Invitation (parce que les droits des femmes ça compte 365 jours par année)

Si vous n’avez pas le temps de lire, sautez directement à l’invitation, elle est tout au bas du texte :)

Même si plusieurs aspects de ma vie sont vraiment de la bouette, je suis privilégiée. Je suis blanche, j’ai été à l’université, j’ai des sources de revenus, je suis propriétaire et hétérosexuelle. J’ai le droit de voter, j’ai le droit de conduire et de faire le métier que je veux (même si celui-ci ne veut pas de moi).  Je suis née dans un endroit où le système d’éducation (essoufflé et appauvri par des décideurs à cravate) intervient pour réduire un peu les inégalités, une communauté où le filet social (imparfait et menacé) offre certains services facilitant le développement des enfants et la vie des parents, un territoire où le système de santé (difficile d’accès, extrêmement inéquitable dans le traitement de son personnel et drôlement paternaliste) ne peut vous refuser les soins, faute de crédit. J’ai théoriquement droit à un congé de maternité et un congé parental (qui me donnerait des revenus sous le seuil de pauvreté, faque en pratique, on oublie ça). Je vis dans une société où les probabilités sont élevées de se faire agresser sexuellement (et où le système judiciaire n’est pas conçu pour rendre justice dans ces dossiers), mais où on ne va pas te répudier et te jeter à la rue si ça t’arrive. Je vis dans un monde où les femmes sont sous-représentées dès qu’il y a du pouvoir (social, politique ou économique), mais où quand même seulement un faible 7-8 % des gens croient que la place des femmes est à la maison. Je vis à Montréal, au Québec, où je sais qu’on a des attentes encore très stéréotypées par rapport à ce que devrait être un femme et un homme, je sais les ravages que cela fait, mais personne ne peut me jeter en prison parce que je ne respecte pas le code vestimentaire ou parce que je sacre comme me l’a si bien appris mon père.  Je suis consciente de mes privilèges. Et du travail qu’il reste à faire.

À cause de tout ce qui précède, je suis féministe. Je le serai tant qu’il le faudra (c’est-à-dire que je mourrai féministe). Je suis très reconnaissante envers toutes celleux qui ont lutté pour la cause des femmes (et je m’excuse de ne pas tant maîtriser la rédaction épicène). Même si je porte moi aussi plein d’idées préconçues, même si j’ai intégré plein de stéréotypes, mon engagement féministe est authentique : toutes les fibres de mon corps croient que la moitié de la population de la planète vaut pas moins que l’autre moitié. Je suis pour l’égalité des hommes-femmes en matière de droits et d’opportunités, pour l’équité salariale et pour une représentation équitable des femmes dans toutes les sphères décisionnelles.

Et je crois que ma situation de femme privilégiée, combinée à mon engagement féministe, doit se concrétiser dans l’action. C’est pour ça que depuis 8 maintenant j’appuie un organisme qui a entre autres pour mission de renforcer les capacités de développement économique des communautés défavorisées et d’appuyer des initiatives d’égalité entre les femmes et les hommes, de lutte contre les violences, de sécurité alimentaire, le CECI. Ce qui est particulièrement chouette avec le CECI, c’est que leurs interventions ne consistent pas à voler de façon paternaliste au secours des femmes, débarquer avec leurs gros sabots pour venir imposer leurs manières et leurs savoirs : le CECI soutient plutôt des projets pensés par celles qui identifient les obstacles à leur développement et les besoins à combler. C’est pour ça que je m’associe à leurs actions et que j’ai participé à la création d’un groupe de femmes, le Club des Ambassadrices, qui soutient précisément un projet qui favorise l’émancipation économique de femmes burkinabès : les étuveuses de riz du Burkina Faso avaient différents besoins, entre autres pour être représentées dans les instances décisionnelles, pour augmenter leur productivité et améliorer la mise en marché de leur riz, influencer les politiques publiques, et elles ont fait énormément de progrès depuis que le projet est en place.

Elles ont déterminé que la mise en place de garderies éducatives dans leur milieu de travail est la prochaine lutte à gagner. Une demande qui cadre exactement avec ce que nous les Québécoises avons également souhaité : avoir des endroits où les enfants reçoivent l’attention de professionnels favorisant leur développement dans un milieu sécuritaire, pendant que nous pouvons nous consacrer à assurer notre indépendance financière (même si on est moins payées que les hommes à travail et compétences égales) et nous réaliser professionnellement. Au Burkina Faso, les garderies éducatives, c’est d’autant plus important que la scolarisation des filles est inférieure à celle des garçons (qui est elle-même déprimante) : pour les étuveuses de riz, avoir des garderies dans leur milieu de travail, ce serait une occasion pour leurs filles d’apprendre et certainement d’améliorer leur chance de ne pas être parmi les plus de 70 % de femmes du pays qui sont… analphabètes. Mardi prochain, le 13 mars, de 18h à 20h, je vous invite à venir assister à un échange entre Marie Grégoire et Francine Pelletier sur ce projet d’appui aux femmes étuveuses dans les installations du CECI et sur la prochaine étape, celle de la mise en place de garderies éducatives. C’est gratuit (on suggère un don solidaire de 5 $ pour celleux qui le peuvent) et c’est une excellente façon de découvrir les grandes similarités qu’il y a entre nos combats passés et présents d’ici et ceux qui ont cours dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, dont on entend si peu parler chez nous (sauf quand il y a un attentat terroriste)… et qui sait, ça pourrait vous donner envie de vous engager et peut-être même d’aller faire du volontariat là-bas un de ces jours pour appuyer leurs luttes féministes :)

Bref. Moi je serai là et ça me ferait immensément plaisir de vous y voir. (p.s. svp confirmer votre présence auprès de Laurine, laurinek@ceci.ca).

 

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