Faudrait ben…

Hochelag dégèle, du moins la neige fond. Faudrait bien que j’en fasse autant ici, faudrait que je récupère mes mots et que je me réinvite sur mon blogue. Aujourd’hui, quand j’ai réalisé qu’on refilait l’adresse de mon blogue perso pendant l’émission La Sphère à la radio de Radio-Canada, j’ai eu un petit brûlement d’estomac (juste un, oui, oui, précis) en pensant au silence pesant que j’y ai installé.

L’automne et l’hiver ont été très difficiles. Mais ils n’ont pas été vain, et si mon clavier a été moins hyperactif, il a tout de même généré des choses pas si mal. Faites-moi plaisir, allez voir Vues d’ado pis rediffusez-le… vous avez pas idée comme ce projet compte pour moi. Et pour Serge et Gaële. Et pour tous ceux qui nous aident : Jo-Annie, David, Alex, Nath, Samuel, Krystel, Laure, alouette!

p.s. : pensée pour ma bonne amie qui fait présentement l’ascension du Mont Washington. D’en bas, je te regarde filer vers le haut ma chum. Chus pas mal fière de toi.

Moi aussi, je veux qu’on parle de mon corps!

Tous ceux qui me connaissent savent que j’aime beaucoup la politique. Mais cette campagne provinciale est tellement abrutissante que je n’arrive pas à me convaincre de dépenser une calorie pour taper des réponses aux âneries qui se disent. De toute façon, je suis une artiste (c’est-à-dire, si j’interprète bien l’air du temps, une femme qui préfère « la belle vie » à la productivité, une profiteuse inutile, une irresponsable de la gogauche, pour ne nommer que quelques-uns de mes fabuleux attributs).

Mais comment résister à l’envie de bloguer sur un des thèmes préférés de cette édifiante campagne électorale : le corps! Oui, on parle de corps gras, de corps poilu, de corps morts. Alors moi aussi je veux participer : parlons de mon corps!

Donc, ceux qui me connaissent – des gens vraiment importants, en passant – savent que pour lutter contre les kilos, je préfère jeûner pendant trois mois plutôt que faire de l’exercice… Ce n’est pas que je ne crois pas aux vertus de l’entraînement, aux accélérations du métabolisme, à la consommation calorique supérieure de la masse musculaire, aux plaisirs et au high fournis par l’endorphine. Loin de là. C’est simplement que J’HAGUÏÏÏÏÏÏÏÏÏS ça. Le vélo. Le jogging. La marche. Le gym. Le (la?) Zumba. La boxe. Le karaté. Même monter l’escalier.

Mais… mon corps étant mon instrument de travail (surprenant qu’on n’ait pas encore jasé des mœurs des actrices, me semble que c’est un beau sujet rétrograde essentiel qui ferait une sublime suite au thème « pour les femmes, le salaire c’est moins important »), je me suis inscrite au gym en avril. Y suis retournée pour la première fois le 10 août. Ouais, bon, je sais, petit délai. Mais j’y suis retournée, et en bonne compagnie, avec mon ami-accroc-de-l’entraînement et ma chum-actrice-propriétaire-de-chats-rois.  Et j’y suis encore allée le 13 et le 15, toujours avec ma courageuse amie (qui HAGUÏÏÏÏÏÏÏÏÏT ça autant que moi, mais dont les danses-décomptes d’encouragement valent vraiment le détour!) . Pis on prévoit y être le 17. Si on maintient ce rythme pendant un mois, tchéquez ben le party de martinis!

Bref, je tenais à documenter ici mes efforts politiques gigantesques qui consistent à combattre le gras de jambe et le jello de bras (pour pouvoir manifester nue si les Libéraux rentrent à nouveau), lutter contre les effets de la gravité sur certains de mes atouts (question d’augmenter ma productivité pour faire plaisir à M. Legault) ainsi qu’à redécouvrir l’existence de mes abdominaux sous ma chouette protection adipeuse (afin de contribuer au désengorgement du système de santé).

Mesdames et messieurs, vous êtes mes témoins privilégiés : je suis encore et toujours une femme engagée!

Véronica y Barcelona

Plusieurs jours se sont écoulés pendant lesquels ce blogue est resté silencieux : c’est que j’étais beaucoup trop occupée à me perdre dans les diagonales et les carrefours de Barcelone, à me chercher à la Sagrada familia, à me retrouver devant les dizaines de Ménines de Picasso, à me laisser guider au Parc Güell par un caballero-à-chapeau-de-paille, à m’interroger devant Mirò, à rêver dans les escaliers de la Casa Battló, à traîner sur les terrasses, à croquer des tapas…

L’Espagne est en déroute, The Economist l’a magnifiquement illustré la semaine dernière, mais Barcelone en a vu bien d’autres. Elle résistera. Parce que l’art coule dans ses artères. Parce que l’architecture s’y assume, s’y décline, s’y éclate. Parce que la mer y souffle d’étranges élixirs.

Merci Barcelona. Tu m’as redonné le goût de créer. Peut-être même m’as-tu ramenée à moi et convaincue de créer de la seule manière qui me convienne vraiment, c’est-à-dire librement.

Sur les pavés contemporains de Barcelone

Première sortie officielle pour la demoiselle à Barcelone, après beaucoup de repos et de lutte antibactérienne : visite du Museu d’art contemporàni de Barcelona, où se côtoient plusieurs univers, avec une certaine prédilection pour les années 70 :

  • Les interventions anarchitecturales de Gordon Matta-Clark, dont les éphémères traces sont présentées de manière audiovisuelle – probablement l’expo que j’ai préférée : que de puissance dans des trous!
  • L’exposition La utopìa es posible qui nous montre, musique et ambiance des années 70 à l’appui, la fameuse Instant city toute de structures gonflables déployées en bord de mer, à Eivissa.
  • Rossellini filmant Beaubourg, laissant toute la place aux gens qui découvrent ce centre culturel, ce qu’il présente et représente (extrait).
  • Les nombreux dessins et tableaux de Luis Claramunt, qui prennent tout leur sens dans ses publications à compte d’auteur ou lorsqu’alignés par dizaine (je ne suis pas une grande admiratrice de son oeuvre, mais ses tableaux sur fond noir mât me fascinent…).
  • La folie de Le Corbusier : heureusement, Barcelone n’est pas aussi propre et droite qu’il l’avait imaginé!
  • Puis la Mae West sculpturale de Rita McBride, érigée à Munich.
  • Enfin, le Centre Internacional de Fotografia Barcelona avec ses archives de la fin des années 70, ses photos de travestis, de danseuses, d’hommes et de femmes de la rue, qu’on observe avec en fond sonore les clics de carrousels à diapositives.

Un mélange intéressant, quelques œuvres inspirantes, pas de grands coups de cœur pour moi, mais de nombreux sourires, quelques pensées nostalgiques et de petits moments d’utopie entre mes deux oreilles… ce qui n’est vraiment pas à dédaigner. Bref, si vous passez dans le coin, faites le détour.

Silence radio

 

Plus de 36 heures que mon corps est envahi par une bactérie.

Épuisée.
Vidée.
Anéantie.
Déshydratée.
Triste.
À boutte.

Et la chambre magnifique à Barcelone est attenante à une zone de construction. Alors quand ce ne sont pas des crampes inqualifiables au niveau du foie qui me font crier et pleurer, ce sont les marteaux-piqueurs qui me résonnent dans la tête.

Valises bouclées.

Changeons le mal de place.

Au bout du fil… et du voyage à Ouaga

Pendant les deux derniers jours de mon séjour dans la capitale du Burkina Faso, j’ai eu le bonheur de revoir mes amis du monde du théâtre et d’entendre des voix burkinabées porter un texte québécois. Voici donc en rafale…

Je vous ai parlé de Sophie Heidi Kam par le passé (ici), cette fabuleuse femme dramaturge et poétesse. Elle est toujours aussi géniale; d’ailleurs, elle vient de remporter avec sa plus récente pièce (Qu’il en soit ainsi) le Grand Prix national des arts et des lettres du Burkina, et ce pour la 3e fois depuis 2000!

Donc, Sophie et moi avons eu le bonheur de passer toute une soirée ensemble à parler théâtre, écriture, vie et normalité (« Véronick, arrête! Qu’est-ce que c’est être normal? Qui décide? Hein? »). On en a également profité pour reparler édition. Malheureusement, la situation demeure : toujours très peu d’éditeurs qui publient les textes de théâtre localement, même quand on gagne les prix les plus importants du pays… Il faut publier en investissant ses propres sous, faire la tournée des librairies en mobylette pour y déposer ses livres en consignation et espérer, de tournée en tournée, récupérer quelques francs CFA. Et si on est publié à l’étranger, le coût des livres est tel que le public du Burkina ne peut se les procurer. Bref, ne cherchez pas sa dernière pièce : elle n’est pas publiée… soupir…

Sophie est déjà venue au Québec et j’espère qu’on l’y reverra bientôt. Ce ne sont pas les invitations qui manquent, mais plutôt, les moyens pour traverser l’océan et de plus en plus, le temps… car elle écrit également du radiofeuilleton, des romans pour enfants, elle est très occupée et elle rayonne!

Véronick Raymond et Sophie Heidi Kam

J’ai aussi eu l’occasion de voir deux fois mon ami Hamadou Mandé, homme de théâtre qui – en plus d’avoir travaillé aux côtés du Pr Jean-Pierre Guingané jusqu’à son décès inattendu en janvier 2011 – est branché dans toutes les sphères théâtrales de ce pays. Hamadou enseigne à l’Université de Ouagadougou et au Centre de formation et de recherche en arts vivants de l’Espace culturel Gambidi, il préside et coordonne un des grands festivals de théâtre de l’Afrique de l’Ouest, le FITMO, et il fait mille autres choses (à découvrir ici).

Hamadou et moi avons le projet commun, depuis 2010, de faire en sorte que la pièce de théâtre Au bout du fil, d’Évelyne de la Chenelière, soit présentée – sous une forme complète ou sous forme de lecture – à la prochaine édition du FITMO en novembre 2012. Nos intentions sont modestes : nous ne visons pas la tournée dans les quatre pays du festival (Burkina, Mali, Niger et Togo) – une présence dans un seul des quatre suffira. Et nous ne prévoyons pas avoir une distribution toute québécoise : au contraire, nous voudrions avoir des comédiens québécois et burkinabés (heureusement, car en billets d’avion, ce serait plus de 35 000 $!). Mais à ce jour, la recherche de financement a été pénible. Tous les organismes subventionneurs ont refusé le projet, certains deux fois plutôt qu’une, déposé par Absolu Théâtre. Mais nous ne désespérons pas.

Aujourd’hui, question de continuer le travail vers cet objectif, Hamadou a invité quatre étudiants en 2e année en théâtre à venir lire la pièce à l’Espace Culturel Gambidi, une fabuleuse occasion pour moi d’entendre le texte avec un autre souffle, un autre rythme. Une opportunité en or également d’échanger avec ces jeunes du « pays des hommes intègres » sur les thématiques de cette pièce et sur le côté universel de la solitude, particulièrement en fin de vie. Et bien sûr, un moment opportun pour expliquer ce qu’est une mitaine, ce que veulent dire « ben », « pis » et « tête de linotte » :) et pour offrir des livres d’auteurs québécois – Larry Tremblay, Carole Fréchette, Évelyne de la Chenelière, Daniel Danis, entre autres – gracieuseté du Centre des auteurs dramatiques (CEAD) que je remercie au passage.

Lecture entre acteurs de la pièce Au bout du fil

Bilal, Florence et Sié en pleine lecture

Roi, Bilal et Florence explorent les auteurs québécois

Roi, Bilal et Florence explorent les livres d’auteurs québécois offerts par le CEAD

J’ai aussi eu la chance de rencontrer la troupe du Centre de formation et de recherche en arts vivants, interrompant pendant plusieurs minutes leur travail sur un texte de Jean-Pierre Guingané – Le cri de l’espoir – sous la gouverne du comédien Charles Ouattara (qui est présentement en vedette dans une pièce solo que j’aurais vraiment beaucoup voulu voir, Verre cassé, au Carrefour international du théâtre de Ouagadougou [CITO] – je vous donne à lire le lien vers la critique de Saïdou Alcény Barry, qui a réussi à échapper à ma visite en se sauvant donner une conférence à l’extérieur de Ouaga :) ). Nous avons échangé sur nos pratiques respectives et le sujet de la courte pièce, une forme qui n’est pas pratiquée ici, les a beaucoup intéressé. D’ailleurs, si je réussis à venir à Ouaga pour le FITMO, nous organiserons un atelier sur le sujet et nous savons déjà qu’il y aura bien des participants intéressés!

La troupe du CFRAV à l'Espace culturel Gambidi

La troupe du CFRAV à l’Espace culturel Gambidi

Enfin, j’ai pu rencontrer Claude Guingané, le directeur exécutif du CFRAV et grand manitou du FITMO et de l’Espace culturel Gambidi dont il a pris la relève, depuis le décès de leur fondateur. Coup de cœur pour cet homme à l’énergie et à l’enthousiasme tout à fait contagieux. Je suis certaine que les œuvres de son père – dont ce centre où bouillonnent tant d’activités liées au théâtre professionnel burkinabé, de la formation à la diffusion – continuera de se développer et j’ai bien hâte de faire plus ample connaissance, cet automne au FITMO (on notera ici tout l’espoir qui se déploie dans cette finale!).

Allez, je vous quitte, je file dormir avant de prendre un avion pour Barcelone, via le Maroc, où j’ai bien l’intention de me perdre et de me perdre encore dans les œuvres de Picasso, de Gaudí, de Miró et des autres.

Parler médias sociaux au Burkina Faso, vraiment?

Contrairement à mes billets voyageurs, le ton sera aujourd’hui moins personnel. J’espère que vous me le pardonnerez, mais il m’apparaît absolument impossible de ne pas parler de la question des médias sociaux en Afrique alors que je suis venue au Burkina Faso pour donner une formation sur le sujet.

En effet, la semaine dernière, après un an de démarches et préparatifs avec un partenaire de choix – Yons Associates –, je suis arrivée à Ouagadougou pour donner un cours d’introduction pratique aux médias sociaux. Et j’avoue que j’avais quelques appréhensions. Il me semblait que parler d’identification de photos sur Facebook, de gazouillis et de mots-clics, alors qu’une majorité de la population lutte pour sa survie quotidienne, était un peu surréaliste. En même temps, avec en tête Ignacio Ramonet et l’émergence du fameux cinquième pouvoir – le pouvoir citoyen pour critiquer les pouvoirs économiques, médiatiques, politiques et judiciaires –, le printemps arabe et plusieurs autres événements où les médias sociaux ont eu un apport déterminant, je me disais que ce n’était pas futile de répandre un peu la bonne nouvelle technologique en terre africaine, où on a vivement besoin de voix qui s’élèvent pour éduquer, sensibiliser et même dénoncer.

Afin de connaître la réalité de mon auditoire, j’ai fait des recherches statistiques sur l’état des lieux du continent et plus particulièrement du pays des « hommes intègres ». Au cours de ma visite de 2010, j’avais eu l’occasion de constater que le clivage entre les grandes agglomérations et les zones rurales était immense : dans les premières, le wi-fi était accessible dans plusieurs lieux, alors que dans les secondes, parfois, l’électricité se faisait toujours attendre. Ceci dit, au Burkina comme dans la plupart des pays africains, les choses bougent à la vitesse grand V et je ne savais pas ce que deux ans avaient pu apporter comme progrès.

Constat : certes, l’électricité et la téléphonie filaire continuent leurs avancées et la téléphonie mobile est omniprésente. Mais internet est encore très loin derrière.

Les statistiques d’Internet World Stats nous révèlent que le taux de pénétration est de seulement 13,5 % alors que la moyenne mondiale dépasse les 32 % (36% pour le reste du monde si on retire l’Afrique) et que l’Amérique du Nord franchira bientôt le cap des 80 %. Oui, pour l’ensemble de cet immense continent, moins de 15 % des gens utilisent internet.

Taux de pénétration d'internet par continent

Les ordinateurs ne semblent pas trop rares : il faut donc regarder du côté des infrastructures de télécommunications pour trouver l’un des principaux facteurs derrière cette lente entrée sur le Web. Pendant longtemps, le continent n’avait qu’un seul câble le reliant à l’Europe… mais depuis 2009, la fibre optique se répand allègrement. Le Monde a d’ailleurs fait un excellent portrait l’an dernier à ce sujet.

Mais l’amélioration apparente des infrastructures depuis quatre ans – l’article du Monde osait même avancer une potentielle surcapacité – ne semble pas se traduire encore, du moins ici au Burkina, par de fulgurantes performances : souvent, au bureau, il faut utiliser internet avant 11 h le matin, soit avant que l’Europe ne devienne active, sans quoi, télécharger la moindre page peut prendre 20 minutes… ou carrément échouer. Tout dépend du nœud auquel on est relié et la situation varie énormément d’un endroit à l’autre. À ce jour, je n’ai trouvé aucun endroit dans la capitale où joindre une pièce de 7 Mo a fonctionné. D’ailleurs, ma tentative de déposer 57 Mo de documents sur mon Dropbox a été fort amusante… du moins pour quiconque aime me voir faire des grimaces.

Quand on poursuit l’analyse de la situation pays par pays, le portrait s’assombrit. Si le continent africain réussit à atteindre présentement ce fameux 13,5 % de taux de pénétration, c’est essentiellement grâce à une poignée de pays, le Maroc et la Tunisie en tête.

Dans un pays comme le Burkina Faso, le taux de pénétration d’internet est de moins de 2 % (49e pays sur 56 mesurés). Oui, vous avez bien lu, moins de 2 % de la population utilise internet. Alors, imaginez pour les médias sociaux. Le nombre d’internautes Burkinabè branchés sur Facebook était de 103 680 au 31 mars 2012. J’ai vérifié il y a quelques jours et on parlait d’environ 116 000. Sur une population de près de 17 millions d’habitants. Et oubliez le facteur mobile : si tout le monde a ici deux ou trois téléphones cellulaires – pour profiter des offres de chaque réseau et pouvoir se brancher, peu importe l’infrastructure environnante –, le téléphone dit intelligent (expression qui en a amusé plus d’un!) est encore très peu répandu (j’en ai vu 2 à ce jour).

C’est donc avec ces chiffres en tête que je suis venue parler médias sociaux : croyez-moi, les petits vidéos de chats n’étaient pas au programme. J’ai tenté d’être la plus pertinente possible en me concentrant sur des usages concrets en matière de développement social, de démocratie, de liberté d’expression, de formation ainsi que sur les applications en milieu de travail, autant au niveau du travail collaboratif qu’au niveau de la gestion des ressources humaines et du recrutement. Et bien sûr, la sécurité, la confidentialité et les politiques d’utilisation des médias sociaux en milieu de travail étaient aussi au cœur de nos échanges.

Les participants ont saisi très rapidement le potentiel incroyable de cet univers et je n’ai aucun doute qu’ils seront les ambassadeurs d’une saine adoption des médias sociaux dans leurs milieux respectifs. Au final, ce fut vraiment un honneur pour moi de pouvoir partager mes modestes connaissances avec eux. J’espère pouvoir les retrouver dans quelques mois pour la suite… car leur appétit, après trois jours de formation, était immense. Parler de médias sociaux n’était finalement pas futile du tout.

Photo de famille à l'issue de la formation au CEDO de Ouaga 2000

Le ramadan vu de Ouaga par une fille du Nord

Depuis ce vendredi 20 juillet, le ramadan est commencé et le jeûne diurne observé par une partie de la population du Burkina Faso. Cependant, me semble-t-il, les choses se font à la manière locale…

Ainsi, mes amis musulmans disent qu’ils font le carême. Au début, je ne comprenais pas : je croyais qu’ils s’étaient convertis au catholicisme et je me questionnais sur la différence entre leur calendrier et celui du Vatican. Mais non: pour parler du jeûne de 29 jours du ramadan, ils utilisent simplement le même terme que pour le quarante jours de jeûne catholique.

Ce détail lexicologique est représentatif de l’esprit dans lequel se vit le ramadan en ce pays, où l’islam est la religion qui regroupe maintenant le plus de croyants, mais où l’animisme et la religion catholique sont encore très présents, avec quelques superpositions et fusions étonnantes parfois.

Sans conclure à une ouverture généralisée et parler naïvement de cohabitation parfaite, je perçois ici une grande tolérance envers ceux qui ne font pas le ramadan. D’une part, parce que l’histoire de ce pays s’est construite sur le mélange de plus de 60 ethnies – ce qui forcément entraîne à une certaine ouverture – , et d’autre part, parce que la religion est vraiment affaire individuelle, avec un grand respect pour la confession d’autrui. Bref, contrairement à d’autres pays à majorité musulmane où restaurants et échoppes ferment et où les repas de jour sont pris clandestinement, à Ouagadougou, bien que le rythme de la ville ralentisse un peu, je peux me restaurer sans difficulté.

En présence de mes amis en plein jeûne, je suis cependant toujours un peu torturée : si je ne bois pas, par la chaleur qu’il fait ici et avec mon petit organisme mésadapté de fille du Nord, je ne tiendrai pas le coup… mais si je bois, je les expose à la tentation et je me sens un tantinet mal à l’aise dans le rôle du diable (qu’on me pardonne la référence judéo-chrétienne). Certes, ils m’encouragent tous à ne pas me déshydrater et ils m’assurent que cela ne les dérange pas du tout, mais je ressens quand même toujours une petite gêne… Peut-être est-ce dû aux nombreuses diètes amaigrissantes que je suis depuis mon adolescence – avec des motifs certes moins nobles, mais une détermination souvent tout aussi fervente – et aux déchirements intérieurs ressentis, quand mes amis se gavent de poutine pendant que je mâchouille désespérément une salade sans vinaigrette! Je ne veux jamais qu’on se prive en ma présence, je sais que mon choix est individuel et que je dois surmonter l’épreuve sans l’imposer aux autres, mais la tentation n’en est pas moins pénible à subir…

À défaut donc de pouvoir être totalement solidaire de mes amis musulmans par mes actions, je me permets de l’être par mes voeux. Que la force de la détermination accompagne mes frères et sœurs en jeûne jusqu’au 19 août prochain et que l’Aïd al-Fitr soit festive à souhait!