Bilan de mon #FTA2012 et de mon détour par le TNM

Comme chaque année, j’avais mes billets pour le Festival TransAmériques des mois d’avance.

Malheureusement, j’avais mal planifié et les deux premiers spectacles que j’avais achetés entraient en conflit avec mes propres représentations au Théâtre La Licorne. C’était annonciateur d’un FTA2012 où je n’utiliserais finalement qu’un billet sur deux.

Je vis une drôle de période. J’ai dû me forcer pour aller au théâtre. Ce qui est vraiment très inhabituel. J’étais souvent déchirée entre la fiction et la réalité.  Je l’avoue honnêtement : j’avais peur d’aller perdre mon temps au théâtre alors qu’il faut être dans la rue. Peur qu’on m’y propose un divertissement, alors que je veux y trouver une réflexion, et préférablement une réflexion qui me bouscule, qui me parle d’ici et de maintenant, qui  exige de moi un effort.

Qu’on me comprenne bien : en temps normal, je trouve le divertissement essentiel et je travaille moi-même parfois ce matériau (à ma manière, qui n’est pas une ligne, un punch, mais néanmoins…). Je suis plutôt en faveur de la diversité de l’offre. Mais là, je suis à fleur de peau, je suis fâchée, je suis inquiète, je suis avide de sens et de contresens.

Tout ça pour dire que je n’aurai vu que dix spectacles en deux semaines, alors que j’avais des billets pour seize. Mais je ne suis absolument pas déçue.

Je ne vous parlerai donc pas de Sideways Rain, Irakese Geesten (que j’avais si hâte de voir), Le corps en question(s), The Debacle, Aaléef et La pérégrin chérubinique (qui je l’avoue, ne me tentait pas pantoute).

Mais voici quelques mots sur les sept œuvres du FTA et la trilogie Des femmes (trois textes de Sophocle, mis en scène par Wajdi Mouawad au TNM) que j’ai vue en parallèle.

Chante avec moi, d’Olivier Choinière, une pièce à 50 voix, un puissant ver d’oreille qui nous charme d’abord, pour nous exaspérer ensuite par l’usure et la répétition. C’est brillant, c’est bien fait, c’est juste la bonne durée. Et oui, pour répondre à une collègue qui soulevait la question, je crois que ça provoque la réflexion. C’est une démonstration par l’absurde de cette faiblesse de nos sens face aux mouvements de groupes, aux mélodies qui nous charment et nous abrutissent.

Nathan, d’Emmanuel Schwartz, une longue odyssée qui se revendique clairement de l’univers d’Abé Carré Cé Carré, avec ses triplés et ses jumeaux et ses drames familiaux et ses incestes et ses tares et ses petits bébés infirmes. J’ai beaucoup aimé les ruptures de ton, c’était fort réussi d’un point de vue scénique, mais ça ne m’a pas touchée. Je me suis sentie très loin de cette fiction. Ce n’était peut-être pas le moment pour moi.

Life and Times – Épisode 1, de Kelly Copper + Pavol Liška, un message téléphonique qui se transforme en comédie musicale de 3h30, j’avoue que si j’avais su, j’aurais eu très peur. Ceci dit, bien que je me suis permise de petits quinze secondes de sommeil pendant la seconde partie, j’ai trouvé le tout réussi, j’ai rigolé, j’ai apprécié. Et la vaste question à laquelle ce 3h30 voulait répondre – dans ce premier épisode de dix! – n’était pas sans pertinence : « Raconte-moi ta vie ». Il me semble que nous voulons tous faire ça en ce moment : raconter notre vie, alors qu’on a pas le temps d’en avoir une. M’enfin.

Sur le concept du visage du fils de Dieu, de Roméo Castellucci, œuvre forte et dérangeante, difficile à recevoir, mais touchante et si humaine, qui nous ramène à la question de l’existence de Dieu et à la colère profonde que nous éprouvons face à la souffrance de ceux qu’on aime. On patauge dans la merde pendant tout le spectacle, mais contrairement au quotidien, au moins là, on en est conscient.

Des femmes (spectacle non FTA), d’après trois textes de Sophocle, mis en scène par Wajdi Mouawad, production qui a fait l’objet de tant de cris et bruit à cause de la collaboration de Bertrand Cantat. Les avis dans mon entourage sont partagés : personnellement, j’ai aimé, malgré certains moments où j’avoue avoir pensé à ma liste de choses à faire (je ne parlerais pas d’ennui, mais parfois d’un relâchement de mon attention, ce qui m’apparaît normal dans un spectacle de près de 6h, plus entractes).  Je ne suis vraiment pas une fan de Patrick Le Mauff, ça ne s’est pas amélioré avec ses scènes finales dans Antigone. J’ai bien aimé le traitement musical, j’ai trouvé Sylvie Drapeau très juste, j’ai aimé les effets de distanciation, la scénographie terreuse et pluvieuse. Et je suis heureuse d’avoir été témoin des fortes réactions du public plutôt conservateur du TNM devant les âneries d’un Créon qu’on ne pouvait pas écouter sans entendre les niaiseries contemporaines du premier ministre Charest.

Alexis. Una tragedia greca., de Enrico Casagrande + Daniela Nicolò, coup de cœur immense, pour cette œuvre qui fait le parallèle entre Antigone et les manifestations grecques, au cours desquelles un adolescent de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos, a été tué par la police. Son cadavre, comme celui de Polynice, a été abandonné par les forces de l’ordre, sur la place publique. Tout dans ce spectacle m’a plu, même les maladresses et les baisses d’intensité. Chapeau pour les parallèles avec Montréal (l’interdiction du port du capuchon, je m’en souviendrai). Et je n’oublierai pas le mot de la fin : « Agir », qu’un fil rouge partant de la scène de la Cinquième salle jusqu’au centre de la Place des Festivals nous amenait à traduire en action.

&&&&& & &&&, de Antoine Defoort + Halory Goerger, une performance absolument déjantée, à laquelle j’ai participé avec plaisir, mal préparée néanmoins, ne connaissant pas bien les codes de la science-fiction. Si j’ai pu saisir par moment les références à The Matrix, à plusieurs moments, j’ai regretté mon faible taux de geekness.  J’ai particulièrement apprécié l’aspect expérientiel et la remise en question de plusieurs conventions théâtrales (mais j’ai rien compris au dauphin gonflable, même pas l’aspect musical). J’ai trouvé ça pas mal tripatif de pouvoir bouger pendant le spectacle, de pouvoir toucher tout ce que je voulais et même de pouvoir partir quand ça me chantait.

Seeds, de Annabel Soutar + Chris Abraham, enfin, celle qui devait être mon avant-dernière pièce du festival, mais qui m’a tellement fait plaisir que j’ai décidé de ne pas aller à la dernière, j’avais trop peur d’être déçue! Sérieusement, j’avais entendu parler de Porte Parole (je l’avoue, j’avais surtout remarqué qu’ils étaient soutenu au fonctionnement par le CALQ, ce dont nous rêvons chez Absolu Théâtre), je savais qu’il faisait du théâtre documentaire, mais mes références en la matière n’étaient pas heureuses. Je suis extrêmement heureuse d’avoir vu ce spectacle qui nous propose une multiplicité de points de vue sur l’affaire Monsanto contre Schmeiser, mais plus largement sur la question des modifications génétiques qui se retrouvent dans notre assiette, dans notre environnement, ultimement dans nos corps, sans que nous n’en connaissions et contrôlions les conséquences. Je l’avoue, j’ai même eu quelques moments de jalousie – et quelques larmes – devant ce théâtre pertinent, engagé, devant la collaboration pleine de sens d’Annabel Soutar et de Chris Abraham. Je voudrais tellement que ce genre d’œuvres soient aussi largement diffusées que certains navets contaminants.  M’enfin. Ça m’aura redonné le goût de continuer d’écrire Pétrifiée, cette pièce qui prend trop lentement forme.

En conclusion, ce FTA n’a fait qu’augmenter mon inconfort, ce qui est finalement une bonne chose. Si je suis satisfaite de certains aspects de ma pratique artistique, j’entends et je comprends clairement que je dois être plus exigeante envers moi-même et me concentrer réellement sur ce qui me semble essentiel au théâtre, au risque de me sentir toute seule et dépassée, comme le personnage de l’auteur dans Seeds. Ça vaut mieux que de se sentir avalée par le troupeau, comme dans l’éloquente démonstration de Chante avec moi.

******

Petite note complémentaire : je remarque que la musique est particulièrement présente dans les productions théâtrales depuis deux ans…  Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec l’aphasie. C’est comme si on n’arrivait plus à dire les choses, comme si le seul moyen de reprendre la parole était de la chanter… Moi-même, qui chante comme une casserole (et croyez-moi, je ne parle pas du chant mélodieux des casseroles contestataires de Montréal), je me suis surprise à le faire dans un de mes spectacles. Objet de réflexion…

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