Finir après tout le monde…

Ne vous inquiétez pas, je suis consciente que le Festival TransAmériques se terminait le 11 juin, mais j’avais un agenda de fou et je n’arrivais pas à trouver le temps de déposer mes doigts sur mon clavier pour rédiger mes impressions sur les quatre dernières pièces que j’ai vues. Faut dire que mes doigts planchaient sur des courriels, des soumissions, des gazouillis et des billets pour Montréal gratuit à Radio-Canada.ca.

What’s next?

Alors ce nouveau spectacle de Dave St-Pierre et Brigitte Poupart, c’était comment? C’était bouillant (il faisait mille degrés dans le bâtiment industriel de la rue St-Patrick où nous étions agglutinés), résolument moderne, beau et laid et dérangeant et rassurant. Avec le recul, très intéressant de faire le lien avec Yume no shiro : dans les deux cas, fluides/corps/entrailles/ mais avec une charge symbolique opposée. St-Pierre et Poupart nous invitaient quelque part entre l’enfer et le paradis – probablement sur terre finalement, à patauger dans la bouette et le sang, en entremêlant corps et cadavres (wow se rouler dans une carcasse de bœuf!), mais sans jamais tomber dans le dark désespéré. La scène de danse au ralenti où l’un et l’autre s’attiraient, se repoussaient et s’entrechoquaient m’a particulièrement plu. En tous cas, je suis sortie de là en me disant, ok, y’en aura pas de facile, on va en baver ma chérie, mais on va en profiter! Si le tout ne formait pas encore un ensemble complètement lié, me semblait-il, on était clairement dans les dix dernières minutes de cuisson d’un excellent plat.

L’Enclos de l’éléphant

J’avais trop d’attentes par rapport à l’intégration de la technologie dans cette pièce et forcément j’ai été terriblement déçue. Heureusement que j’écris ce billet deux semaines plus tard, je peux être plus nuancée. Fabuleuse performance d’acteurs. Brillante disposition en rond du public, autour de l’aire de jeu. Belle idée que les petits semi-enclos individuels, mais aurait fallu pousser plus loin et nous construire un 4e mur, avec une petite ouverture, ou un judas.  Quant aux petits écrans électroniques et caméras (j’avais si hâte!) qui devaient nous donner l’impression d’être aussi observés, pour moi on est complètement passé à côté. Le fait de pouvoir regarder le fond de tête de ma voisine ne m’a pas insécurisée ou déstabilisée.  Je salue la tentative, mais je trouve qu’elle n’était d’aucune façon intégrée à l’œuvre. C’était beaucoup plus intimidant de réaliser qu’un spectateur de l’autre côté nous regardait (compte tenu de la disposition en rond). J’aurais voulu que les images apparaissent quelque part dans l’espace de jeu, sur un iPad, un écran de télé, en hologramme, je-ne-sais-pas-moi, mais j’aurais voulu être vraiment dans l’Enclos de l’éléphant.  Ceci dit, merci merci merci merci d’essayer, d’explorer, de chercher, c’est ce que ça prend pour renouveler la pratique.

El desarrollo de la civilizacion venidera

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas tant ennuyée au théâtre et pas dans le bon sens de l’ennui. Quand l’ennui est un choix artistique, qu’on tente d’amener le spectateur dans cet état second, j’accepte, j’appuie, parfois même je célèbre. Mais là, nenon. On parle d’ennui du genre « pourquoi je suis ici à regarder ça? ». J’étais accompagnée d’un ami spectateur occasionnel, généreux et très tolérant. Quand je lui ai dit, délicatement, « Hum, je suis un peu surprise que ce spectacle ait été programmé dans le FTA, ça ne cadre pas selon moi, c’est très traditionnel, voire vieillot »,  il m’a répondu,  sans artifice : « J’ai l’impression d’avoir vu un soap cheap ». Voilà. Je seconde. Je n’ai rien aimé, et j’ai même pas réussi à détester. C’est vous dire.

La grande finale : Yume no shiro

J’avais 30 minutes pour courir de la Place des Arts à ma voiture, affronter la construction et le trafic du centre-ville et filer vers le Prospero pour voir LE show des Japonais, ce fameux Yume no shiro sans paroles et sans pudeur.  Je suis arrivée avec cinq minutes d’avance et j’ai eu le temps de trouver une place au dernier rang (heureusement, car je voulais avoir une perspective d’ensemble et non m’asseoir au premier rang pour avoir une vue privilégiée des organes génitaux des acteurs). Le contraste avec El desarrollo de la civilizacion venidera était saisissant et très heureux. C’est 70 minutes à baigner dans le vide et l’abrutissement d’un individualisme désespérant. On baise avec le premier corps à portée de la main, sans parler, sans échange. On se drogue. On mange. On dort. On pisse. On se lave. On joue à des jeux vidéos. On fixe le téléviseur. Tout est obsessif compulsif. On se soulage, et le vide revient, on se soulage encore, et il insiste. La musique house à fond la caisse qui sépare les tableaux du « zoo humain » et le petit sanglot dans la nuit sont peut-être les seuls indices d’espoir.  Avec une cruelle finale où les acteurs couchés au sol disparaissent derrière la vitre qui devient tout à coup un miroir qui reflète notre image de troupeau applaudissant. J’ai adoré, bien qu’à au moins mille reprises je me sois dit « comme actrice, je n’aurais jamais été capable de faire ce show-là ». J’ai joué nue, je le referais sans problème. Mais ici, on était loin des faux ébats sexuels que nous avons généralement sur scène (pour éjaculer dans le visage d’une partenaire, ça prend tout de même un petit peu de réel). À bien y réfléchir, même comme metteur en scène, je suis loin d’être certaine que je pourrais assumer un tel spectacle. Mais je suis fascinée que quelqu’un l’ait fait, car ça m’apparaît terriblement près de la réalité. Ce n’était pas gratuit. C’était malheureusement et tristement vrai.

Le mot de la fin

Merci à l’équipe du FTA2011, c’était chouette, on a hâte à l’an prochain, plus plus plus, on en veut encore plus. SVP reprogrammez des Japonais, c’est ma découverte de cette année, j’aurais jamais cru tripper sur la dramaturgie contemporaine nipponne! Et puis, si je puis me permettre un second souhait : ce serait bien que les crinqués dans mon genre puisse acheter des « dossiers » avec plein d’infos  et participer à des ateliers-discussions quelques semaines avant le festival pour avoir encore plus de clés d’interprétation et de viande à se mettre sous la dent.

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