Un caillou, un avion de papier et deux bananes

Plusieurs jours déjà que je suis arrivée et j’ai à peine vu Ouaga-la-magnifique. Je travaille, je mange et je dors, c’est mon programme quotidien. J’ai eu plus de difficulté à m’adapter au décalage horaire. L’insomnie m’a torturée.

Mais Ouaga-la foisonnante est tout autour. Tous les matins en me rendant au travail, je la vois m’avaler dans sa marée humaine.

Ouaga et ses mobylettes

Et je n’oppose aucune résistance. Ce serait en vain, Ouaga-la-grande rirait de mes efforts et me perdrait dans ses dédales de terre rouge, ses valses de mobylettes, ses étals de fruits et ses enfants de partout surgissant.

Ce soir, pendant quelques minutes, j’ai dû attendre dans la voiture avec le chauffeur. Au frais à l’air conditionné alors que dehors, la chaleur de la saison des pluies écrasait la ville. Et soudain, il était là, tout petit, mais tout puissant qui m’envoyait la main à travers la vitre. Réflexe spontané, je lui ai envoyé un bec soufflé. Éclats de rire, course, disparition et retour avec deux amis. En quelques secondes, ils étaient une quinzaine à la fenêtre. J’ai ouvert pour leur parler et ils se sont tous nommés. Tous. Avec leurs cheveux nattés, leurs sourires d’un blanc si pur, leurs petits ventres malheureusement beaucoup trop gonflés, leurs vêtements sales et en loques. Ils ont beaucoup ri de mes tentatives de lancer de cailloux et d’avion en papier. Puis j’ai eu envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, mais j’ai souri. J’avais deux bananes. Je les leur ai données. Ensuite, toutes les mains se sont tendues vers moi. J’ai senti mon cœur se réfugier dans mon bas-ventre, prêt à rebondir et à s’arracher à moi. Le chauffeur leur a dit quelque chose en Mauré, je n’ai pas compris… mais toutes les mains se sont retirées et une des grandes m’a remerciée.

J’avais si honte. Honte d’accueillir ce remerciement sans leur demander pardon. Honte de savoir que nous vivons tous sur la même planète et que j’accepte que ces enfants aient faim. Que je contribue à ce que ça ne change pas.

Ils ont continué à rire, à me taquiner, à me parler. Puis la voiture s’est ébranlée et ils m’ont tous fait de magnifiques saluts de la main, des sourires craquants et ils sont repartis jouer.

La honte ne me quitte pas. Leurs sourires non plus.

Publicités

Un commentaire sur “Un caillou, un avion de papier et deux bananes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s