Parler médias sociaux au Burkina Faso, vraiment?

Contrairement à mes billets voyageurs, le ton sera aujourd’hui moins personnel. J’espère que vous me le pardonnerez, mais il m’apparaît absolument impossible de ne pas parler de la question des médias sociaux en Afrique alors que je suis venue au Burkina Faso pour donner une formation sur le sujet.

En effet, la semaine dernière, après un an de démarches et préparatifs avec un partenaire de choix – Yons Associates –, je suis arrivée à Ouagadougou pour donner un cours d’introduction pratique aux médias sociaux. Et j’avoue que j’avais quelques appréhensions. Il me semblait que parler d’identification de photos sur Facebook, de gazouillis et de mots-clics, alors qu’une majorité de la population lutte pour sa survie quotidienne, était un peu surréaliste. En même temps, avec en tête Ignacio Ramonet et l’émergence du fameux cinquième pouvoir – le pouvoir citoyen pour critiquer les pouvoirs économiques, médiatiques, politiques et judiciaires –, le printemps arabe et plusieurs autres événements où les médias sociaux ont eu un apport déterminant, je me disais que ce n’était pas futile de répandre un peu la bonne nouvelle technologique en terre africaine, où on a vivement besoin de voix qui s’élèvent pour éduquer, sensibiliser et même dénoncer.

Afin de connaître la réalité de mon auditoire, j’ai fait des recherches statistiques sur l’état des lieux du continent et plus particulièrement du pays des « hommes intègres ». Au cours de ma visite de 2010, j’avais eu l’occasion de constater que le clivage entre les grandes agglomérations et les zones rurales était immense : dans les premières, le wi-fi était accessible dans plusieurs lieux, alors que dans les secondes, parfois, l’électricité se faisait toujours attendre. Ceci dit, au Burkina comme dans la plupart des pays africains, les choses bougent à la vitesse grand V et je ne savais pas ce que deux ans avaient pu apporter comme progrès.

Constat : certes, l’électricité et la téléphonie filaire continuent leurs avancées et la téléphonie mobile est omniprésente. Mais internet est encore très loin derrière.

Les statistiques d’Internet World Stats nous révèlent que le taux de pénétration est de seulement 13,5 % alors que la moyenne mondiale dépasse les 32 % (36% pour le reste du monde si on retire l’Afrique) et que l’Amérique du Nord franchira bientôt le cap des 80 %. Oui, pour l’ensemble de cet immense continent, moins de 15 % des gens utilisent internet.

Taux de pénétration d'internet par continent

Les ordinateurs ne semblent pas trop rares : il faut donc regarder du côté des infrastructures de télécommunications pour trouver l’un des principaux facteurs derrière cette lente entrée sur le Web. Pendant longtemps, le continent n’avait qu’un seul câble le reliant à l’Europe… mais depuis 2009, la fibre optique se répand allègrement. Le Monde a d’ailleurs fait un excellent portrait l’an dernier à ce sujet.

Mais l’amélioration apparente des infrastructures depuis quatre ans – l’article du Monde osait même avancer une potentielle surcapacité – ne semble pas se traduire encore, du moins ici au Burkina, par de fulgurantes performances : souvent, au bureau, il faut utiliser internet avant 11 h le matin, soit avant que l’Europe ne devienne active, sans quoi, télécharger la moindre page peut prendre 20 minutes… ou carrément échouer. Tout dépend du nœud auquel on est relié et la situation varie énormément d’un endroit à l’autre. À ce jour, je n’ai trouvé aucun endroit dans la capitale où joindre une pièce de 7 Mo a fonctionné. D’ailleurs, ma tentative de déposer 57 Mo de documents sur mon Dropbox a été fort amusante… du moins pour quiconque aime me voir faire des grimaces.

Quand on poursuit l’analyse de la situation pays par pays, le portrait s’assombrit. Si le continent africain réussit à atteindre présentement ce fameux 13,5 % de taux de pénétration, c’est essentiellement grâce à une poignée de pays, le Maroc et la Tunisie en tête.

Dans un pays comme le Burkina Faso, le taux de pénétration d’internet est de moins de 2 % (49e pays sur 56 mesurés). Oui, vous avez bien lu, moins de 2 % de la population utilise internet. Alors, imaginez pour les médias sociaux. Le nombre d’internautes Burkinabè branchés sur Facebook était de 103 680 au 31 mars 2012. J’ai vérifié il y a quelques jours et on parlait d’environ 116 000. Sur une population de près de 17 millions d’habitants. Et oubliez le facteur mobile : si tout le monde a ici deux ou trois téléphones cellulaires – pour profiter des offres de chaque réseau et pouvoir se brancher, peu importe l’infrastructure environnante –, le téléphone dit intelligent (expression qui en a amusé plus d’un!) est encore très peu répandu (j’en ai vu 2 à ce jour).

C’est donc avec ces chiffres en tête que je suis venue parler médias sociaux : croyez-moi, les petits vidéos de chats n’étaient pas au programme. J’ai tenté d’être la plus pertinente possible en me concentrant sur des usages concrets en matière de développement social, de démocratie, de liberté d’expression, de formation ainsi que sur les applications en milieu de travail, autant au niveau du travail collaboratif qu’au niveau de la gestion des ressources humaines et du recrutement. Et bien sûr, la sécurité, la confidentialité et les politiques d’utilisation des médias sociaux en milieu de travail étaient aussi au cœur de nos échanges.

Les participants ont saisi très rapidement le potentiel incroyable de cet univers et je n’ai aucun doute qu’ils seront les ambassadeurs d’une saine adoption des médias sociaux dans leurs milieux respectifs. Au final, ce fut vraiment un honneur pour moi de pouvoir partager mes modestes connaissances avec eux. J’espère pouvoir les retrouver dans quelques mois pour la suite… car leur appétit, après trois jours de formation, était immense. Parler de médias sociaux n’était finalement pas futile du tout.

Photo de famille à l'issue de la formation au CEDO de Ouaga 2000

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Un commentaire sur “Parler médias sociaux au Burkina Faso, vraiment?

  1. J’te dis Véro… tu m’épates toujours! Tu travailles fort et pour de bonnes causes! J’en r’viens pas! Tu fonces! Tu dois penser que: ‘The sky is the limit!’ WOW! Je te trouve courageuse et persévérante!
    Chantal

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