Le ramadan vu de Ouaga par une fille du Nord

Depuis ce vendredi 20 juillet, le ramadan est commencé et le jeûne diurne observé par une partie de la population du Burkina Faso. Cependant, me semble-t-il, les choses se font à la manière locale…

Ainsi, mes amis musulmans disent qu’ils font le carême. Au début, je ne comprenais pas : je croyais qu’ils s’étaient convertis au catholicisme et je me questionnais sur la différence entre leur calendrier et celui du Vatican. Mais non: pour parler du jeûne de 29 jours du ramadan, ils utilisent simplement le même terme que pour le quarante jours de jeûne catholique.

Ce détail lexicologique est représentatif de l’esprit dans lequel se vit le ramadan en ce pays, où l’islam est la religion qui regroupe maintenant le plus de croyants, mais où l’animisme et la religion catholique sont encore très présents, avec quelques superpositions et fusions étonnantes parfois.

Sans conclure à une ouverture généralisée et parler naïvement de cohabitation parfaite, je perçois ici une grande tolérance envers ceux qui ne font pas le ramadan. D’une part, parce que l’histoire de ce pays s’est construite sur le mélange de plus de 60 ethnies – ce qui forcément entraîne à une certaine ouverture – , et d’autre part, parce que la religion est vraiment affaire individuelle, avec un grand respect pour la confession d’autrui. Bref, contrairement à d’autres pays à majorité musulmane où restaurants et échoppes ferment et où les repas de jour sont pris clandestinement, à Ouagadougou, bien que le rythme de la ville ralentisse un peu, je peux me restaurer sans difficulté.

En présence de mes amis en plein jeûne, je suis cependant toujours un peu torturée : si je ne bois pas, par la chaleur qu’il fait ici et avec mon petit organisme mésadapté de fille du Nord, je ne tiendrai pas le coup… mais si je bois, je les expose à la tentation et je me sens un tantinet mal à l’aise dans le rôle du diable (qu’on me pardonne la référence judéo-chrétienne). Certes, ils m’encouragent tous à ne pas me déshydrater et ils m’assurent que cela ne les dérange pas du tout, mais je ressens quand même toujours une petite gêne… Peut-être est-ce dû aux nombreuses diètes amaigrissantes que je suis depuis mon adolescence – avec des motifs certes moins nobles, mais une détermination souvent tout aussi fervente – et aux déchirements intérieurs ressentis, quand mes amis se gavent de poutine pendant que je mâchouille désespérément une salade sans vinaigrette! Je ne veux jamais qu’on se prive en ma présence, je sais que mon choix est individuel et que je dois surmonter l’épreuve sans l’imposer aux autres, mais la tentation n’en est pas moins pénible à subir…

À défaut donc de pouvoir être totalement solidaire de mes amis musulmans par mes actions, je me permets de l’être par mes voeux. Que la force de la détermination accompagne mes frères et sœurs en jeûne jusqu’au 19 août prochain et que l’Aïd al-Fitr soit festive à souhait!

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