Bonne journée mondiale de la radio!

J’en parlais au magazine Les Éclaireurs ce lundi 12 février!

Source : giphy.com

Y’a 6 ans, l’UNESCO désignait le 13 février, Journée mondiale de la radio… Nous, la radio, on l’aime, mais on la prend pour acquis, comme un vieil amoureux. On a du choix, on y’a accès facilement. T’embarque dans ton auto, hop, la radio joue. Tu te réveilles le matin au son d’un débat animé ou de musique classique. T’es dans ta cuisine, t’épluches tes patates en écoutant ton poste préféré. Ou bedon tu zappes, tu passes d’un contenu à l’autre avec tes écouteurs en marchant, t’as accès à des œuvres musicales de pas mal tous les genres, d’ici ou d’ailleurs, et des bulletins de nouvelles internationaux, nationaux, régionaux, locaux et hyperlocaux jusque dans ton université ou ta poly. Si tu vis près des grands centres, t’as encore plus de choix : tu peux pratiquer ton créole ou ton espagnol, sur le AM comme le FM. Tu peux l’écouter en balado sur ton téléphone intelligent, consulter un reportage ou une chronique sur ta tablette ou la laisser rouler en continu sur ton ordi au bureau, tes oreilles sont jamais loin de la radio.

Ce qu’on réalise moins, nous les privilégiés de l’accès à l’information, c’est que pour une grande majorité des habitants de notre petite planète, écouter l’une des 44 000 stations de radio du monde c’est un moyen de survie, d’éducation et d’émancipation.

Alors qu’encore 1 milliard de personnes y auraient pas accès selon l’UNESCO, la radio est un lien crucial avec le monde extérieur, particulièrement dans les régions rurales.  75 % des foyers dans les pays en voie de développement ont la radio, et avec l’arrivée des téléphones cellulaires, l’écoute est devenue encore plus facile : parce que oui, sur le continent africain, par exemple, on écoute la radio sur son téléphone.

Et même si on a annoncé la mort de la radio, avec l’arrivée de la télé puis du web, dans plusieurs régions du monde, le nombre de stations de radio locales explose! Dans une étude menée dans 11 pays en Afrique, « le nombre de stations locales commerciales a augmenté en moyenne de 360 % entre 2000 et 2006 [et les] stations de radio communautaires […] de 1 386 % en moyenne sur la même période ». Le monde extérieur est d’abord et avant tout accessible par la transmission orale. Entre autres parce que l’alphabétisation, c’est pas encore gagné.

J’ai eu la chance d’aller au Burkina Faso : la radio est au centre de tout! C’est par là qu’on diffuse des informations de santé publique, qu’on communique les informations sur la vaccination autant sur la lutte à l’excision. On y parle, et ce de manière enflammée, de politique, de culture et… d’agriculture! La radio est tellement centrale dans la vie des Burkinabè qu’en période trouble, comme au moment du coup d’état de 2015[i], les soldats vont attaquer en priorité ces installations, y saisissant ou détruisant le matériel nécessaire à la diffusion. Ça va forcer les autres stations à cacher leurs équipements pour les protéger des militaires et les ondes radiophoniques vont devenir silencieuses. En 2015, ça a duré une semaine, avec heureusement de la diffusion clandestine et sur le web, mais rejoignant pas mal moins de monde.

Avec mes yeux de Nord-Américaine, c’est difficile à imaginer, une attaque de politiciens contre la radio, sauf peut-être avec des coupes budgétaires, mais ça c’est une autre question… Ma référence la plus proche, c’est Danny Laferrière fuyant Haïti à la fin des années 70, quand son collègue de la radio a été assassiné par des Tontons macoutes. Pourtant, aujourd’hui encore, les attaques contre les stations, et particulièrement contre les animateurs et les journalistes, sont fréquentes : « Entre 1992 et 2012, […] 20% des journalistes assassinés dans le monde travaillaient pour des radios. […] Dans certains pays, ces pourcentages explosent. […] Somalie, 65% des journalistes assassinés travaillaient pour la radio, Colombie 63%,  Philippines 51%,  Honduras 40%. [ii]». Parler de corruption à la radio, donner la parole à des citoyens dénonçant des embauches douteuses ou des citoyennes réclamant plus de droits, ça peut vous valoir d’être menacé, aspergé d’essence, assassiné. On n’en entend peu parler parce que ces travailleurs sont souvent liés à des petites radio communautaires, centrales à leur communauté rurale. Pourtant, ils sont essentiels pour la liberté d’expression des citoyens locaux : sans eux, les dirigeants peuvent faire n’importe quoi.

D’ailleurs, la radio est si puissante, que dans certains pays, les contenus sont dictés. Plusieurs médias rapportaient cette semaine que l’Autorité de régulation des médias électroniques du Pakistan (PEMRA) a interdit la promotion médiatique de la St-Valentin :  comme cette même autorité a aussi interdit les publicités sur les contraceptifs[iii], pour protéger les enfants de l’exposition au sexe, et qu’elle interdit aux stations de radio privées de produire leurs propres bulletins de nouvelles et émissions d’actualité, on est pas surpris qu’elle craigne les cœurs en chocolat : c’est si dangereux!

Ici, faut pas se leurrer, tout est pas rose non plus. Le financement est une grande menace à la diversité des voix. La radio est pas neutre, les ondes sont porteuses du pire comme du meilleur, occupées parfois par des allumeurs-de-préjugés plus que des allumeurs-de-réverbères, des voix indépendantes comme celle de CIBL peinent à survivre pendant que des enflammés diffusent une rhétorique de la méfiance quasi-haineuse. Ouais. Certes. Mais c’est aussi ça la liberté d’expression : on a du choix, parmi lequel y’a des idées qui nous correspondent moins qui sont discutées sur des tons et d’une manière qui nous déplaisent – et je pèse mes mots – mais on est pas limité à ces seules stations et leur matériel leur est pas fourni par le bureau du premier ministre.

Mais j’pense qu’on doit quand même réfléchir au pouvoir des idées véhiculées par cette technologie puissante et peu coûteuse. Le thème de cette année, pour la Journée mondiale de la radio, c’est le sport : ben saviez-vous que « les femmes représentent seulement 7 % des sportifs qui sont vus, entendus et lus dans les médias et que seulement 4 % des histoires traitant du sport sont principalement axées sur les femmes? [iv]». Autres grands absents de la radio : les enfants[v]. On produit pratiquement aucun contenu pour eux, alors que l’oral convient particulièrement aux petits qui maîtrisent encore peu l’écrit, et on leur donne à peu près jamais la parole, alors pourtant qu’ils constituent une grande partie de la population. Et que dire des voix des Premières nations, à part sur des stations très locales?  Et de l’information internationale, souvent escamotée? Et partez-moi pas sur l’absence du théâtre des ondes radios : rares sont ceux qui peuvent nommer trois oeuvres contemporaines, parce que vous entendrez jamais ces histoires dans votre radio, alors qu’y a quelques décennies, tout le monde connaissait nos dramaturges grâce au génie de Marconi.

La radio a le pouvoir de transformer nos communautés en nous donnant accès à d’autres points de vue, à des idées novatrices, elle est le vecteur de transmission d’information essentielle quand le verglas nous paralyse, mais, par ses omissions, elle façonne aussi notre manière d’envisager le monde. Alors en cette veille de Journée mondiale de la radio, j’nous souhaite des avancées monstres là où la radio est contrôlée et des réflexions créatives là où la radio est libre, parce que je suis convaincue qu’elle peut encore, même au temps du numérique, se renouveler, s’améliorer, se diversifier voire se réinventer.

Deux références

Journée mondiale de la radio – Unesco : http://www.diamundialradio.org/fr/accueil

Quelques jalons de l’histoire de la radio de 1894 à 1945 : http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/CI/CI/images/WRD-milestones-in-radio-FR.pdf

 

[i] http://www.rfi.fr/afrique/20150926-medias-burkinabe-remettent-doucement-coup-etat

[ii] http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celebrations/international-days/world-radio-day-2013/safety-of-radio-journalists/radio-in-the-line-of-fire/

[iii] https://8e-etage.fr/2016/05/30/pakistan-plus-de-publicite-pour-les-contraceptifs/

[iv] http://www.diamundialradio.org/fr/accueil

[v] http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celebrations/international-days/world-radio-day-2013/youth-radio/radio-for-children/

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