Colère démocratique ou 3800 mots d’une madame-ben-fâchée

Je vous le dis tout de suite, je suis fâchée. Si vous cherchez un texte up-la-vie, qui va vous motiver pour bien amorcer 2014, avec des images léchées, je ne vous recommande pas ce billet. Je vous avertis aussi que je vais remonter loin loin loin pour vous parler de ma colère proche proche proche. Que je vais abuser de l’anglicisme fitter. Qu’y aura pas d’images pantoute. Que je vais dire des choses que mes proches ont entendues mille fois. Que je vais me prendre pour Hubert Reeves dans Je n’aurai pas le temps, quand il fait la genèse de son amour pour l’astrophysique en passant par l’amour borderline-illégitime de sa mère pour son ancien chum devenu prêtre.

Si vous continuez de me lire, c’est que vous êtes consentant.

Les présentations ou comment je n’ai jamais fitté

Faque je m’appelle Véronick. J’ai 40 ans. Je suis une ancienne 450, native des Basses-Laurentides, devenue une indécrottable 514, oui, j’habite Montréal. Je suis une artiste et une pigiste dans le domaine des communications et des technologies. C’est – paraît-il – déjà beaucoup trop d’éparpillement et ça me rend un peu difficile à « vendre ». On aime classer, choses et gens, par catégories, mieux encore, par spécialités.

Remarquez, je suis une habituée de ce genre de remarques : je n’ai à peu près jamais fitté. J’ai eu un parcours scolaire atypique (j’ai gradué du secondaire à 14 ans, je suis rentrée à l’université à 15). Mon papa m’a élevée sans accorder la moindre importance à mon genre : fille ou gars, ça l’intéressait pas vraiment, mais j’avais d’affaire à apprendre à faire mon changement d’huile pis à coudre, parce que l’autonomie était pour lui de la première importance. Je le remercie du fond du cœur pour ça (je répare mon toit quand il coule, pendant que cuisent mes excellents cupcakes), mais il me faut quand même admettre que j’ai eu quelques reality check par la suite, quand j’ai croisé deux-trois personnes qui accordent un brin d’importance au genre et aux étiquettes.

J’aimerais dire que mon habitude de ne pas fitter m’a amenée à faire des choix librement. C’est faux. J’aimerais vous dire que ça m’a amenée à faire des choix audacieux. Mmmm. Des fois. Mais rarement. La réalité, c’est que souvent, je ne réalise pas que je fais bande à part, je ne jauge pas bien ce qui est attendu ou normal, et mes choix que certains trouvent excentriques sont en fait la seule réponse à laquelle mon cerveau a abouti. J’essaie depuis toute petite, très très fort, je le jure, d’être ultra-méga-consciente et attentive, mais c’est souvent quand le choc de la différence se produit que je comprends que je me distingue (insérer ici une face de dédain). Alors ma réaction la plus courante est d’essayer encore plus fort de fitter (et de m’excuser et de me sentir coupable).

Il y a bien sûr une multitude de facteurs qui contribuent à mes vaines tentatives de fitter. Mon contexte familial offrirait à lui seul du matériel pour une faculté de psychologie au grand complet. Je vous épargne, mais – vous me voyez venir, on va quand même sortir les stigmates de l’enfance! –, l’un des facteurs que je retiens, c’est qu’on m’a beaucoup (beaucoup beaucoup) dit à l’école primaire que j’étais privilégiée de comprendre rapidement et que j’avais la responsabilité de m’adapter au rythme des autres, au style d’apprentissage des autres, aux idées des autres.

Mon expérience au secondaire a été mixte, heureusement plus diversifiée. J’ai fait 13 jours dans une école privée catholique (oui, un spectaculaire 13 jours…), à l’issue desquels mon papa a accepté que je quitte pour l’école publique, parce que « le séminaire brimait ma liberté d’expression et de pensée ». C’est pas que je n’appréciais pas le spectacle du Père Richard beuglant « Dieu est là » et lançant des craies aux élèves inattentifs; ce qui me rendait dingue, c’était qu’il refuse de discuter de preuves scientifiques pour étayer sa thèse théologique. Ouin, j’avais 12 ans et j’aimais beaucoup les sciences et les arts, et par-dessus tout le dialogue argumentatif.

L’année suivante, j’ai eu un accrochage déterminant avec le directeur de l’école publique que je fréquentais. M. Ledoux, qui suivait les dernières tendances en matière d’éducation, avait entrepris de décloisonner les groupes en intégrant des élèves plus performants dans une classe composée d’élèves au cheminement scolaire difficile. Ça donnait un super résultat : les cours ne répondaient ni aux besoins des élèves avec troubles d’apprentissage (ou de comportement), ni à la bande de nerds dont j’étais, qui avaient besoin du cursus enrichi pour garder un semblant de santé mentale. M. Ledoux m’a dit que je pouvais me plaindre à la Commission scolaire si je n’étais pas contente. C’est pas mal ça qui est arrivé. Et grâce à plusieurs intervenants de l’école, de la Polyvalente à proximité et de la Commission scolaire, j’ai pu alors tracer mon propre chemin :  j’ai fait 4 ans en 2, en enrichi et en autodidacte, en faisant de l’art et des sciences en même temps, assez du moins pour croire pendant un bon bout que je serais astronaute, politiquement engagée et femme  de théâtre. J’ai écrit à l’Agence spatiale canadienne (oui oui) pour les avertir que j’avais l’intention d’être astronaute. J’ai dit en ondes à TVA à Guy Mongrain pendant une joute de Charivari (oui, oui), du haut de mes 17 ou 18 ans, que je deviendrais astronaute.  J’ai dansé, j’ai joué, j’ai enseigné le ski, le français et le théâtre, j’ai écrit de la poésie pis des articles dans le journal étudiant, j’ai conçu et mis en scène une comédie musicale scolaire, y’a même un 33 tours pour le prouver (ô horreur!). J’ai gossé dans des laboratoires, j’ai hacké des gogosses informatiques, j’ai appris à coder et à monter/démonter un moteur de Ford Escort. J’ai trippé sur les mya arenaria et les macoma baltica à Port-au-saumon, entre deux séances d’analyse de la vitesse de déplacement des taches solaires.

J’ai toujours été consciente de ma différence, sans vraiment jamais être satisfaite quand on la nomme. Encore aujourd’hui à 40 ans, aucun mot ne me satisfait et je tremble devant le D-word. J’en parle toujours comme d’un écart entre les autres et moi (et là j’entends le titre d’un album récent avec le mot « écart », j’ai peur de me retrouver « dans le milieu » et j’ai comme un gros malaise). Pendant longtemps, ça m’a fait de la peine, mais ça me semblait un truc immuable : j’avais beau faire les efforts demandés pour « m’adapter » aux autres, c’était rare que je réussisse ou que je passe inaperçue. Alors pendant cette glorieuse époque, je cherchais peu à me conformer. Mais je finissais par brailler en boule, dans mon garde-robe, en hurlant que je voulais être plus belle et moins intelligente, que je voulais m’en aller à Montréal pour plus être avec cette bande de crétins ruraux, que je voulais m’en aller aux États-Unis ou en Russie, où on me permettrait d’exploiter mon potentiel sans me faire sentir débile (pour l’humilité et la subtilité, en temps de crise adolescente, on repassera).

La carrière au gouvernement ou comment faire exprès pour se mettre dans un environnement où t’as aucune chance de fitter

Mon entrée dans le merveilleux monde du travail s’est faite très tôt : que je sois étudiante au baccalauréat à 15 ans, c’était pas dans le planning. Mon papa m’a é-nor-mé-ment soutenue et aidée financièrement à l’époque, mais j’ai aussi dû me trouver un emploi. Alors à 16 ans je suis rentrée au gouvernement fédéral. À Revenu Canada plus précisément, en février 1990.

Avec le recul, j’ai un tantinet envie de me dire, cynique à fond la caisse, « Bravo Véro pour le choix de milieu de travail non conformiste ». Mais bon, j’étais habituée de pas fitter, il ne m’est pas passé par l’esprit de chercher un endroit où je fitterais un brin.

J’ai encore dans mes filières une évaluation de rendement de l’époque qui dit – in English only – « Véronick pose trop de questions ». Ouin, j’avais beaucoup tendance à demander pourquoi. J’ai cheminé dans les méandres de l’appareil gouvernemental à ma façon – on est ben surpris! – pis je me suis retrouvée cadre dans une équipe de direction, en technologie de surcroît, à la mi-vingtaine, sans avoir fait beaucoup d’études dans le domaine (j’avais alors fait un DEC en sciences pures [abandonné à 3 cours du diplôme] et un baccalauréat en littérature [abandonné à deux cours de la fin] !), armée surtout de ma passion pour l’informatique.

Mon premier meeting dans une salle de clients en suits – bruns, marines et charcoal – restera toujours gravé dans ma mémoire. Un océan d’hommes. Un seul – Daniel –, avec une chemise de couleur pastel, peut-être rose si mon souvenir n’est pas déformé, une tache discordante dans l’univers ultra conformiste dans lequel j’atterrissais au grand découragement de l’assemblée et à mon étonnement naïf.

J’ai cheminé, j’ai été cadre supérieur en technologie, en planification stratégique puis en communications pendant de nombreuses années (LinkedIn si les détails vous intéressent vraiment). Mais ça m’a coûté très cher : parce que j’ai déployé beaucoup d’énergie pour m’adapter aux attentes. Finie l’époque où je ne pensais pas y arriver : non, toute motivée et allumée, je me suis moi-même convaincue que je pouvais « être comme les autres ». Comprenez-moi bien : je ne m’en plains pas, mes 20 ans dans la fonction publique ont été riches en expériences et en apprentissage. J’aurais néanmoins pu faire le tout à un moindre coût si j’avais accepté de ne pas fitter. Ou si j’avais été voir ailleurs.

Dans le concret, même en essayant très fort, je n’avais aucune chance de correspondre au modèle traditionnel d’un cadre de direction au gouvernement. À quelques exceptions près, mes employés ou mes clients n’ont pas semblé trop dérangés par ce fait. La lecture de mes évaluations de rendement donne à croire que j’étais un véritable exemple à suivre. Mais dans les faits, j’ai vraiment tapé sur les nerfs de plusieurs collègues et patrons, sauf pendant le petit bout où La Relève obsédait l’administration publique (là, j’étais presque à la mode parce que c’était la passe de la glorification des idées qui dérangent).

J’ai entendu pendant l’essentiel de mes 20 ans au fédéral, dans toutes les déclinaisons possibles, combien je devais changer pour correspondre à ce qu’on attend d’un cadre. J’avais pas les cheveux attendus (oui, j’ai eu des mèches rouges), j’avais pas la longueur de jupe attendue (oui, j’ai porté des jupes un brin courtes, malgré mes rondeurs), j’avais pas l’horaire attendu (oui, je télétravaillais, je rentrais tard au bureau, que je quittais parfois à 3h du matin après avoir – ô horreur – envoyé des courriels de suivi en pleine nuit), j’avais des activités artistiques externes (oui, j’ai toujours continué de faire du théâtre, pis pas du super traditionnel, pis pas dans les gangs à la mode, disons poliment qu’il m’arrive de faire de l’art un brin expérimental). Ça m’a coûté vraiment cher sur le plan personnel et on pourrait croire que j’étais maso de me maintenir dans cet environnement pendant si longtemps.

Mais c’est que je croyais profondément au service public. Clairement, j’avais compris que je ne deviendrais pas astronaute, que je ne ferais avancer ni l’art, ni la science, j’avais pas trouvé de famille politique, mais je pouvais servir le public. Et notre société, je la voyais hétérogène, je me disais que ça prenait de la diversité à l’interne pour desservir la diversité de l’externe. J’y crois encore, d’ailleurs.

J’ai fini par quitter la fonction publique. Le déclencheur ultime a été un commentaire de mon patron qui voulait que je modifie mon heure d’arrivée au bureau pour qu’elle corresponde à l’horaire typique d’un cadre supérieur.  Je ne faisais jamais moins de 50 heures dans une semaine, j’étais disponible 24/7, j’échappais jamais une demande urgente du bureau du Ministre (du temps des libéraux autant que des conservateurs), j’avais eu d’excellentes évaluations de rendement à chaque année depuis que j’étais en poste; ça m’a un brin offusqué cette discussion. C’est pas qu’on ait jasé longtemps, mais c’est qu’il revenait non-stop sur le fait que je ne cadrais pas avec l’image, avec le modèle du cadre supérieur. J’ai eu un flash : mon père qui me disait, enfant, « quand t’es pas voulue en que’que part, va-t-en ».  Je lui ai demandé s’il était sérieux. Il a dit oui. Je suis allée dans mon bureau. J’ai consulté mon calendrier. J’ai compté les semaines que ça prendrait pour faire un processus de dotation pour me remplacer : j’ai mis cette date-là dans le corps d’une brève lettre de démission. Je l’ai remise à Marc, la lettre.

C’est la meilleure décision que j’ai prise de toute ma vie. L’une des rares fois où j’ai juste pas essayé de fitter, vraiment librement. Of course, je ne fitte pas plus qu’avant dans ma nouvelle vie professionnelle, mais là, quand on me trouve atypique, je peux broder sur le thème du statut de pigiste artistico-techno-touche-à-tout pour me justifier. Ça passe mieux que du temps de mon service public.

Loooooong préambule pour vous expliquer que j’ai quitté la fonction publique, mais non par désengagement : je crois profondément à son importance dans notre société, sinon, j’aurais pas passé 20 ans de ma vie à me faire répéter combien j’étais une personne étrange, même pas au salaire qu’on me donnait. Justificatif pour vous mettre en contexte aussi sur ma connaissance de la machine, de ses rouages et interactions avec le pouvoir élu et les citoyens.  Pour que vous compreniez que pendant l’essentiel de ma vie d’adulte, je pouvais réciter les valeurs et les principes du code d’éthique qui régit la fonction publique fédérale. En espérant que ça situe ma colère dans un contexte un brin informé; j’aime pas beaucoup quand on parle d’hystérie, je prends des précautions pour pas en être accusée.

ZE colère ou comment chus en calvaire

Faqu’on est rendu à ma colère. Pas celle qui gronde, lointaine, parce que je m’en veux de pas être devenue astro-machin. Pas l’amertume que j’ai parce que je n’ai pas fait avancer l’art, pis que j’ai pas fait grand-chose de significatif pour la société, pas même un bébé. Non, la colère que j’ai quand je regarde le service public fédéral, massacré, devant nos yeux. Et je vous avertis tout de suite : cherchez pas la veine fédéraliste ou indépendantiste, vous la trouverez pas ici, parce qu’elle n’y est pas. Ma colère est démocratique. Period.

Une autre mise en garde ou comment je veux être certaine que vous compreniez que ma colère n’est pas celle de l’ancienne fonctionnaire frustrée qui veut se venger

J’ai entrevu de l’interne cette idéologie du ciseau et du mutisme des Conservateurs de Harper, et ça m’a fait dresser les poils sur les bras. Mais j’ai respecté mon contrat de travail à la lettre, j’ai servi le public le mieux possible dans les paramètres du système et des décisions politiques (avec petit et grand p) même quand ils sont devenus les patrons, en me rappelant toujours l’importance de l’équilibre entre le Parlement et la Fonction publique. J’ai aussi respecté scrupuleusement mes clauses d’après-mandat.

C’est donc en tant que citoyenne libre que je parle maintenant : une citoyenne qui croit que notre démocratie parlementaire doit être au service de notre avenir collectif.

ZE colère, prise 2!

Je suis en colère, donc. Parce que les Conservateurs – démocratiquement élus sur des promesses de saine gestion – mettent en péril notre santé ET notre avenir (et notre intelligence, mais ça c’est un autre débat).  On pourrait bien sûr mettre ma colère sur le compte de nos différences idéologiques. Je suis de gauche, je pense que c’est assez évident. Je suis contre nombre de leurs décisions de régie interne autant que de politique publique (par exemple, baisser la taxe de vente pour créer un déficit qui permet ensuite de justifier la réduction de l’état et l’éventuel démantèlement des programmes sociaux, artistiques et scientifiques ne cadrant pas avec leur idéologie) et de leurs nominations (un créationniste responsable de la science, pour ne nommer qu’une de ces incongruités qui m’irritent). Je suis horripilée, sans grande surprise, parce qu’ils ont sabré aveuglément dans les programmes de soutien financier artistiques et sociaux dès leur arrivée en poste et qu’ils ont, plus récemment, entrepris de récrire l’histoire – via un Musée national et leurs efforts de célébrations historiques –, poussant l’audace jusqu’à commanditer le tout à coup de pétrodollars. Je juge certains de leurs procédés carrément mesquins. Mais jusque-là, même dégoûtée, je ne peux pas les accuser de ne pas être cohérents avec leur vision et leur programme, je peux juste avoir un grand moment de découragement en me rappelant qu’ils ont été démocratiquement élus. Et me consoler, soudainement fière de ne pas fitter.

Mais y’a deux affaires qui me mettent vraiment en colère. Fitting or not fitting.

La première, c’est quand un gouvernement élu ne respecte pas ses propres règles et celles du grand système qui lui accorde le pouvoir. Ça ne vous semblera pas sexy, j’en conviens, mais permettez-moi de vous dire combien je rage parce que le gouvernement Harper ne respecte pas le moins du monde la Politique sur les communications du gouvernement du Canada, même dans la version révisée sous son règne. Je connaissais par cœur l’ancienne version de cette politique; j’ai zieuté la version révisée. Les grands principes n’ont pas tellement changé : ça stipule essentiellement que notre démocratie exige des communications soutenues entre les élus, les fonctionnaires, le public et les médias. Ils ont bien sûr sabré dans certaines sections, mais pour l’essentiel, les responsabilités des élus et des fonctionnaires en matière de reddition de comptes et d’information du public pour que notre démocratie fonctionne demeurent partagées. Les fonctionnaires font un serment de service public, leur code d’éthique les engage envers le pouvoir élu ET le peuple (ainsi que les représentants médiatiques, vecteur d’information et de surveillance des institutions démocratiques). Les communications sont un des terrains où se traduit le mieux l’équilibre des forces entre le pouvoir parlementaire, législatif, juridique et l’intérêt public : bien sûr, tous les fonctionnaires n’ont pas des responsabilités de communication, la grande majorité est tenue de faire preuve de réserve dans ce contexte. Mais les responsables des communications, plusieurs cadres supérieurs et scientifiques ont dans leur description de tâches de communiquer  avec les médias et le public. De « fournir au public des renseignements sur ses politiques, programmes, services et initiatives qui sont opportuns, exacts, clairs, objectifs et complets », de « garantir que les Canadiens puissent continuer d’avoir confiance en l’intégrité et en l’impartialité de la fonction publique du Canada » et « d’encourager les gestionnaires et les employés de la fonction publique à discuter ouvertement avec le public des politiques, des programmes, des services et des initiatives qu’ils connaissent et dont ils ont la responsabilité ». Les Conservateurs se sont fait élire en promettant transparence et imputabilité, puis ils ont réduit au silence les communicateurs scientifiques et non scientifiques, ont mis en place des systèmes qui rendent les communications impraticables et des contrôles qui rendent la tâche des responsables des communications carrément impossible. Et ont refusé les demandes d’entrevues le plus souvent possible. Ça me met en colère : qu’ils invoquent leur élection démocratique pour justifier le déploiement de leur idéologie, ça me va, ils ont raison, on a voté pour eux collectivement, qu’on subisse les conséquences de nos choix. Mais qu’ils gouvernent de façon transparente et qu’ils assument les exigences d’une démocratie en matière de communication! Le public a le droit d’avoir accès à de l’information fournie par des  fonctionnaires sur les politiques, les programmes, pas juste les renseignements fournis/décidés/approuvés par des portes-paroles partisans ou élus dans des contextes ultra contrôlés de conférence de presse sans période de questions.

La deuxième affaire qui me transforme en boule de colère, c’est quand on s’en prend à ma santé ou à mon corps. La seule personne qui a le droit d’être un bourreau à mon égard, c’est moi, pis je le fais très bien merci. Mettons que quand je sens que mon intégrité physique est menacée par autrui, je me contrefiche de fitter, là je m’assume en bâtard, pis je vas t’assommer s’il le faut. Cette semaine, deux fois, j’ai appris que nos élus conservateurs s’en prennent à ma santé présente et future, le tout en invoquant leur élection démocratique. Lire dans Le Monde (la honte, man!) qu’ils ont disséminé et détruit des archives scientifiques provenant de 11 bibliothèques qu’ils ont décidé de fermer, ça m’a rappelé les grandes dictatures incendiant livres et musées, celles qui détruisent le savoir et la mémoire, pour mieux contrôler l’avenir. Sans ces archives historiques – qui pouvaient sans problème être numérisées ou à tout le moins conservées à Bibliothèque et Archives Canada – on ne pourra plus faire d’analyse comparative pour comprendre la transformation, dans le temps, de notre environnement. Ben pratique pour nier le réchauffement climatique et les effets sur l’environnement de l’exploitation des ressources naturelles. Écouter ensuite Silence of the labs, à l’émission « The Fifth Estate » à CBC, c’était réaliser, pendant une heure, qu’ils s’en prennent à ma santé directement, ici maintenant. Voir les tumeurs géantes sur les poissons contaminés dans nos eaux, ça me donne mal au ventre. Apprendre que 2000 fonctionnaires scientifiques oeuvrant entre autres dans les programmes de sécurité alimentaire et de recherche environnementale ont vu leur travail réduit à néant, ça m’indique que ce gouvernement-là fait passer le profit immédiat avant ma santé à moyen et long terme. Entendre que les citoyens canadiens du Nord, nos concitoyens, ont les taux de contamination toxiques les plus élevés du monde et que ce gouvernement démocratiquement élu a mis fin aux études sur ces questions et à la recherche pour trouver des solutions, ça me dit que ce gouvernement n’assument pas ses responsabilités à l’égard de la population.

L’intérêt public ne peut pas être de tuer sa population à coup de contaminants (l’envie de faire des parallèles douteux est grande, mais je me gère), de sacrifier nos ressources collectives et notre environnement pour des bouts de papiers dans des urnes ou des comptes en banque. L’intérêt public n’est pas non plus de réduire au silence les fonctionnaires chargés d’informer le public, ce sage public responsable de décider collectivement qui va le gouverner.

Ma responsabilité en tant que membre du peuple dans une société démocratique en colère (la membre, pas la société) est de dénoncer cette gouvernance qui va à l’encontre de l’intérêt public, aussi démocratiquement élu que soit le parti derrière ces décisions. Oui les Conservateurs ont le droit démocratique de déployer leur programme idéologique. Mais non, ils n’ont pas le droit de le faire sans tenir compte de l’intérêt public : et l’intérêt public exige qu’ils gouvernent en tenant compte de ma santé, de la vôtre, qu’ils prennent les mesures nécessaires pour fournir les renseignements et les solutions pour garantir notre sécurité physique, alimentaire et environnementale collective. Et ils sont tenus de laisser les fonctionnaires désignés assumer leurs responsabilités de communication avec le public et les médias, même (surtout!) sur des sujets aussi wild que la pollution et l’environnement.

À moins qu’on ne soit plus dans une démocratie parlementaire. Auquel cas j’apprécierais recevoir l’hyperlien vers le communiqué de presse m’en informant.

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8 commentaires sur “Colère démocratique ou 3800 mots d’une madame-ben-fâchée

  1. Je me garde une réserve chère Véro, pour des raisons similaires à celle qui t’ont fait conserver la tienne pendant deux ans… je me permettrai une seule observation concernant l’importance accordée au fait que ce gouvernement ait été élu de façon démocratique. Je suis de ceux et celles, de plus en plus nombreux, qui lorsqu’ils s’ agit de nos démocraties parlementaires, sont très critiques de la sois-disant démocratie d’un mode de scrutin dont les distorsions garantissent élections après élections qu’une grande partie – souvent la majorité effective – des électeurs ne soient pas représentés par le résultat du scrutin. Un mode, donc, qui porte au pouvoir quasi absolu lorsque majoritaire, un parti (quel qu’il soit) qui récolte un maigre 32 à 45 % des suffrages exprimés, dans un contexte de taux de participation plafonné à mois de 80%. Je ne ferai pas les maths ici, mais on comprends que sur une population de près de 36 000 000, mettons 22 000 000 (Wilde guess) d’électeurs inscrits, un gouvernement réellement majoritaire obtiendrait 11 000 001 votes. Or, nos gouvernements actuels sont élus avec, quoi, 4 500 000 votes, give or take 750 000. C’est peut-être démocratique (je ne suis plus de cet avis), mais ça m’apparaît tout de même conférer une très faible légitimité.

    1. Bien bien d’accord pour toute réforme du mode scrutin qui améliorerait la légitimité des gouvernements élus à qui on remet les clés du pouvoir. Mais en attendant, je rêve juste qu’ils respectent ce système en place qui leur a donné l’accès au Parlement.

  2. Les Conservateurs? Laisse-moi rire! Ils nous ont mis dans le pétrin avec leur modification d’assurance-emploi et l’aide au chômage. Ils s’en fichent de nous, au Québec. Envoye, défoule-toi, dis-leur ce que tu as sur le coeur! Je suis avec toi à 100%

  3. Ta colère ne fitte pas avec les colères aveuglées d’émotions. Ta colère est hyper-rationnelle. Je fitte dans ta colère et te remercie de dire de façon éclairée ce qui intuitivement alimente la mienne. Oui un gouvernement n’est pas là pour se faire élire de 4 ans en 4 ans, mais pour représenter les intérêts du public et bâtir l’avenir d’un pays. Ce gouvernement harperien est en train de détruire ce pays et d’en façonner un sans que je ne lui ai donné le mandat. Merci de dire haut et fort ce que ma majorité silencieuse n’arrivait pas à dire.

  4. « C’est donc en tant que citoyenne libre que je parle maintenant : une citoyenne qui croit que notre démocratie parlementaire doit être au service de notre avenir collectif. »
    Cela dit tout, et exprime tout et résume tout…
    Four ce qui est de cadrer (fitter) cela est ainsi partout, au privé, au public, au je-ne-sais-quoi, il faut fitter dans le moule sinon on est vu comme un mouton noir!
    Tout converge pour nous mouler dans un fit parfait. Les médias, les gens qui fittent bien, les systèmes, les politiques, les élus, les non-élus, les futurs-élus, les anciens-élus, les élus qui ne sont pas encore nés en attente des électeurs à naitre pour les élire…
    :-)

  5. Je découvre ta bio avec enchantement et me délecte de ta délicieuse plume en même temps. Ouf, ouf, ouf, c’est beaucoup de talent et de colère au pouce carré, ça. Tu comprendras que je ne peux hélas commenter sur le contenu.

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