Aimer un animal, c’est (vraiment) bon pour la santé!

En mémoire de mon beau Rimbaud, décédé il y a quelques jours à peine, je publie ce billet qui porte sur l’évolution des droits des animaux dans notre société et l’impact sur la santé des humains de ces relations entre êtres doués de sensibilité, texte écrit à la fin novembre 2017 et lu en ondes au magazine Les Éclaireurs à ICI Radio-Canada Première. Je ne me doutais pas alors que notre temps était aussi compté : je parlais d’années, alors qu’il ne restait que quelques semaines à cette relation si précieuse, sur laquelle je reviendrai, quand j’aurai appris à parler de Rimbaud au passé. 

Ça va bientôt faire 2 ans que mon chien est pus un meuble. Bon, tous ceux qui ont déjà croisé Rimbaud savent qu’y a rien d’une commode, lui si prompt à vocaliser toutes ses émotions et à me défendre contre sa propre ombre s’approchant de moi au même rythme que son corps. Mais c’est vraiment seulement depuis que l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi 54, le 4 décembre 2015, que chiens, chats, chèvres et moutons ont un statut juridique les reconnaissant comme des êtres doués de sensibilité.

Évidemment, en tant qu’amoureuse-des-petites-boules-de-poils, la Loi visant l’amélioration de la situation juridique des animaux a pas eu d’impact sur mon quotidien : j’habite toujours chez mon chien, dont la présence est évidente partout, harnais et laisse accrochés dans l’entrée, jouets et balles sous les meubles, bols d’eau et paniers au pluriel (et comme on peut le voir sur ces photos, je dors aussi dans… son lit!).

Rimbaud aime bien s'approprier l'oreiller... parce que c'est interdit! :)

Rimbaud prend aussi le contrôle du lit d'invité

Hum, confortable ce grand lit!

 

 

 

Y contrôle tous les mouvements sur le territoire de ses jappements de Schnauzer dictateur, se rue vers le distributeur à glace dès qu’on s’en approche – les glaçons, tous les glaçons de la terre lui appartiennent –, ouvre la porte de la salle de bain d’un coup de museau au moment le plus inopportun, surtout si y’a de la visite, et règne sur tous les moments de détente en réclamant d’être collé-collé. J’avais pas tant besoin qu’on me dise que je « doi[s] fournir à l’animal la stimulation, la socialisation ou l’enrichissement environnemental qui conviennent à ses impératifs biologiques[i] ».

Rimbaud adore faire du kayak avec son papa...

Mais depuis quelques semaines, la santé de mon toutou d’amour est chancelante. Y’est subitement passé du statut de sportif à celui d’aîné qui monte qu’un demi-escalier. Le diabète a envahi son petit corps musclé, lui faisant perdre 10% de son poids en 14 jours. Et nous, ses humains préférés, on s’est transformés en infirmières de jour comme de nuit : médicaments, injections d’insuline, repas adaptés à heures fixes, prises de mesures glycémiques, suivi de l’appétit, de la soif, des pipis… Le tout accompagné d’une charge financière imprévue et importante. Un 24h à l’hôpital vétérinaire qui frôle le 1 500 $, des prescriptions, des seringues, un glucomètre, sans compter les frais pour la nourriture adaptée. Alors qu’y a quelques mois à peine, son opération à la vessie nous avait déjà coûté plus de 3 000 $.

On s’est même pas posé la question, on a juste agi, parce que Rimbaud, c’est notre bébé, pis parce qu’on a le privilège d’avoir des revenus et du crédit. Pas parce qu’une loi précise qu’on a l’obligation de s’assurer qu’il « reçoive les soins nécessaires lorsqu’il est blessé, malade ou souffrant ». Mais j’pense que c’est vraiment important de l’avoir intégré à un texte de loi, cette obligation. Parce que même si on est nombreux à se ruer désespérés chez notre vet pour des soins curatifs ou palliatifs pour nos jolies bestioles, j’vois bien dans le regard d’autres personnes que j’aime qu’on envisage pas tous les animaux domestiques comme des êtres vivants sensibles, du moins pas tous de la même façon. Et ça va prendre un temps avant que la situation juridique nouvelle des animaux passe dans notre culture générale.

Y’a pas si longtemps, en campagne on gardait des chiens enchaînés à leur niche délabrée dans le fond de la cour pendant des durées indéterminées, dans les grandes chaleurs autant que les grands froids. Pis personne trouvait ça cruel : « un chien c’t’un chien pis ça pas d’affaire dans maison ».

Une chatte qu’y’avait encore été courailler était soulagée de sa trâlée de chatons, euthanasiés-maison.

Un animal, aussi fidèle et bon compagnon fût-il, à qui on diagnostiquait un diabète ou un cancer, on cherchait pas à le soigner. On le remplaçait par un modèle tout neuf, un pincement au cœur certes, comme je le fais si souvent avec mes gadgets technos.

Pis sur une ferme ou dans un élevage, la valeur monétaire de la bête était la plus grande variable dans le choix de traitement, pour le dire poliment.

Faque évidemment, l’idée qu’une famille mette en place une routine quotidienne rythmée par les heures d’injection d’un vieux chien de bientôt 12 ans, débloque un budget soins médicaux canins et s’équipe de livres de recettes adaptés aux besoins de leurs Schnauzer à l’hyperglycémie marquée, c’t’encore vu par certains comme un brin excessif.

Mais est-ce que ça l’est vraiment? Si on a passé des siècles et des siècles à domestiquer et sélectionner de manière pas naturelle pantoute des animaux, c’est pas juste pour nous protéger pis garder des troupeaux. La vérité, c’est qu’y nous apportent d’importants bénéfices. Le texte « Companion Animal Economics » sorti en février dernier 2017 (et dont parle ici The Telegraph), signé par des auteurs de l’Université Lincoln en Grande-Bretagne, a tenté de quantifier l’impact économique des animaux domestiques, sur les coûts de santé des humains. On y rappelle que les propriétaires d’animaux domestiques sont en meilleure forme, demeurent mobiles plus longtemps, survivent mieux à une importante crise cardiaque, ont une plus basse pression sanguine, font moins de cholestérol, se sentent moins seuls et sont… plus heureux 😊 . Et ce qui’est non négligeable : ils ont moins besoin de recourir au système de santé! Les auteurs en viennent à la conclusion que sans les animaux de compagnie dans nos vies, les coûts de santé augmenteraient d’un minimum de 10 %, net, puisqu’ils ont même tenu compte des coûts de morsures dans leurs calculs.

On adopte pas un animal pour réduire la facture de frais de santé publique, bien sûr. On le fait parce qu’on veut qu’y chassent les souris, qu’y viennent briser notre solitude, avec leur affection inconditionnelle ou leur indépendance féline. On le fait pour les câlins, parce qu’on les trouve beaux, pis intelligents! On le fait parce que notre cerveau réagit à l’interaction humain-animal en sécrétant de l’ocytocine, une hormone liée à l’établissement de cette denrée rare, les relations de confiance durables. Simplement fixer longtemps les yeux de notre toutou provoquerait une hausse détectable de cette hormone. Les femmes en sécrètent plein à l’accouchement : on est direct dans le lien d’attachement. L’ocytocine scelle le sort de nos amitiés et de nos amours, augmente nos comportements sociaux, dont notre empathie et notre générosité (ceci dit, attention aux raccourcis non scientifiquement appuyés au sujet de l’ocytocine, il s’écrit parfois un peu n’importe quoi à son sujet…).

Faque ben oui, je suis vraiment l’ami-parent de Rimbaud, mon chien vieillissant au glucose envahissant. Et non l’heureuse propriétaire d’un bien meuble brisé. Mais ça vient avec une responsabilité morale et financière immense, à considérer sous l’éclairage du Petit Prince autant que de la Loi visant l’amélioration de la situation juridique de l’animal : celle de prendre soin de cet être que j’ai apprivoisé, de l’accompagner à la fin de sa vie avec la même attention que je l’ai fait alors qu’y’était un chiot tout mignon. Ça m’amène dans des zones inconfortables, où je dois prendre sur moi pour pas paniquer quand y’essaie de se sauver, me voyant seringue à la main. Ça m’augmente la dette pis l’anxiété. J’dois revoir mon horaire autour de ses heures de pâté, ré-apprendre à le laisser seul, avoir peur qu’y meurt, me dire qu’on va tous y passer. « On risque de pleurer un peu si l’on s’est laissé apprivoiser… », disait l’autre. Mais je peux pas et  j’veux pas me défiler, alors que se pointent les dernières années de cette relation entre des êtres vivants doués de sensibilité, relation qui nous a, à chacun, beaucoup apporté. Même si, me retrouver devant le déclin de ce proche, sa maladie et la fin éventuelle de notre amour me rappelle à ma propre réalité : celle d’un être vivant, doué de sensibilité, dont le temps est aussi compté.

 

Pour aller un peu plus loin… : Understanding dog-human companionship

______________

 

[i] « les besoins essentiels d’ordre physique, physiologique et comportemental liés, notamment, à l’espèce ou la race de l’animal, à son âge, à son stade de croissance, à sa taille, à son niveau d’activité physique ou physiologique, à sa sociabilité avec les humains et autres animaux, à ses capacités cognitives, à son état de santé, ainsi que ceux liés à son degré d’adaptation au froid, à la chaleur ou aux intempéries ».

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