Un petit verre (sans alcool et buvable) avec ça?

Vous pouvez également entendre ce billet d’humeur, en version audio légèrement différente, tel que je l’ai livré au magazine Les Éclaireurs sur ICI Radio-Canada Première le 15 janvier 2018. Et y’a plein de lecture complémentaire, en bas.

On vient de terminer le #DryJanuary, un « janvier sans alcool » dans le monde anglo-saxon, petite pause pour le foie, le cerveau, après les excès des Fêtes. Ici aussi, certains s’en sont privé dans le cadre de leurs résolutions de nouvelle année et d’autres en ont plutôt profité pour virer encore quelques brosses avant le 28 jours sans alcool du mois de février (#Défi28jours), qui commence aujourd’hui. Deux écoles de pensée s’affrontent quant aux bienfaits des périodes « sèches » : certains disent que ça sert à se donner bonne conscience pis à boire plus le reste de l’année. D’autres disent que ça favorise l’introspection et des changements de comportement durables.

Mojito sans alcool sur la terrasse du resto Les Cabotins

Perso, sans faire ces « épreuves officielles », j’ai bu qu’un verre de vin pendant les 15 premiers jours de 2018. C’est que depuis 3 ans, à cause de traitements en fertilité, je m’abstiens – volontairement – de boire pour des périodes de 8 à 12 semaines. Avec de petits intermèdes pendant lesquels je bois de façon très modérée. C’est vraiment un choix parce que les recommandations médicales sont pas claires. Certains professionnels de la santé recommandent d’arrêter toute consommation d’alcool un an avant d’essayer de concevoir, d’autres suggèrent de boire de façon raisonnable, pis on sait pas vraiment c’que ça veut dire, « boire de façon raisonnable ». La plus récente étude que j’ai lue sur le sujet identifiait un impact à la baisse des chances de concevoir qu’à partir de 14 consommations par semaine.

Bref, ma sobriété est choisie. Et elle m’a permis de réaliser que j’aime pas tant plusieurs des effets de mon Dry Martini : l’engourdissement du cerveau, l’appesantissement du corps, la déshydratation, l’envie de grignoter et le mal de tête que j’ai le lendemain d’une soirée arrosée de… deux verres. Ouin, j’ai pu la résistance éthylique que j’avais au début de l’âge adulte, où j’craignais ni l’abus, ni le recul de l’inhibition, ni la gueule de bois accompagnée de trous de mémoires.

Par contre, deux choses me manquent beaucoup. D’abord, le rituel (social ou pas) : celui de choisir avec attention une bouteille, de trouver son vin préféré sur le menu, le plaisir du pop d’une bouteille de cava bien frais qu’on débouche avec des amis. Et en deuxième lieu, j’m’ennuie de certains goûts : d’ailleurs, quand on boit pas souvent, le goût de nos élixirs préférés est encore plus marqué quand on le retrouve, pis c’est ben l’fun de le sentir flirter avec nos papilles.

Faque j’ai essayé depuis trois ans de me trouver des options pour maintenir ma vie sociale et mes plaisirs gustatifs. Du vin, c’est quand même rien qu’du jus de raisin fancy, j’le réclamais donc mon bon Chardonnay, sans molécules m’embrouillant le jugement. Pis du cidre, jus de fruit en version chic, ça doit se pouvoir sans coûter un nouveau foie, que j’pensais. Dans une société axée sur les plaisirs de la table, les fêtes de famille arrosées, les petites ponces qui réchauffent les gosiers l’hiver, les bières qui rafraîchissent les esprits l’été, une société obsédée par la santé, où de temps en temps, y’a aussi une ou deux future(s) mère(s), avec un certain pouvoir d’achat tsé, future(s) maman(s) qu’on aime tant policer, j’pensais pouvoir me trouver quelques superbes boissons non alcoolisées, sans devoir rester à la maison.

Dans la section « Produits à faible taux d’alcool » de la SAQ, des bouteilles à 7 et 8 % d’alcool!

Etpely (ouin, je sais ben pas comment écrire ça!). J’vous confirme qu’on a pas pantoute intégré l’option breuvage sans toxicité. Si certes l’offre a légèrement augmentée, avec une section « Produits à faible taux d’alcool » sur le site web de la SAQ (mais pas à la LCBO, j’en ai pas trouvé un seul!), croyez-moi, y’a encore loin de la coupe aux lèvres. D’une part, la palette de goût est assez restreinte et parfois, c’est juste im-bu-va-ble. D’autre part, le concept du « faible teneur en alcool » est clairement pas bien compris : la SAQ mélange dans cette section-là une bouteille de mousseux à 0,4 % de teneur d’alcool avec un Cavatina Premium Muscato à 7 % et une bouteille de vin blanc Joseph Phelps Eisrébe 2012 à 8 % d’alcool. Allô la faible teneur…

Bon. À force de chercher, j’ai trouvé deux vins mousseux désalcoolisés satisfaisants à 0,4 et 0,5 % : le Freixenet Legero est de loin mon préféré, mais le Bonne nouvelle – en mousseux blanc ou en rosé – a ben de l’allure aussi . Mais allez pas vous imaginer que je puisse commander ça dans restaurant ou un bar. Pis on a beau avoir au Québec une production locale fabuleuse de savants assemblages de cidres et de moût de pommes, vous les trouverez rarement sur les cartes des établissements licenciés. Quand je sors dans un resto, à moins d’aller dans un « Apportez votre vin », j’dois me contenter de Virgin Mary trop salés, d’eau gazeuse aromatisée à l’imitation de citron ou d’un mojito sans alcool. Me sus même résolue à « faire » un shooter d’eau dans un party en décembre, question d’accompagner mes collègues sur le Jack Daniels. Pis dans les bars, à part quelques rares lieux offrant 2-3 « mocktails », des cocktails sans alcool s’apparentant plus à un smoothie qu’à mon dry martini avec olives, j’ai pas d’options l’fun.

Pourtant, avec c’qu’on sait des impacts de l’alcool sur la santé, l’offre du sans alcool devrait être incontournable. Sans tomber dans le puritanisme pis les excès de la prescription, faut regarder les faits en face : l’alcool, c’est pas mal du poison en bouteille, et les études se succèdent pour nous confirmer sans cesse de nouveaux ravages causés par cette substance qui obtiendrait jamais la bénédiction de Santé Canada, si on l’inventait aujourd’hui. La dépendance à l’alcool est le lot de millions de gens dans le monde, avec des conséquences catastrophiques. Les dommages hépatiques sont aussi connus depuis belle lurette.

Et on savait déjà, sans clairement comprendre pourquoi, que l’alcool est en cause dans plusieurs types de cancer : œsophage, gorge, foie, sein, colorectal, tuant des centaines de milliers de personnes annuellement . Pis là, début janvier, les médias du monde ont rapporté qu’une nouvelle étude (dont je fournis le lien à la fin de ce texte) démontrait que, quand deux de nos mécanismes de défense échouent, l’alcool se transforme en hacker de notre matériel génétique et cause des dommages irréversibles à l’ADN des cellules souches du sang, ces cellules « fondatrices » qui deviennent alors les mères porteuses de cancers. C’est capoté là : on parle de chromosomes en déroute, pour cause de p’tit verre,piquette ou grand cru.

J’peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec l’époque où on connaissait les dommages de la cigarette, et où pourtant, elle continuait d’être socialement valorisée, du moins, partout intégrée à nos structures sociales. J’ai été enfant en voiture dans des habitacles de nicotine, j’ai entendu jeune adulte les proprios de discothèque s’inquiéter de voir leurs établissements fermer, si on interdisait la cigarette. On fumait jusque dans les bureaux, pis ça existait pas cette idée de zones sans fumée. Puis, en quelques décennies de lutte contre le tabagisme, notre perception a changé et le pourcentage de fumeurs continue de lentement décliner : on parle de 13 % de Canadiens en 2015. Au Québec, 17 %  des hommes et 14 % des femmes, fument quotidiennement.

Ben l’alcool lui est consommé par 82 % des Québécois de 12 ans et plus selon l’Institut national de Santé publique du Québec, au moins une fois dans l’année : vu d’même, ç’a pas l’air ben grave. Mais quand on fouille les statistiques, c’est un peu hallucinant : augmentation en 15 ans de consommation per capita, consommation excessive et consommation au-delà des limites à faible risque.« Sur une période de douze ans, entre 2000-2001 et 2011-2012, la consommation excessive chez les buveurs de 12 ans et plus est passée de 18,2 % à 22,9 %, représentant une augmentation de 25,8 % » , dit entre autre l’INSP. C’est intense…

Je doute que de mon vivant on traite l’alcool comme on a traité la cigarette, sinon que dans notre rapport à la conduite avec facultés affaiblies. Je serais d’ailleurs malheureuse qu’on diabolise autant l’alcool que la cigarette, j’l’avoue! Mais j’pense qu’on pourrait s’inspirer de notre expérience avec le tabac pour modifier dès maintenant la place accordée à l’alcool dans nos espaces festifs privés et publics, pis notre boutique d’État. Avec une offre diversifiée d’options sans alcool goûteuses et amusantes, accessibles un peu partout, pas juste dans 2-3 bars hype du Plateau, l’idée de boire moins et mieux ferait plus de chemin dans nos habitudes, sans qu’on en vienne à avoir recours à des publicités culpabilisantes de tumeurs sanguinolentes sur notre cépage préféré . Moi, mes cellules souches pis mes papilles, on vous en serait infiniment reconnaissant. Parce que la modération devrait vraiment avoir meilleur goût. Pis c’est pas l’cas en c’moment.

Et vous? Avez-vous trouvé un p’tit boire sans alcool à votre goût?

Référence
Étude parue dans la revue Nature « Alcohol and endogenous aldehydes damage chromosomes and mutate stem cells »

Revue de presse partielle
Alcohol can cause irreversible genetic damage to stem cells, says study

Drinking alcohol can cause cancer by damaging DNA, finds study

Drinking alcohol raises risk of cancer by snapping DNA, scientists find

How alcohol damages DNA and increases cancer risk

L’alcool pourrait causer des dommages génétiques irréversibles

L’alcool pourrait causer des mutations génétiques irréversibles (même titre, mais média différent…)

CANCER : Une nouvelle étude prouve que l’alcool endommage directement l’ADN

L’alcool contribuerait au développement de certains cancers, selon une étude

Alcool : les ravages de la boisson sur notre ADN

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close