Que l’argent et les mots forment une riche alliance « dedans » ta bouche, Justin!

Vous êtes plus auditeur que lecteur? Vous pouvez entendre la version narrée de ce billet d’humeur, légèrement modifiée et en duo avec Sophie-Andrée Blondin, la merveilleuse animatrice du magazine Les Éclaireurs, par ici!

On parle beaucoup d’argent, en fait, j’ai souvent l’impression qu’on parle rien’qu’de’t’ça, mais ça date pas d’hier, ce que reflètent magnifiquement nos proverbes et expressions vernaculaires. Maintenant que la campagne électorale et les « érections » sont derrière nous, me semblePhoto appartenant à Graphicstock.com, obtenue sous licence dans le cadre d'un abonnement payant. qu’on pourrait ranger la palette de billets de 50, avec notre vocabulaire de comptable, pis ré-égayer les discussions politiques. Notre nouveau premier ministre manie la langue avec grande
créativité, je le lui accorde, mais j’ai quand même envie de le mettre sur certaines pistes linguistiques colorées pour éclairer son premier Discours du Trône et son premier budget, ainsi que ses inspirantes déclarations.

D’abord, on sait qu’il a promis d’améliorer le bilan financier de la classe moyenne en réduisant le taux d’imposition des contribuables gagnant entre 44 700 $ et 89 401 $ de 22 % à 20,5 %.

Comment pourrait-il nous en parler?

Dans ses discours passés, dont celui du 4 mai, il a défini la classe moyenne comme suit : « Les gens qui doivent travailler de plus en plus d’heures et cumuler les emplois et qui reçoivent de moins en moins en retour ».  C’t’un peu plate… Rien à voir avec les voies lumineuses de ses envolées rhétoriques du 19 octobre. Très honorable Justin/JustinEEEE, dites les choses comme elles sont, vous qui êtes pour la transparence!

Dites plutôt qu’y’a de plus en plus de monde de la classe moyenne qui a une misère du yiable à arriver à’fin du mois pis que c’est pas simple de joindre les deux bouttes.

Je comprends, Justin, que vous puissiez avoir un peu peur de l’adjectif pauvre, mais bien employé, c’est jouissif. Par exemple, vous pourriez dire que le contribuable moyen se sent pauvre comme du pissat écrémé, là on le sent le quotidien qui se déchire de misère.

Pour nous entretenir des impacts de l’Accord Transpacifique, n’hésitez pas un instant à nous expliquer pourquoi la gestion de l’offre dans le marché agricole peut nous rendre pauvre comme un rat de grange.

Cependant, attention! Question de rester en terrain neutre et loin de toute discussion idéologique, je vous suggère d’éviter « pauvre comme un rat d’église » ainsi que « pauvre comme Job ». Cette dernière expression particulièrement a mal vieilli : le livre de Job original est pas tellement connu dans votre base électorale et plusieurs jeunes professionnels qui ont voté pour vous risquent de le confondre avec le livre de Steve Jobs. Pire, certaines mauvaises langues pourraient déformer vos propos et dire que vous promettez de la création d’emplois payés en fricassée!

Même si la classe moyenne est pas vraiment pauvre à s’en assir les fesses dans le frigidaire, elle fait pas de l’argent comme de l’eau… est tannée des pinottes, à veut pas des cennes, à veut pas quatre trente sous pour une piasse, parlez-lui de cash!

Du cash, vous dites? en chinois?

Je sais que je vous entraîne sur le terrain miné de l’anglicisme là, cher Justin! Mais avouez que vous avez pas besoin de mon aide pour nous offrir un medley de français et d’anglais imbriqué. Et je vous l’accorde, nous aussi, on continue d’emprunter à Shakespeare quand c’est sérieux. D’ailleurs, j’ai sondé mon réseau – c’est aussi fiable que n’importe quel autre sondage – pour savoir comment on parle de deniers derrière des portes closes. Et oui, Bruno, ainsi me dit : « À ma fille de 5 ans, je parle de sous. À mon gars de 12 ans, je parle de bidous. Avec mon gars de 15 ans, je parle d’argent. À mon ex, j’évite d’en parler. À mon banquier, je parle de dollars. Et à celui qui m’en doit, de cash ».

C’est ça l’affaire : maintenant qu’Un homme et son péché est terminé, pis que Séraphin Pétrolier repart vivre avec ses petits amis riches comme Crésus, la classe moyenne qui se sent saignée à blanc vous accueille, vous le riche héritier bilingue, en hurlant « Show me the money »! On veut du bacon, pas du p’tit change!

Même si certains Québécois en veulent encore à Trudeau-votre-père d’avoir traité leur premier ministre de mangeux d’hot dog, ils vous croient, vous le fils, quand vous promettez qu’on va arrêter de se nourrir au steak de pauvre (ndlr pour les plus jeunes, c’est du baloney, ça!)! Nous, électeurs de la classe moyenne, on fond sur vous comme la misère sur le pauvre monde, pour vous rappeler – en anglais, en franglais pis en français – qu’on est à boutte d’être pauvre comme du gros sel pis que vous nous avez promis qu’on aurait notre part du gâteau. On est tanné d’arriver flush! C’est notre tour de charger cher de l’heure, comme des Big Shot! On veut du bling-bling!

Mais cher très honorable Justin, c’est pas tout le monde qui gagerait sa chemise que tu [on est rendu au tutoiement dans notre relation, j’cré ben] vas respecter tes engagements : verra-t-on vraiment les bruns pleuvoir comme vache qui pisse dans notre dépôt direct? Le motton sera-t-il payé cash? Est-ce qui va y’avoir encore beaucoup de transactions payées sous la couvarte entre riches? T’avèreras-tu cheap ô Justin?

Et surtout, quelle taille de trou laisseras-tu dans notre bas de laine collectif?

Les déficits étaient au cœur de ton programme, nouveau chef, programme qui promettait des investissements majeurs dans les infrastructures, en cumulant trois budgets « dans le rouge ».

Ben oui, et c’est là la peur de plusieurs, Justin, il faudra y répondre. On n’est pas riche comme la banque à Jos violon et jeune leader, dans ta vie personnelle, t’as l’argent pour faire fondre une banque. Nous, qui ne sommes pas tricotés avec de la mousse de combine, on est ben prêt à dépenser de l’huile de coude en productivité pour créer un char pis une barge de richesse, mais va falloir bien nous expliquer comment tu vas dépenser tout ce foin, très honorable Justin.

Flôbe ta paie pis garroche notre argent par les fenêtres, mais mets nous pas trop creux dans l’trou. Comment tu vas faire pour qu’il y ait moins de monde qui baigne dans la m’lasse, sans pour autant utiliser un bill de vingt pour faire tenir les autres ensemble? On n’est pas gratteux, on s’attend pas à avoir ben des milliards de collés… mais on veut pas se faire laver ni finir le cul sur la paille. Même ceux qui sont à sec comme un plâtrier veulent pas que tu prennes le Canada pour une banque à pitons, Justin.

Comme je ne regarde pas à la dépense en matière de conseils, je termine ce billet d’humeur en te recommandant, nouveau dirigeant, de te tuer à l’ouvrage pour nous repriser le filet social et fiscal… sans toutefois nous mettre dans le trouble au point où après ton règne, on soit obligé de dire que le passage du jeune prince plein aux as nous a coûté la peau du cul, un bras, une beurrée pis les yeux de la tête.

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Et vous? Quelles expressions savoureuses aimeriez-vous entendre sortir de la bouche de notre nouveau premier ministre canadian?

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Pour des tonnes d’expressions savoureuses sur papier, on regarde du côté du Dictionnaire des expressions québécoises, de Pierre DesRuisseaux, édit. Bibliothèque québécoise, 2009,
et pour des perles contemporaines en ligne, y’a le site web « La Parlure ».

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3 commentaires sur “Que l’argent et les mots forment une riche alliance « dedans » ta bouche, Justin!

  1. Séraphin Pétrolier = Stephen Harper

    ses ti-amis riches comme Crésus… saigner à blanc…

    Show me the money (Jerry Maguire)

    Pour tout dire, c’est vrai qu’on veut notre part du magot, du gâteau comme tu dis, mais il faut le mériter cette portion, ma chère Véro!

    PET a traité Robert Bourassa de mangeux de hot-dog, c’est véridique mais le bling-bling ne viendra pas tout seul!

    Par contre. je te félicite de revenir et discuter du sujet qui nous tourmente: Les finances publiques et tout ce vocabulaire et d’expressions bien de chez nous! Moi non plus, je ne veux pas payer quelque chose qui coûte la peau des fesses.

    Dont call me, they’ll call you soon!

  2. Ah très chère Véronic, je m’ennuyais de ton verbe sachant marier le comique avec la philosophie. She’s back, et c’est tant mieux! Cheers XXX

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