Trois filles dans le bois

Carole, Valérie et moi, on se connaît depuis 25 ans. Y’a des bouts où on se voyait quotidiennement, d’autres où c’était le silence radio. J’ai partagé un demi-sous-sol à Gatineau, avec l’une, et un loft dans le Vieux-Montréal, avec l’autre. Crises d’adolescence, peines et joies d’amour, péripéties et questionnements professionnels, maladies et pertes dans nos familles, mettons qu’on a vu neiger ensemble.

Carole vit à la campagne dans notre coin d’origine, avec trois enfants et un boulot; Val reste en banlieue, est mère de chats et bosse solide; moi je bourlingue ma vie d’artiste et mes chiens à Hochelag et ailleurs. Avec des vies si différentes et chargées, se voir relève du miracle. L’an dernier, nous avions réussi à avoir un-36 heures-complet entre nous. Cette année, on a finalement réussi à en trouver 24, petites heures, et ce, après des semaines de tentative.

L’idée était de se rejoindre dans un spa – Le Baltique Amerispa de Morin Heights dont on fera une critique à six mains – de se faire masser, puis de se saucer dans les bains nordiques, avant d’aller se taper un monstrueux festin en forêt, arrosé tant qu’on veut puisqu’on dort sur place, avec échange de cadeaux de f-i-l-l-e-s. Et on a respecté le programme à la lettre, même si de méchantes forces obscures ont essayé de nous déjouer.

D’abord, on nous balance une pluie verglaçante, les écoles en campagne sont fermées et Carole est coincée avec les défis logistiques maternels (où parker les p’tits?). Val de son côté a droit à sa poignée de porte d’auto qui tombe, alors que celle du côté passager est brisée; ne reculant devant aucun défi, c’est par le coffre qu’elle atteint le volant! Et moi, délais liés à ma très ambitieuse planification professionnelle d’un réalisme douteux. Mais finalement, à 17h, on se retrouve toutes les trois, en peignoir, après un 50 minutes de massage chacune de notre côté et le party commence. 

Évidemment, j’avais absolument rien prévu pour le spa sauf mon maillot, alors que ces dames avaient des gougounes, des crèmes, produits, petits pots et Carole – la merveilleuse Carole – des collations, seigneur que je me sens incompétente là!  On débute par le bain vapeur à l’eucalyptus – Carole et moi sur le bord de mourir étouffées, alors que tous les gènes suisses de Val se déploient. On retraite dans une aire de détente, regardant Valérie par la fenêtre se plonger dans un BASSIN FROID à l’extérieur! Ce n’est que lorsqu’elle se faufile dans le bain thermal à 37 degrés que je me risque à sortir pieds nus dehors, dans ce joli site enneigé, pour aller la rejoindre.  Et c’était fort agréable (tsé, même les sentiers de pierre sont chauffés!).

En théorie, il faut faire le cycle chaud-froid-chaud-froid, mais je suis d’avis qu’il faut toujours réinventer et adapter les concepts. Je me suis trempé les jambes dans le bassin froid trois fois, mais l’éclatement d’une veine dans mon talon droit m’a convaincue que j’étais faite pour la chaleur. Alors c’est surtout dans le bassin chaud, à la belle étoile et avec une jolie petite neige qui réfléchissait la lumière de chromothérapie et des feux de foyers extérieurs, que je me suis détendue.

 À mi-parcours, nos gargouillis nous ont convaincues de suivre Carole dans le vestiaire des dames pour déguster des clémentines et des chocolats fins, qu’elle avait apportés. Nous étions affamées :

–          Moi : J’ai vraiment faim.
–          Valérie : Moi aussi.
–          Moi : J’espère que les chiens n’auront pas mangé le dessert.
–          Valérie : Si les chiens ont mangé le dessert, moi je mange les chiens.

Fou rire général, étouffé parce qu’on n’est pas censées jaser. Je me sens exactement comme quand on avait 13 ans et qu’on rigolait en cachette après avoir bu un peu de vin « Oiseau bleu », suivi de quelques gorgées de « Prunelle de bourgogne » volée dans le bar familial et remplacée par de l’eau.

Après quatre ou cinq cycles de bains-vapeurs-orteils-dans-l’eau-glacée-chuchotements-dans-le-tourbillon-chaud, nous avons fait une brève sieste dans une aire de détente, un brin de toilette – lire ici, douche, mise en plis, maquillage – filé au IGA, acheter les quelques ingrédients manquants pour notre raclette ainsi que trois sacs de chips « pour la route ».  Roulant à pas de tortue, sur la voie enneigée et glacée par endroits, contournant les copains chevreuils bondissants et nous empiffrant chacune dans notre véhicule de chips-plein-de-gras-trans, nous avons finalement atteint notre refuge en forêt.

Alors là, méga jasette avec raclette aux quatre fromages, truite fumée, pétoncles, charcuterie, pommes, brocolis, carottes, chanterelles, pain aux noix, croûtons à l’ail, trempettes à l’artichaut  et un magnifique dessert – que les chiens n’avaient pas dévoré  – craque au caramel fleur de sel de chez Harnois, chocolat gaufrettes, glace-gousse-de-vanille-fraises-et-vinaigre-balsamique-vieilli, le tout avec du vin! Val, fidèle à la tradition, est tombée endormie après le plat principal et n’a mangé son dessert qu’une heure après nous, pendant que Carole sombrait alors dans le coma digestif. De mon côté, couchée la dernière et n’ayant presque pas dormi la veille, c’est au petit matin suivant que je me suis payé du bon temps avec Morphée, pendant que les filles préparaient le café.

Dans un décor de tempête de neige, gros déjeuner pour bien partir la journée – mimosa, croquant aux fruits, œufs brouillés avec champignons et asperges et échange de cadeaux de f-i-l-l-e-s-t-r-o-p-h-o-t! Séance d’initiation aux gazouillis, un petit bout de #uspp pour rigoler. Val propose sagement qu’on arrête la date de l’automne 2011 tout de suite, on bloque ça à l’agenda et on vise cette fois le 48h!

Mais déjà c’est l’heure de repartir chacune de notre côté. Vingt-quatre heures si vite passées. Vingt-cinq ans tout aussi vite envolées. Mais un lien, un lien qui ne se dément pas.  Je vous aime. Lâchez-moi pas.

Déjeuner dans l'bois
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2 commentaires sur “Trois filles dans le bois

  1. Moi aussi je vous aime! Je me disais justement à quel point j’ai de la chance en rentrant, vitesse tortue encore une fois, hier soir. Merci d’avoir imprégné le web de ce souvenir d’une super escapade!

  2. Beau texte sur l’amitié et la reconquête du « royaume de l’enfance ». L’ai lu avec grand plaisir. Chapeau bas! Dommage que tu n’alimentes pas quotidiennement ton blog.

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