Sacrons-leur patience avec leur âge…

J’ai commencé l’université à 15 ans. Oui, c’est tôt, mais c’est ainsi, j’étais un peu pressée. Évidemment, en tant que jeune demoiselle exilée de la campagne, j’avais besoin de sous. Alors à 16 ans, j’ai postulé pour un emploi saisonnier au gouvernement : ma candidature était pour classer le courrier, on m’a envoyée faire l’inspection des erreurs dans les déclarations de revenus. Pendant les années qui ont suivi, j’ai acquis des connaissances et des compétences sur les bancs d’école et sur les chaises beiges du gouvernement. Puis à 21 ans, j’ai obtenu un poste permanent, dans un groupe professionnel. Fidèle à mes avancées en accéléré, à 23 ans, je siégeais au comité de direction. Et suis ensuite officiellement devenue cadre (là s’arrête l’ascension, inquiétez-vous pas!)

La fonction publique fédérale menait alors toutes sortes de campagnes pour « devenir un milieu de travail de choix », peinant à attirer des jeunes pour combler les besoins découlant des grandes coupes des années précédentes. Des comités de sages se réunissaient pour parler de « La Relève ». On faisait participer les fonctionnaires prometteurs à un programme de développement, où on suivait des cours équivalents à un MBA en administration publique et où on assumait des postes en-dehors de nos zones de confort. On prétendait vouloir renouveler, revigorer, rajeunir, dynamiser, diversifier l’effectif.

Pourtant, la chose qu’on m’a le plus reprochée pendant toute cette période de ma vie, c’était mon (jeune) âge. Mon âge, mon âge, mon âge, mon âge. Mon âge. Mon âge!!!!! Mon âge…. Mon ÂGE. On m’a tellement, mais tellement casser les oreilles avec mon âge que j’en ai eu des complexes (et suis moi-même devenue âgiste sur les bords, ce que je tente encore de guérir). Que j’aie fait des études, que j’aie travaillé depuis des années, que j’aie une maturité émotive et intellectuelle, ça ne faisait aucune différence. J’étais une jeune poulette dans la vingtaine. Point. Final.

On se comporte collectivement exactement comme ça en ce moment. On braille depuis des années que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. On se plaint qu’il faut du sang neuf dans les officines pour déloger les « vieux routiers » agglutinés au pouvoir. Un paquet de jeunes se présentent aux élections (ce qui sous-entend qu’une bonne gang a déjà une forme d’engagement citoyen pour aller jusque là). Ils gagnent (oui, bon, la plupart grâce à une vague de fond plutôt que par la qualité de leurs campagnes et idées). Ils s’en vont au Parlement. Et on hurle, offusqués, qu’ils sont jeunes et ont une feuille de route vierge.

Ben c’est quoi l’âge et le moment idéal pour faire quelque chose dans notre société? Je suis persuadée qu’ils ne sont ni plus ni moins capables d’assumer leurs nouvelles fonctions que n’importe quelle personne plus âgée. Ils vont faire des erreurs (comme les plus vieux), ils vont manquer de jugement (comme les vétérans), ils vont dire des conneries (rivaliser avec les créationnistes, ça exige de l’imagination!), invectiver leurs opposants (la période des questions offre tellement de possibilités!) et proposer des trucs irréalistes, eux aussi. Certains se feront avaler rapidement par la machine, d’autres succomberont aux tentations du pouvoir et perdront leur nord éthique. Certains boiront trop. Se perdront dans les dédales administratifs, les protocoles et procédures. S’attacheront à leur salaire, leur fonds de pension et leur place de stationnement. Mais la plupart assumeront leurs responsabilités avec cœur et passion comme la majorité des politiciens que j’ai côtoyés pendant ma carrière.

Chialons contre le programme du parti qu’ils représentent. Gueulons contre leurs compétences linguistiques. Offusquons-nous de leurs absences physiques. Tenons-les responsables des idées et opinions qu’ils défendent. Montons aux barricades s’ils proposent des réformes menaçantes. Mais sacrons-leur patience avec leur âge. Les chances que le Parlement se transforme en gros rave avec députés extasiés sont assez minces.

p.s. : mes excuses les plus sincères à tous ceux que je traite avec condescendance de jeunes, aux vieux schnocks que je qualifie de tels et à ma propre personne de 37 ans que j’accuse cruellement et à répétition de matantisme…

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10 commentaires sur “Sacrons-leur patience avec leur âge…

  1. Le plaisir avec cette affaire d’âge, c’est de se faire dire toute sa vingtaine qu’on est trop jeune pour ceci ou celà et tout d’un coup, passé 35 ans se faire dire qu’on est presque trop vieux… La fenêtre est petite. Vaut mieux ne pas s’en soucier, voire refuser d’y contribuer.

  2. Le paradoxe est bien vu: on veut renouveler, dynamiser, retaper… mais on a peur de rajeunir.

    On voudrait une société où les mêmes vieux personnages porteraient les masques de la jeunesse et de la vigueur. On voudrait une société botoxée, où on fait semblant d’être fringant alors qu’on a peur de sortir des sentiers battus pour mettre le pied dans l’herbe.

  3. J’appuie parfaitement ton cri du coeur ! L’âge des élu/es du NPD n’est pas une bonne raison pour monter aux barricades. À mes yeux, c’est un gage de dynamisme.:)

  4. Succulent billet!

    Je comprends tellement. J’ai été cadre à 24 ans, et on m’a tellement parlé de mon âge, jusqu’à 35 environ…

    Là, j’ai 42 ans, et on ne m’en parle plus.
    Je suis peut-être « plus assez, ou trop jeune ».

  5. Une fois de plus Véronick, ta plume est juste et éloquente. Certes plusieurs de nos nouveaux élus sont jeunes, et donc présumément relativement peu expérimentés. Bien qu’on puisse militer depuis déjà plusieurs années quand on a 19, 20, 25 ans et avoir une connaissance parfois plus approfondie des enjeux qui nous interpellent qu’une bonne partie de la population active dont l’étendue de la connaissance en matière de socio-politique est d’avoir compris que « c’est toute des cro…rs, anyway. »

    Outre l’âgisme fatigant qu’on entend depuis deux jours, je suis pour ma part également irrité par cette ambiance de critique perpétuelle de la classe politiques et des institutions au sein desquelles oeuvrent nos élus. Une sorte d’absence de recul et de positionnement facile – intellectuellement paresseux – de rejet systématique mène à des incohérences telles que :

    – Un mépris largement répandu contre les « politiciens ». On entend ici ceux-là même qui, justment, en ont de l’expérience.

    – une méfiance face aux avocats (des menteurs), aux intellectuels (des déconnectés), aux médecins (des élitistes), aux gens d’affaires (des riches sans scrupules)… On croirait donc que la nouvelle cohorte de député apporterait satisfaction à l’électorat. Mais non, le mépris et la méfiance font place à la condescendance et on rigole haut et fort sur les ondes et dans les écrits de voir portés au pouvoir des syndicalistes (des chialeux), des étudiants (des immatures/inexpérimentés), des gens de métiers manuels (mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien connaître à la politique ?)

    C’est à croire qu’il n’y a personne d’adéquat pour assumer les fonctions de députés.

    Si certaines craintes d’être mal servi par quelques-uns des élus peuvent être fondées, médire ne règlera rien. Il n’en tiens qu’aux citoyens concernés d’assumer eux-même, au premier chef, leurs responsabilités citoyennes et de contraindre par leur appui, leurs contestations structurées, leur participation dans les lieux d’exercice démocratique, de contraindre dis-je, leur député à assumer avec rigueur et intelligence ses responsabilités, dans la circoncription et à Ottawa.

    Nous avons une responsabilité individuelle et collective en ce qui concerne le portrait socio-démographique de notre classe politique. L’exemple le plus criant ces derniers jours est sans doute l’élection de Ruth Ellen Brosseau dans Berthier-Maskinongé.

    On peut comprendre que la jeune femme ait accepté de se porter candidate pour aider le NDP, sans réelle volonté d’être élue. Juste pour aider le parti à avoir 308 candidatures. Pour lui permettre de recueillir les quelques centaines de votes prévisibles et lui permettre d’ainsi accroître son financement public par exemple. C’est monnaie courante, dans tous les partis, même si c’est plus fréquent dans les partis dit « tiers » (qu’on me dise que le PLC et le PC n’ont pas eu recours à ces stratégies à un moment ou l’autre de leur histoire des 10 dernières années.)

    On peut critiquer le parti et la candidate elle-même. On peut rire, ironiser, décrier, dénoncer, s’offenser. Quand je parle de responsabilité individuelle et collective, je parle de 22 403 citoyens et citoyennes qui ont déposé dans l’urne un vote d’appui à cette candidate. Étaient-ils ignorant du fait qu’elle était absente de la circonscription ? qu’elle n’accordait aucune entrevue ? C’est donc qu’ils ne lisaient ni n’écoutaient aucune information locale et régionale, voire nationale puisque quelques jours avant l’élection les adversaires du NDP ont fait les choux gras du fait qu’elle ne parlait pas un mot de français et qu’elle était à Las Vegas pour l’essentiel de la campagne électorale.

    C’est donc dire que ces 22 403 citoyens et citoyennes ont fait un vote à l’aveuglette. Ou pour le chef. Ou pour le programme. Ou contre le Bloc qui les représentaient jusqu’alors. Ou contre le PC qu’ils ne souhaitaient pas voir majoritaire. Ils sont – individuellement et collectivement – quand même responsable de leur vote :

    – Un vote de contestation pouvait aussi être exprimé pour un autre parti que le NDP dont il auraient connu et pu apprécier la candidature locale.
    – Un vote pour Jack, sans égard à la candidature locale, doit être assumé ainsi. Et aux citoyens d’exiger du NDP que son élue assume adéquatement ses fonctions.
    – Il en va de même d’un vote pour le programme.

    Bref, si on cessait de juger et qu’on agissait de façon responsable et qu’on débattait sur le fond et les idées plutôt que sur les étiquettes ? et ce, tout au long du mandat et pas juste 1 fois par 4 ans.

    Merci pour tes réflexions stimulantes.

  6. Je suis bien d’accord avec toi. Et bien placée pour l’être.

    Go les jeunes! Et les vieux trentenaires qui ont oubliés qu’ils sont encore jeunes. ;)

  7. Je suis d’accord avec toi Véronick: reprocher aux jeunes députés récemment élus leur âge est une critique superficielle et que feront taire, j’en suis convaincue, certains de ces jeunes, par leurs propos, leur aplomb, la fraîcheur de leur regard et de leurs idées.

    Mais ce qui m’importe davantage, c’est le réalignement majeur auquel on vient d’assister:

    1) une majorité conservatrice, due à l’union de l’ouest et d’une partie de l’Ontario. Le pôle Ontario-Québec est bien fini. Maintenant, c’est Ouest-Ontario, avec l’Ouest comme tête dirigeante et l’Ouest qui loge à droite. C’est un réalignement majeur qui a commencé sous Preston Manning et que vient de parachever Harper, en devenant majoritaire et fait à noter, sans l’appui du Québec. Un des premiers constats que retiendra d’ailleurs le ROC de cette élection: ils peuvent être majoritaires sans nous.

    2) l’implosion d’un grand parti politique, le parti libéral fédéral, dont l’avenir est certes menacé;

    3) une opposition officielle sous la forme d’une gauche social-démocrate où de jeunes Québécois et Québécoises auront une chance unique de façonner un nouvel avenir, pourvu qu’ils profitent de l’occasion qui leur est donnée.

    Moi, c’est fou, j’ai très confiance en certains d’entre eux, notamment le jeune Dusseault, mais aussi celle qui a battu André Arthur, et les jeunes de McGill qui eux se présentent et gagnent en groupe et partent ainsi avec une longueur d’avance pour leur travail à la Chambre des Communes.

    D’ailleurs, il va falloir que je suive davantage ce qui se passe chez les jeunes anglais de Montréal. Tu as des suggestions à faire à une quinqua?

    Entretemps, comme disait ma nièce, « on voulait donner une raclée à Harper, pis c’est Duceppe qui l’a eue ».

    Tu me connais Véro, si on peut, via, vous les jeunes, travailler à un Canada plus fraternel, plus juste, plus équitable, plus soucieux de l’environnement et de la qualité de vie de ses citoyens, j’opte encore, bien que de plus en plus sceptique, pour cette option.

    T’embrasse,

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