pas me faire chicaner » de déborder des lignes. J’ai des défauts de première de classe : on m’a appris à ne jamais dépasser les lignes, je prends ça au sérieux.

Mon pharmacien F. m’a donné ses précieux conseils, j’ai acheté quelques autres objets, je suis sortie. Et c’est là que j’ai vu un véhicule du SPVM se stationner parallèlement au mien. Sur le coup, je pensais même pas que ça me concernait, j’ai ouvert la porte et me suis assise dans mon véhicule, mais le véhicule de police restait garé. C’est là que j’ai vu sur le trottoir, à côté de l’emplacement de stationnement devant le mien où se trouvait le véhicule blanc à mon arrivée, une pancarte portative orange qu’on met pour que les gens ne se garent pas pendant des travaux de construction. Ce tronçon de Bourbonnière a été en restauration pendant des mois, pourtant là c’est fini, mais il y avait encore des pancartes (peut-être aura-t-on droit à d’autres travaux?!). Bref, je l’avais pas vue la pancarte (et l’ignorance de la loi n’est pas une défense).

L’agent a ouvert sa portière, je suis descendue de mon véhicule à peu près au même moment. J’ai demandé à l’agent si la contravention qu’il avait dans les mains était pour moi. Il m’a répondu par une question, du genre « Ben vous avez pas vu la pancarte d’interdiction de stationner? », ce à quoi j’ai répondu non. Il m’a rétorqué « Vous aviez vos feux d’urgence, je suis passé, j’ai fait le tour du bloc et je suis revenu et vous aviez toujours vos feux d’urgence, vous saviez que vous étiez coupable ». Je me suis doucement déplacée à l’arrière de mon véhicule, j’ai expliqué calmement : « Regardez M. L’agent, la voiture devant moi empiétait sur mon espace, ma roue arrière est comme vous pouvez le voir sur la ligne blanche et je voulais justement m’assurer de ne pas me faire « disputer ». C’est le mot que j’ai employé, comme un enfant qui ne veut pas se faire prendre en défaut. J’ai ensuite enchaîné avec un « Bon, ben, donnez-moi-la, vous faites votre job, je fais la mienne », m’autodéclarant citoyenne-payant-pour-ses-péchés. Il était un peu passé 17h35.

Bref, je rembarque dans mon auto, l’agent déplace son véhicule de quelques mètres pour que je puisse quitter, et c’est là que je remarque le paysage : tout le tronçon Bourbonnière entre Ontario Est et de Rouen est un champ de pancartes temporaires d’interdiction de stationner de plusieurs genres. Des pancartes indiquent une fin d’interdiction à 17h, d’autres n’ont pas d’heures, y’en a avec des véhicules de remorquage, d’autres bannissent carrément l’immobilisation du véhicule. Comment on est censé savoir quelles pancartes s’appliquent? Pourquoi y’en a qui disent 17h et d’autres pas, côte à côte? Pourquoi des pancartes pour des travaux quand y’a pas de travaux (encore moins le dimanche)? Le tout s’ajoute à la signalisation permanente et aux bornes numérotées, non recouvertes de « capuchons » rouges d’interdiction. Pourtant, devant la pharmacie où il y a vraiment des travaux, les bornes de stationnement sont recouvertes de capuchons, alors même quand on est en dehors des heures payantes, on le sait qu’on ne peut pas se garer là.

Aux pancartes s’ajoutent, de chaque côté de la rue, des véhicules motorisés garés. Parrrrrrtout. C’est là que je comprends que le policier qui a « fait le tour du bloc » a donc vu toutes ces voitures garées « illégalement » selon son interprétation de ce fouillis de pancartes et il a choisi de revenir en « punir » une, la mienne! Je me dis que ça ne se peut pas… c’est ben trop arbitraire. Voyons.

À l’intersection, je tourne donc dans une rue adjacente, me gare, pique à pied par la ruelle et reviens pour voir si l’agent de la paix va vraiment appliquer le règlement pour tout le monde ou si je suis une privilégiée, ciblée pour une raison qui m’échappe. Résultat : à part moi, il n’y a que deux autres véhicules qui ont eu des constats d’infraction, soit les voitures devant mon espace à deux et trois cases de moi. Toutes les autres sont épargnées. Et l’agent de la paix est parti.

Que l’argent et les mots forment une riche alliance « dedans » ta bouche, Justin!

Vous êtes plus auditeur que lecteur? Vous pouvez entendre la version narrée de ce billet d’humeur, légèrement modifiée et en duo avec Sophie-Andrée Blondin, la merveilleuse animatrice du magazine Les Éclaireurs, par ici!

On parle beaucoup d’argent, en fait, j’ai souvent l’impression qu’on parle rien’qu’de’t’ça, mais ça date pas d’hier, ce que reflètent magnifiquement nos proverbes et expressions vernaculaires. Maintenant que la campagne électorale et les « érections » sont derrière nous, me semblePhoto appartenant à Graphicstock.com, obtenue sous licence dans le cadre d'un abonnement payant. qu’on pourrait ranger la palette de billets de 50, avec notre vocabulaire de comptable, pis ré-égayer les discussions politiques. Notre nouveau premier ministre manie la langue avec grande
créativité, je le lui accorde, mais j’ai quand même envie de le mettre sur certaines pistes linguistiques colorées pour éclairer son premier Discours du Trône et son premier budget, ainsi que ses inspirantes déclarations.

D’abord, on sait qu’il a promis d’améliorer le bilan financier de la classe moyenne en réduisant le taux d’imposition des contribuables gagnant entre 44 700 $ et 89 401 $ de 22 % à 20,5 %.

Comment pourrait-il nous en parler?

Dans ses discours passés, dont celui du 4 mai, il a défini la classe moyenne comme suit : « Les gens qui doivent travailler de plus en plus d’heures et cumuler les emplois et qui reçoivent de moins en moins en retour ».  C’t’un peu plate… Rien à voir avec les voies lumineuses de ses envolées rhétoriques du 19 octobre. Très honorable Justin/JustinEEEE, dites les choses comme elles sont, vous qui êtes pour la transparence!

Dites plutôt qu’y’a de plus en plus de monde de la classe moyenne qui a une misère du yiable à arriver à’fin du mois pis que c’est pas simple de joindre les deux bouttes.

Je comprends, Justin, que vous puissiez avoir un peu peur de l’adjectif pauvre, mais bien employé, c’est jouissif. Par exemple, vous pourriez dire que le contribuable moyen se sent pauvre comme du pissat écrémé, là on le sent le quotidien qui se déchire de misère.

Pour nous entretenir des impacts de l’Accord Transpacifique, n’hésitez pas un instant à nous expliquer pourquoi la gestion de l’offre dans le marché agricole peut nous rendre pauvre comme un rat de grange.

Cependant, attention! Question de rester en terrain neutre et loin de toute discussion idéologique, je vous suggère d’éviter « pauvre comme un rat d’église » ainsi que « pauvre comme Job ». Cette dernière expression particulièrement a mal vieilli : le livre de Job original est pas tellement connu dans votre base électorale et plusieurs jeunes professionnels qui ont voté pour vous risquent de le confondre avec le livre de Steve Jobs. Pire, certaines mauvaises langues pourraient déformer vos propos et dire que vous promettez de la création d’emplois payés en fricassée!

Même si la classe moyenne est pas vraiment pauvre à s’en assir les fesses dans le frigidaire, elle fait pas de l’argent comme de l’eau… est tannée des pinottes, à veut pas des cennes, à veut pas quatre trente sous pour une piasse, parlez-lui de cash!

Du cash, vous dites? en chinois?

Je sais que je vous entraîne sur le terrain miné de l’anglicisme là, cher Justin! Mais avouez que vous avez pas besoin de mon aide pour nous offrir un medley de français et d’anglais imbriqué. Et je vous l’accorde, nous aussi, on continue d’emprunter à Shakespeare quand c’est sérieux. D’ailleurs, j’ai sondé mon réseau – c’est aussi fiable que n’importe quel autre sondage – pour savoir comment on parle de deniers derrière des portes closes. Et oui, Bruno, ainsi me dit : « À ma fille de 5 ans, je parle de sous. À mon gars de 12 ans, je parle de bidous. Avec mon gars de 15 ans, je parle d’argent. À mon ex, j’évite d’en parler. À mon banquier, je parle de dollars. Et à celui qui m’en doit, de cash ».

C’est ça l’affaire : maintenant qu’Un homme et son péché est terminé, pis que Séraphin Pétrolier repart vivre avec ses petits amis riches comme Crésus, la classe moyenne qui se sent saignée à blanc vous accueille, vous le riche héritier bilingue, en hurlant « Show me the money »! On veut du bacon, pas du p’tit change!

Même si certains Québécois en veulent encore à Trudeau-votre-père d’avoir traité leur premier ministre de mangeux d’hot dog, ils vous croient, vous le fils, quand vous promettez qu’on va arrêter de se nourrir au steak de pauvre (ndlr pour les plus jeunes, c’est du baloney, ça!)! Nous, électeurs de la classe moyenne, on fond sur vous comme la misère sur le pauvre monde, pour vous rappeler – en anglais, en franglais pis en français – qu’on est à boutte d’être pauvre comme du gros sel pis que vous nous avez promis qu’on aurait notre part du gâteau. On est tanné d’arriver flush! C’est notre tour de charger cher de l’heure, comme des Big Shot! On veut du bling-bling!

Mais cher très honorable Justin, c’est pas tout le monde qui gagerait sa chemise que tu [on est rendu au tutoiement dans notre relation, j’cré ben] vas respecter tes engagements : verra-t-on vraiment les bruns pleuvoir comme vache qui pisse dans notre dépôt direct? Le motton sera-t-il payé cash? Est-ce qui va y’avoir encore beaucoup de transactions payées sous la couvarte entre riches? T’avèreras-tu cheap ô Justin?

Et surtout, quelle taille de trou laisseras-tu dans notre bas de laine collectif?

Les déficits étaient au cœur de ton programme, nouveau chef, programme qui promettait des investissements majeurs dans les infrastructures, en cumulant trois budgets « dans le rouge ».

Ben oui, et c’est là la peur de plusieurs, Justin, il faudra y répondre. On n’est pas riche comme la banque à Jos violon et jeune leader, dans ta vie personnelle, t’as l’argent pour faire fondre une banque. Nous, qui ne sommes pas tricotés avec de la mousse de combine, on est ben prêt à dépenser de l’huile de coude en productivité pour créer un char pis une barge de richesse, mais va falloir bien nous expliquer comment tu vas dépenser tout ce foin, très honorable Justin.

Flôbe ta paie pis garroche notre argent par les fenêtres, mais mets nous pas trop creux dans l’trou. Comment tu vas faire pour qu’il y ait moins de monde qui baigne dans la m’lasse, sans pour autant utiliser un bill de vingt pour faire tenir les autres ensemble? On n’est pas gratteux, on s’attend pas à avoir ben des milliards de collés… mais on veut pas se faire laver ni finir le cul sur la paille. Même ceux qui sont à sec comme un plâtrier veulent pas que tu prennes le Canada pour une banque à pitons, Justin.

Comme je ne regarde pas à la dépense en matière de conseils, je termine ce billet d’humeur en te recommandant, nouveau dirigeant, de te tuer à l’ouvrage pour nous repriser le filet social et fiscal… sans toutefois nous mettre dans le trouble au point où après ton règne, on soit obligé de dire que le passage du jeune prince plein aux as nous a coûté la peau du cul, un bras, une beurrée pis les yeux de la tête.

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Et vous? Quelles expressions savoureuses aimeriez-vous entendre sortir de la bouche de notre nouveau premier ministre canadian?

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Pour des tonnes d’expressions savoureuses sur papier, on regarde du côté du Dictionnaire des expressions québécoises, de Pierre DesRuisseaux, édit. Bibliothèque québécoise, 2009,
et pour des perles contemporaines en ligne, y’a le site web « La Parlure ».

Le retour de mes fragments, petits et grands

Bon ben, je fais une Dominique Michel de moi-même et j’annonce que je mets fin à ma retraite de blogueuse :)  Esquille sera de retour, et son contenu sera encore plus échevelé, éparpillé, en complète inadéquation avec toutes les meilleures règles du marketing de produit comme du marketing de soi. Je ne respecterai pas non plus les lois du web : mes textes auront parfois plus de 1000 mots et leur temps de lecture frôlera les 8 minutes (un très grand crime sur le web). Je diffuserai des versions écrites – intégrales et parfois bonifiées – des billets d’humeur que j’écris sur la santé et la consommation, je parlerai de théâtre, je commenterai sûrement l’actualité. Bref, salut, me revoilà! :)

Bye bye! (ou la fin d’Esquille)

Voilà près d’un an que je n’ai rien publié ici (même pas un petit texte avec abus de parenthèses)… Et déjà, j’avais depuis longtemps abandonné la publication régulière de textes, pour toutes sortes de raisons dont la liste exhaustive vous assommerait (et moi aussi!)… mais sachez qu’autant de facteurs positifs – comme le fait que j’ai le plaisir de faire un tout petit peu de radio à la Première chaîne depuis 2013  – que de facteurs négatifs – comme le découragement profond qui me noue le ventre à force de constater l’indifférence (sinon, dans certains cercles, le mépris) à l’égard du théâtre et de l’expérimentation artistique – contribuent à ma décision de mettre un terme à ce blogue de mots. Autant j’aime l’intertextualité, autant j’haïs les citations « autoportantes », pis comme je n’ai rien à vous proposer pour appuyer l’expression « La fin d’une chose est le commencement d’une autre. », je vous épargne le pep-talk. Ma parole trouvera peut-être d’autres vaisseaux, sinon elle continuera de faire du bruit dans ma tête, ce qui est très divertissant (ben… pour moi!).

Si vous voulez garder un lien, y’a des tonnes de façons. Vous pouvez suivre mes états d’âmes et projets artistiques sur Facebook (régulièrement), sur Twitter (pas mal moins souvent), sur Pinterest (par bouffées), sur Instagram (attention, beaucoup de photos de chien), sur LinkedIn (oui oui!) ainsi que dans les diverses publications d’Absolu Théâtre… où on va continuer à faire des centaines d’heures de volontariat (terme que je préfère à l’expression « nonovolat » qu’emploie mon papa!) parce qu’on est tête-de-cochon. Le projet Vues d’Hochelag’ prendra la relève de Vues d’ado,  j’en serai. Ça me fera plaisir de vous voir à théâtre tout court à la Licorne en février et mai 2015 (les billets sont en vente), au Festival St-Ambroise Fringe de Montréal en juin 2015 avec un spectacle-laboratoire fait de textes de Véronique Grenier. Je poursuivrai mon engagement auprès du Club des Ambassadrices du CECI au profit d’un projet d’entrepreneuriat féminin avec des étuveuses burkinabès (vos dons sont les bienvenus) et je co-organiserai encore le Cabaret Carrefour Absolu du 1er avril 2015 au profit du Carrefour Parenfants (organisme famille d’Hochelaga-Maisonneuve) et d’Absolu (les billets sont en vente itou)! Je tenterai de faire de bonnes choses avec mes collègues du C.A. de Culture MHM (la Table de concertation sur la culture de Mercier – Hochelaga-Maisonneuve) pour que l’art et la culture soient au coeur du développement de notre arrondissement et qu’ils soient des outils de médiation favorisant la paix sociale. Je participerai au magazine Les Éclaireurs au 95,1 FM chaque samedi de 14h à 16h. Je m’éparpillerai à plein d’autres endroits, mais sachez que je ne suis jamais trop occupée pour jouer, faire des voix, écrire, donner un atelier, une formation ou une conférence, z’avez qu’à communiquer avec Dominique, ma merveilleuse agente, qui va vous arranger ça en moins de deux!

Sur ce, je vous souhaite ben du beau, ben du bon (pis quelques parenthèses) c’te-année pis les suivantes.

Véronick

Déni de justice, signé Harper?

Fermer des bibliothèques, brûler des livres et détruire des données scientifiques historiques, à l’ère de la numérisation et du partage des connaissances. Congédier plus de 2000 scientifiques et mettre fin aux programmes portant sur la pollution et ses incidences sur la santé de la population. Clairement, la diffusion du savoir n’est pas au coeur des priorités du gouvernement Harper, un gouvernement qui n’hésite pas à dilapider des fonds publics pour promouvoir des programmes inexistants tout en invoquant en même temps des prétextes économiques pour justifier une grande noirceur intellectuelle et scientifique (en complément de ce sujet, voir la note de bas de page 1 où j’étale mes talents mathématiques).

Mais là, ça va beaucoup plus loin : le Devoir nous apprend que plusieurs décisions de tribunaux administratifs ne seront pas rendues publiques pour éviter les frais liés à la traduction. La traduction nécessaire pour respecter la Loi sur les langues officielles en vigueur d’un océan à l’autre.  La traduction nécessaire pour respecter la Charte canadienne des droits et libertés, notamment les paragraphes 15, alinéa 1, et 16. Ne pas publier des décisions de justice, c’est empêcher la construction d’une jurisprudence complète et étayée, dans les deux langues officielles de ce pays, et ainsi nuire à la défense juste et équitable des personnes comparaissant devant ces tribunaux.

« L’ONU définit l’état de droit comme un principe de gouvernance en vertu duquel l’ensemble des individus, des institutions et des entités publiques et privées, y compris l’État lui-même, ont à répondre de l’observation de lois promulguées publiquement, appliquées de façon identique pour tous et administrées de manière indépendante, et compatibles avec les règles et normes internationales en matière de droits de l’homme. » (le gras et le souligné sont de moi, la citation vient du site de l’ONU)

Peut-on parler de déni de justice direct, au sens politique du terme? C’est quand même dans les eaux troubles d’une justice à géométrie variable qu’on nage.

Aura-t-on bientôt comme seul choix que de recourir massivement aux tribunaux pour que ce gouvernement réponde de sa propre observation des lois promulguées et des droits garantis dans ce pays, alors qu’il devrait faire preuve de la plus grande probité?

C’est la triste conclusion à laquelle j’arrive.

1. Pour l’ensemble des bibliothèques fermées, on parle d’une économie potentielle de 500 000 $ par année; le coût des publicités sur des programmes inexistants a été de 2,5 millions de dollars; bref, ce gouvernement Harper qui prétend gouverner en ayant à coeur « notre bien-être économique collectif » aurait pu investir juste 20% de moins dans la diffusion de publicités mensongères et prendre une année complète pour archiver/numériser les précieux fonds documentaires scientifiques, pour le même prix. C’est ben pour dire.

Oops! Colère encore brouillon

Aux lecteurs abonnés aux alertes par courriel pour mon blogue Esquille, un petit mémo pour m’excuser : vous avez reçu mon plus récent billet à l’état de brouillon non corrigé, la madame s’étant trompé de piton. Vous trouverez à l’adresse http://wp.me/pOqFv-rt une version moins imparfaite de ce billet d’opinion.
Merci de me lire!
Vérox

Colère démocratique ou 3800 mots d’une madame-ben-fâchée

Je vous le dis tout de suite, je suis fâchée. Si vous cherchez un texte up-la-vie, qui va vous motiver pour bien amorcer 2014, avec des images léchées, je ne vous recommande pas ce billet. Je vous avertis aussi que je vais remonter loin loin loin pour vous parler de ma colère proche proche proche. Que je vais abuser de l’anglicisme fitter. Qu’y aura pas d’images pantoute. Que je vais dire des choses que mes proches ont entendues mille fois. Que je vais me prendre pour Hubert Reeves dans Je n’aurai pas le temps, quand il fait la genèse de son amour pour l’astrophysique en passant par l’amour borderline-illégitime de sa mère pour son ancien chum devenu prêtre.

Si vous continuez de me lire, c’est que vous êtes consentant.

Les présentations ou comment je n’ai jamais fitté

Faque je m’appelle Véronick. J’ai 40 ans. Je suis une ancienne 450, native des Basses-Laurentides, devenue une indécrottable 514, oui, j’habite Montréal. Je suis une artiste et une pigiste dans le domaine des communications et des technologies. C’est – paraît-il – déjà beaucoup trop d’éparpillement et ça me rend un peu difficile à « vendre ». On aime classer, choses et gens, par catégories, mieux encore, par spécialités.

Remarquez, je suis une habituée de ce genre de remarques : je n’ai à peu près jamais fitté. J’ai eu un parcours scolaire atypique (j’ai gradué du secondaire à 14 ans, je suis rentrée à l’université à 15). Mon papa m’a élevée sans accorder la moindre importance à mon genre : fille ou gars, ça l’intéressait pas vraiment, mais j’avais d’affaire à apprendre à faire mon changement d’huile pis à coudre, parce que l’autonomie était pour lui de la première importance. Je le remercie du fond du cœur pour ça (je répare mon toit quand il coule, pendant que cuisent mes excellents cupcakes), mais il me faut quand même admettre que j’ai eu quelques reality check par la suite, quand j’ai croisé deux-trois personnes qui accordent un brin d’importance au genre et aux étiquettes.

J’aimerais dire que mon habitude de ne pas fitter m’a amenée à faire des choix librement. C’est faux. J’aimerais vous dire que ça m’a amenée à faire des choix audacieux. Mmmm. Des fois. Mais rarement. La réalité, c’est que souvent, je ne réalise pas que je fais bande à part, je ne jauge pas bien ce qui est attendu ou normal, et mes choix que certains trouvent excentriques sont en fait la seule réponse à laquelle mon cerveau a abouti. J’essaie depuis toute petite, très très fort, je le jure, d’être ultra-méga-consciente et attentive, mais c’est souvent quand le choc de la différence se produit que je comprends que je me distingue (insérer ici une face de dédain). Alors ma réaction la plus courante est d’essayer encore plus fort de fitter (et de m’excuser et de me sentir coupable).

Il y a bien sûr une multitude de facteurs qui contribuent à mes vaines tentatives de fitter. Mon contexte familial offrirait à lui seul du matériel pour une faculté de psychologie au grand complet. Je vous épargne, mais – vous me voyez venir, on va quand même sortir les stigmates de l’enfance! –, l’un des facteurs que je retiens, c’est qu’on m’a beaucoup (beaucoup beaucoup) dit à l’école primaire que j’étais privilégiée de comprendre rapidement et que j’avais la responsabilité de m’adapter au rythme des autres, au style d’apprentissage des autres, aux idées des autres.

Mon expérience au secondaire a été mixte, heureusement plus diversifiée. J’ai fait 13 jours dans une école privée catholique (oui, un spectaculaire 13 jours…), à l’issue desquels mon papa a accepté que je quitte pour l’école publique, parce que « le séminaire brimait ma liberté d’expression et de pensée ». C’est pas que je n’appréciais pas le spectacle du Père Richard beuglant « Dieu est là » et lançant des craies aux élèves inattentifs; ce qui me rendait dingue, c’était qu’il refuse de discuter de preuves scientifiques pour étayer sa thèse théologique. Ouin, j’avais 12 ans et j’aimais beaucoup les sciences et les arts, et par-dessus tout le dialogue argumentatif.

L’année suivante, j’ai eu un accrochage déterminant avec le directeur de l’école publique que je fréquentais. M. Ledoux, qui suivait les dernières tendances en matière d’éducation, avait entrepris de décloisonner les groupes en intégrant des élèves plus performants dans une classe composée d’élèves au cheminement scolaire difficile. Ça donnait un super résultat : les cours ne répondaient ni aux besoins des élèves avec troubles d’apprentissage (ou de comportement), ni à la bande de nerds dont j’étais, qui avaient besoin du cursus enrichi pour garder un semblant de santé mentale. M. Ledoux m’a dit que je pouvais me plaindre à la Commission scolaire si je n’étais pas contente. C’est pas mal ça qui est arrivé. Et grâce à plusieurs intervenants de l’école, de la Polyvalente à proximité et de la Commission scolaire, j’ai pu alors tracer mon propre chemin :  j’ai fait 4 ans en 2, en enrichi et en autodidacte, en faisant de l’art et des sciences en même temps, assez du moins pour croire pendant un bon bout que je serais astronaute, politiquement engagée et femme  de théâtre. J’ai écrit à l’Agence spatiale canadienne (oui oui) pour les avertir que j’avais l’intention d’être astronaute. J’ai dit en ondes à TVA à Guy Mongrain pendant une joute de Charivari (oui, oui), du haut de mes 17 ou 18 ans, que je deviendrais astronaute.  J’ai dansé, j’ai joué, j’ai enseigné le ski, le français et le théâtre, j’ai écrit de la poésie pis des articles dans le journal étudiant, j’ai conçu et mis en scène une comédie musicale scolaire, y’a même un 33 tours pour le prouver (ô horreur!). J’ai gossé dans des laboratoires, j’ai hacké des gogosses informatiques, j’ai appris à coder et à monter/démonter un moteur de Ford Escort. J’ai trippé sur les mya arenaria et les macoma baltica à Port-au-saumon, entre deux séances d’analyse de la vitesse de déplacement des taches solaires.

J’ai toujours été consciente de ma différence, sans vraiment jamais être satisfaite quand on la nomme. Encore aujourd’hui à 40 ans, aucun mot ne me satisfait et je tremble devant le D-word. J’en parle toujours comme d’un écart entre les autres et moi (et là j’entends le titre d’un album récent avec le mot « écart », j’ai peur de me retrouver « dans le milieu » et j’ai comme un gros malaise). Pendant longtemps, ça m’a fait de la peine, mais ça me semblait un truc immuable : j’avais beau faire les efforts demandés pour « m’adapter » aux autres, c’était rare que je réussisse ou que je passe inaperçue. Alors pendant cette glorieuse époque, je cherchais peu à me conformer. Mais je finissais par brailler en boule, dans mon garde-robe, en hurlant que je voulais être plus belle et moins intelligente, que je voulais m’en aller à Montréal pour plus être avec cette bande de crétins ruraux, que je voulais m’en aller aux États-Unis ou en Russie, où on me permettrait d’exploiter mon potentiel sans me faire sentir débile (pour l’humilité et la subtilité, en temps de crise adolescente, on repassera).

La carrière au gouvernement ou comment faire exprès pour se mettre dans un environnement où t’as aucune chance de fitter

Mon entrée dans le merveilleux monde du travail s’est faite très tôt : que je sois étudiante au baccalauréat à 15 ans, c’était pas dans le planning. Mon papa m’a é-nor-mé-ment soutenue et aidée financièrement à l’époque, mais j’ai aussi dû me trouver un emploi. Alors à 16 ans je suis rentrée au gouvernement fédéral. À Revenu Canada plus précisément, en février 1990.

Avec le recul, j’ai un tantinet envie de me dire, cynique à fond la caisse, « Bravo Véro pour le choix de milieu de travail non conformiste ». Mais bon, j’étais habituée de pas fitter, il ne m’est pas passé par l’esprit de chercher un endroit où je fitterais un brin.

J’ai encore dans mes filières une évaluation de rendement de l’époque qui dit – in English only – « Véronick pose trop de questions ». Ouin, j’avais beaucoup tendance à demander pourquoi. J’ai cheminé dans les méandres de l’appareil gouvernemental à ma façon – on est ben surpris! – pis je me suis retrouvée cadre dans une équipe de direction, en technologie de surcroît, à la mi-vingtaine, sans avoir fait beaucoup d’études dans le domaine (j’avais alors fait un DEC en sciences pures [abandonné à 3 cours du diplôme] et un baccalauréat en littérature [abandonné à deux cours de la fin] !), armée surtout de ma passion pour l’informatique.

Mon premier meeting dans une salle de clients en suits – bruns, marines et charcoal – restera toujours gravé dans ma mémoire. Un océan d’hommes. Un seul – Daniel –, avec une chemise de couleur pastel, peut-être rose si mon souvenir n’est pas déformé, une tache discordante dans l’univers ultra conformiste dans lequel j’atterrissais au grand découragement de l’assemblée et à mon étonnement naïf.

J’ai cheminé, j’ai été cadre supérieur en technologie, en planification stratégique puis en communications pendant de nombreuses années (LinkedIn si les détails vous intéressent vraiment). Mais ça m’a coûté très cher : parce que j’ai déployé beaucoup d’énergie pour m’adapter aux attentes. Finie l’époque où je ne pensais pas y arriver : non, toute motivée et allumée, je me suis moi-même convaincue que je pouvais « être comme les autres ». Comprenez-moi bien : je ne m’en plains pas, mes 20 ans dans la fonction publique ont été riches en expériences et en apprentissage. J’aurais néanmoins pu faire le tout à un moindre coût si j’avais accepté de ne pas fitter. Ou si j’avais été voir ailleurs.

Dans le concret, même en essayant très fort, je n’avais aucune chance de correspondre au modèle traditionnel d’un cadre de direction au gouvernement. À quelques exceptions près, mes employés ou mes clients n’ont pas semblé trop dérangés par ce fait. La lecture de mes évaluations de rendement donne à croire que j’étais un véritable exemple à suivre. Mais dans les faits, j’ai vraiment tapé sur les nerfs de plusieurs collègues et patrons, sauf pendant le petit bout où La Relève obsédait l’administration publique (là, j’étais presque à la mode parce que c’était la passe de la glorification des idées qui dérangent).

J’ai entendu pendant l’essentiel de mes 20 ans au fédéral, dans toutes les déclinaisons possibles, combien je devais changer pour correspondre à ce qu’on attend d’un cadre. J’avais pas les cheveux attendus (oui, j’ai eu des mèches rouges), j’avais pas la longueur de jupe attendue (oui, j’ai porté des jupes un brin courtes, malgré mes rondeurs), j’avais pas l’horaire attendu (oui, je télétravaillais, je rentrais tard au bureau, que je quittais parfois à 3h du matin après avoir – ô horreur – envoyé des courriels de suivi en pleine nuit), j’avais des activités artistiques externes (oui, j’ai toujours continué de faire du théâtre, pis pas du super traditionnel, pis pas dans les gangs à la mode, disons poliment qu’il m’arrive de faire de l’art un brin expérimental). Ça m’a coûté vraiment cher sur le plan personnel et on pourrait croire que j’étais maso de me maintenir dans cet environnement pendant si longtemps.

Mais c’est que je croyais profondément au service public. Clairement, j’avais compris que je ne deviendrais pas astronaute, que je ne ferais avancer ni l’art, ni la science, j’avais pas trouvé de famille politique, mais je pouvais servir le public. Et notre société, je la voyais hétérogène, je me disais que ça prenait de la diversité à l’interne pour desservir la diversité de l’externe. J’y crois encore, d’ailleurs.

J’ai fini par quitter la fonction publique. Le déclencheur ultime a été un commentaire de mon patron qui voulait que je modifie mon heure d’arrivée au bureau pour qu’elle corresponde à l’horaire typique d’un cadre supérieur.  Je ne faisais jamais moins de 50 heures dans une semaine, j’étais disponible 24/7, j’échappais jamais une demande urgente du bureau du Ministre (du temps des libéraux autant que des conservateurs), j’avais eu d’excellentes évaluations de rendement à chaque année depuis que j’étais en poste; ça m’a un brin offusqué cette discussion. C’est pas qu’on ait jasé longtemps, mais c’est qu’il revenait non-stop sur le fait que je ne cadrais pas avec l’image, avec le modèle du cadre supérieur. J’ai eu un flash : mon père qui me disait, enfant, « quand t’es pas voulue en que’que part, va-t-en ».  Je lui ai demandé s’il était sérieux. Il a dit oui. Je suis allée dans mon bureau. J’ai consulté mon calendrier. J’ai compté les semaines que ça prendrait pour faire un processus de dotation pour me remplacer : j’ai mis cette date-là dans le corps d’une brève lettre de démission. Je l’ai remise à Marc, la lettre.

C’est la meilleure décision que j’ai prise de toute ma vie. L’une des rares fois où j’ai juste pas essayé de fitter, vraiment librement. Of course, je ne fitte pas plus qu’avant dans ma nouvelle vie professionnelle, mais là, quand on me trouve atypique, je peux broder sur le thème du statut de pigiste artistico-techno-touche-à-tout pour me justifier. Ça passe mieux que du temps de mon service public.

Loooooong préambule pour vous expliquer que j’ai quitté la fonction publique, mais non par désengagement : je crois profondément à son importance dans notre société, sinon, j’aurais pas passé 20 ans de ma vie à me faire répéter combien j’étais une personne étrange, même pas au salaire qu’on me donnait. Justificatif pour vous mettre en contexte aussi sur ma connaissance de la machine, de ses rouages et interactions avec le pouvoir élu et les citoyens.  Pour que vous compreniez que pendant l’essentiel de ma vie d’adulte, je pouvais réciter les valeurs et les principes du code d’éthique qui régit la fonction publique fédérale. En espérant que ça situe ma colère dans un contexte un brin informé; j’aime pas beaucoup quand on parle d’hystérie, je prends des précautions pour pas en être accusée.

ZE colère ou comment chus en calvaire

Faqu’on est rendu à ma colère. Pas celle qui gronde, lointaine, parce que je m’en veux de pas être devenue astro-machin. Pas l’amertume que j’ai parce que je n’ai pas fait avancer l’art, pis que j’ai pas fait grand-chose de significatif pour la société, pas même un bébé. Non, la colère que j’ai quand je regarde le service public fédéral, massacré, devant nos yeux. Et je vous avertis tout de suite : cherchez pas la veine fédéraliste ou indépendantiste, vous la trouverez pas ici, parce qu’elle n’y est pas. Ma colère est démocratique. Period.

Une autre mise en garde ou comment je veux être certaine que vous compreniez que ma colère n’est pas celle de l’ancienne fonctionnaire frustrée qui veut se venger

J’ai entrevu de l’interne cette idéologie du ciseau et du mutisme des Conservateurs de Harper, et ça m’a fait dresser les poils sur les bras. Mais j’ai respecté mon contrat de travail à la lettre, j’ai servi le public le mieux possible dans les paramètres du système et des décisions politiques (avec petit et grand p) même quand ils sont devenus les patrons, en me rappelant toujours l’importance de l’équilibre entre le Parlement et la Fonction publique. J’ai aussi respecté scrupuleusement mes clauses d’après-mandat.

C’est donc en tant que citoyenne libre que je parle maintenant : une citoyenne qui croit que notre démocratie parlementaire doit être au service de notre avenir collectif.

ZE colère, prise 2!

Je suis en colère, donc. Parce que les Conservateurs – démocratiquement élus sur des promesses de saine gestion – mettent en péril notre santé ET notre avenir (et notre intelligence, mais ça c’est un autre débat).  On pourrait bien sûr mettre ma colère sur le compte de nos différences idéologiques. Je suis de gauche, je pense que c’est assez évident. Je suis contre nombre de leurs décisions de régie interne autant que de politique publique (par exemple, baisser la taxe de vente pour créer un déficit qui permet ensuite de justifier la réduction de l’état et l’éventuel démantèlement des programmes sociaux, artistiques et scientifiques ne cadrant pas avec leur idéologie) et de leurs nominations (un créationniste responsable de la science, pour ne nommer qu’une de ces incongruités qui m’irritent). Je suis horripilée, sans grande surprise, parce qu’ils ont sabré aveuglément dans les programmes de soutien financier artistiques et sociaux dès leur arrivée en poste et qu’ils ont, plus récemment, entrepris de récrire l’histoire – via un Musée national et leurs efforts de célébrations historiques –, poussant l’audace jusqu’à commanditer le tout à coup de pétrodollars. Je juge certains de leurs procédés carrément mesquins. Mais jusque-là, même dégoûtée, je ne peux pas les accuser de ne pas être cohérents avec leur vision et leur programme, je peux juste avoir un grand moment de découragement en me rappelant qu’ils ont été démocratiquement élus. Et me consoler, soudainement fière de ne pas fitter.

Mais y’a deux affaires qui me mettent vraiment en colère. Fitting or not fitting.

La première, c’est quand un gouvernement élu ne respecte pas ses propres règles et celles du grand système qui lui accorde le pouvoir. Ça ne vous semblera pas sexy, j’en conviens, mais permettez-moi de vous dire combien je rage parce que le gouvernement Harper ne respecte pas le moins du monde la Politique sur les communications du gouvernement du Canada, même dans la version révisée sous son règne. Je connaissais par cœur l’ancienne version de cette politique; j’ai zieuté la version révisée. Les grands principes n’ont pas tellement changé : ça stipule essentiellement que notre démocratie exige des communications soutenues entre les élus, les fonctionnaires, le public et les médias. Ils ont bien sûr sabré dans certaines sections, mais pour l’essentiel, les responsabilités des élus et des fonctionnaires en matière de reddition de comptes et d’information du public pour que notre démocratie fonctionne demeurent partagées. Les fonctionnaires font un serment de service public, leur code d’éthique les engage envers le pouvoir élu ET le peuple (ainsi que les représentants médiatiques, vecteur d’information et de surveillance des institutions démocratiques). Les communications sont un des terrains où se traduit le mieux l’équilibre des forces entre le pouvoir parlementaire, législatif, juridique et l’intérêt public : bien sûr, tous les fonctionnaires n’ont pas des responsabilités de communication, la grande majorité est tenue de faire preuve de réserve dans ce contexte. Mais les responsables des communications, plusieurs cadres supérieurs et scientifiques ont dans leur description de tâches de communiquer  avec les médias et le public. De « fournir au public des renseignements sur ses politiques, programmes, services et initiatives qui sont opportuns, exacts, clairs, objectifs et complets », de « garantir que les Canadiens puissent continuer d’avoir confiance en l’intégrité et en l’impartialité de la fonction publique du Canada » et « d’encourager les gestionnaires et les employés de la fonction publique à discuter ouvertement avec le public des politiques, des programmes, des services et des initiatives qu’ils connaissent et dont ils ont la responsabilité ». Les Conservateurs se sont fait élire en promettant transparence et imputabilité, puis ils ont réduit au silence les communicateurs scientifiques et non scientifiques, ont mis en place des systèmes qui rendent les communications impraticables et des contrôles qui rendent la tâche des responsables des communications carrément impossible. Et ont refusé les demandes d’entrevues le plus souvent possible. Ça me met en colère : qu’ils invoquent leur élection démocratique pour justifier le déploiement de leur idéologie, ça me va, ils ont raison, on a voté pour eux collectivement, qu’on subisse les conséquences de nos choix. Mais qu’ils gouvernent de façon transparente et qu’ils assument les exigences d’une démocratie en matière de communication! Le public a le droit d’avoir accès à de l’information fournie par des  fonctionnaires sur les politiques, les programmes, pas juste les renseignements fournis/décidés/approuvés par des portes-paroles partisans ou élus dans des contextes ultra contrôlés de conférence de presse sans période de questions.

La deuxième affaire qui me transforme en boule de colère, c’est quand on s’en prend à ma santé ou à mon corps. La seule personne qui a le droit d’être un bourreau à mon égard, c’est moi, pis je le fais très bien merci. Mettons que quand je sens que mon intégrité physique est menacée par autrui, je me contrefiche de fitter, là je m’assume en bâtard, pis je vas t’assommer s’il le faut. Cette semaine, deux fois, j’ai appris que nos élus conservateurs s’en prennent à ma santé présente et future, le tout en invoquant leur élection démocratique. Lire dans Le Monde (la honte, man!) qu’ils ont disséminé et détruit des archives scientifiques provenant de 11 bibliothèques qu’ils ont décidé de fermer, ça m’a rappelé les grandes dictatures incendiant livres et musées, celles qui détruisent le savoir et la mémoire, pour mieux contrôler l’avenir. Sans ces archives historiques – qui pouvaient sans problème être numérisées ou à tout le moins conservées à Bibliothèque et Archives Canada – on ne pourra plus faire d’analyse comparative pour comprendre la transformation, dans le temps, de notre environnement. Ben pratique pour nier le réchauffement climatique et les effets sur l’environnement de l’exploitation des ressources naturelles. Écouter ensuite Silence of the labs, à l’émission « The Fifth Estate » à CBC, c’était réaliser, pendant une heure, qu’ils s’en prennent à ma santé directement, ici maintenant. Voir les tumeurs géantes sur les poissons contaminés dans nos eaux, ça me donne mal au ventre. Apprendre que 2000 fonctionnaires scientifiques oeuvrant entre autres dans les programmes de sécurité alimentaire et de recherche environnementale ont vu leur travail réduit à néant, ça m’indique que ce gouvernement-là fait passer le profit immédiat avant ma santé à moyen et long terme. Entendre que les citoyens canadiens du Nord, nos concitoyens, ont les taux de contamination toxiques les plus élevés du monde et que ce gouvernement démocratiquement élu a mis fin aux études sur ces questions et à la recherche pour trouver des solutions, ça me dit que ce gouvernement n’assument pas ses responsabilités à l’égard de la population.

L’intérêt public ne peut pas être de tuer sa population à coup de contaminants (l’envie de faire des parallèles douteux est grande, mais je me gère), de sacrifier nos ressources collectives et notre environnement pour des bouts de papiers dans des urnes ou des comptes en banque. L’intérêt public n’est pas non plus de réduire au silence les fonctionnaires chargés d’informer le public, ce sage public responsable de décider collectivement qui va le gouverner.

Ma responsabilité en tant que membre du peuple dans une société démocratique en colère (la membre, pas la société) est de dénoncer cette gouvernance qui va à l’encontre de l’intérêt public, aussi démocratiquement élu que soit le parti derrière ces décisions. Oui les Conservateurs ont le droit démocratique de déployer leur programme idéologique. Mais non, ils n’ont pas le droit de le faire sans tenir compte de l’intérêt public : et l’intérêt public exige qu’ils gouvernent en tenant compte de ma santé, de la vôtre, qu’ils prennent les mesures nécessaires pour fournir les renseignements et les solutions pour garantir notre sécurité physique, alimentaire et environnementale collective. Et ils sont tenus de laisser les fonctionnaires désignés assumer leurs responsabilités de communication avec le public et les médias, même (surtout!) sur des sujets aussi wild que la pollution et l’environnement.

À moins qu’on ne soit plus dans une démocratie parlementaire. Auquel cas j’apprécierais recevoir l’hyperlien vers le communiqué de presse m’en informant.

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