Lentement la beauté

Le titre de ce billet est emprunté à la pièce de théâtre de Michel Nadeau.

Deux ans déjà se sont écoulés depuis mon dernier séjour sur le continent africain. Après un interminable embarquement labyrinthique à Dorval et un départ longuement retardé, un vol d’un inconfort fabuleux sur Royal Air Maroc, la RAM. Coincée entre deux dames marocaines absolument charmantes, dont une grand-mère qui m’a tout de suite adoptée, petites caresses incluses. Une grand-mère qui a même dormi un temps, un bras sur le mien… avant de me montrer le soleil brûlant se levant sur l’Afrique du Nord. De la beauté concentrée.

Puis, un débarquement kafkaïen à l’aéroport Mohamed V de Casablanca pour une longue escale. Le chaos règne dans les files de contrôle des passeports, la tension escalade, une mère crie « Mais je suis fâchée, madame! ». J’adore l’expression polie, mais précise de sa colère, son visage crispé, encadré par son foulard rouge sang de boeuf. De la beauté retenue.

Finalement, j’arrive à la cabine du douanier.
— « Alors Madame, c’était bien il y a deux ans? »
— « Euh… oui, absolument… »
— « C’est moi qui vous ai accueilli il y a deux ans. »
— « … »
— « Oui, oui, regardez la preuve : c’est mon numéro de tampon. »
Rigolade et entrée officielle au Maroc. Passage au service de logement temporaire de la RAM qui m’amène dans un hôtel du centre-ville pour quelques heures. Un guide baratine une histoire sans queue ni tête au sujet de la navette vers l’hôtel… Quelques dirhams en moins, transport vers le centre-ville. Sur la route, beauté brute et ensablée, propice aux mirages.

Repos à l’Atlas Almohades. Un cafard sur le dos, gisant sur le plancher de marbre d’un corridor, m’émeut… jusqu’à ce que mon imagination fertile me bombarde d’images où ses petits copains s’immiscent dans mon sac d’ordinateur, mon seul bagage. Beauté éphémère.

Juste le temps de savourer un tajine d’agneau et pruneaux avant de repartir pour l’aéroport et de mettre le cap sur le Burkina Faso. Pour y retrouver la beauté terreuse et verdoyante de la saison des pluies. Celle des pagnes colorés et des basins lustrés. Celle des mouvements lents et fluides. Celle des sourires lumineux et des yeux accablés.

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Un commentaire sur “Lentement la beauté

  1. Ta description, toute en couleurs, réussit à me plonger dans ton univers exotique que j’ai pourtant jamais visité. Je goûtais presque le délicieux tajine. Ta plume est assurément bien habile et intéressante! XXX

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