La vie sur le web, comme dans la vraie vie?

Pour écrire, je me sers bien sûr de fragments de ma vie quotidienne, mêlés aux dérives de mon imagination, de mes humeurs, de mes envies. Ce qu’évoque entre autres le titre de ce blogue. Si je parle parfois de mes proches dans la vie décrite par ma plume, je tente de ne pas trop les identifier – particulièrement dans les photos, pour éviter d’étaler publiquement ce qui leur appartient. Pour ne pas me retrouver un jour à franchir une limite interdite, en nommant des choses qu’il ne faut pas (pensez à Deconstructing Harry, de Woody Allen). Et aussi, de façon très égoïste, parce que j’aime bien ça départager un peu ma vie publique de ma vie privée (même si, on s’entend, je ne suis pas une vedette et mon exposition publique est minime).

Mais c’est pas simple. Parce que dans la vraie vie, j’ai un amoureux (depuis bientôt 14 ans!), une famille (atypique et élargie) et de nombreux amis.

J’avais mes petites règles : sur Facebook, plus de place aux photos et commentaires issus de ma vraie vie; sur mon blogue et sur Twitter, strictement ma vie publique et imaginaire. Plus le temps passe, et moins ces distinctions fonctionnent. D’abord, j’ai plein de nouveaux amis Facebook qui ne sont pas dans mon cercle de proches : des contacts d’Empire Avenue, des gens avec qui j’échange sur Twitter et de temps en temps, des gens qui ont aimé une de mes performances théâtrales. J’ai bien essayé de faire un profil restreint qui donne moins d’accès à mes photos et infos, mais franchement, je ne m’en sers pas et je suis toujours mal à l’aise de classer un nouvel ami dans cette catégorie. Ensuite, plusieurs rencontres avec des personnes croisées sur les réseaux sociaux finissent par se faire en parallèle avec la présence de mon chum et de mes copines proches.

Et puis franchement, pour ceux et celles qui partagent mon quotidien, c’est bizarre parfois de ne pas se retrouver dans mes mots et mes photos, alors qu’ils ont participé aux événements.

J’observe ce que font les autres depuis des mois. Plusieurs choisissent dans leur vie publique de ne parler que de Chéri ou de la Fiancée, du Padre ou de la Mama. Je l’avoue, mon inclination naturelle est d’admirer ceux-ci. Mais certains sont très explicites et affichent des photos avec les leurs, parlent allègrement de ce qui relève dans ma tête de leur vie privée et ne sont pas pour autant dans la catégorie qui me plaît moins (car oui, ceux qui partagent avec nous leurs thérapies de couple et chicanes de famille, ça m’énarve!).

Alors je fais quoi? Si je décide de laisser filtrer un peu plus ma vie privée, est-ce que j’applique ça à tout le monde ou je demande à chacun de mes proches ce qu’il souhaite? Est-ce qu’en faisant ça, je réduis ma liberté d’expression créative? Comment je fais pour continuer à mêler de l’imaginaire dans mes textes, sans que les personnes dont je parle s’en offusquent? J’aurais besoin d’un meeting avec Alexandre Jardin pour comprendre comment il a pu faire toute sa carrière en mêlant sa vie intime et ses écrits, sans froisser les uns et les autres… et faire de l’argent avec ça en plus! Pfff… Y’a quelques petites choses que j’ai pas encore comprises, c’est clair!

P.-S. Vous en pensez quoi, vous?

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17 commentaires sur “La vie sur le web, comme dans la vraie vie?

  1. Je vis exactement les mêmes tiraillements. Notamment parce que mon compagnon de vie résiste aux médias sociaux. Personnage discret, il est dans l’incompréhension totale face à ma position, proportionnellement inverse à la sienne. Les contraires s’attirent, rien de neuf sous le soleil, soit. Ce qui ne veut pas dire qu’il soit simple de gérer une telle relation sans restreindre la liberté d’expression de l’un et respecter le besoin à la vie privée de l’autre…

  2. Si tu fais filtrer tes amis Facebook, est-ce que ça veut dire que je continue à t’encourager? On se connait depuis presque 6 ans et on se parle à l’occasion! C’est évident que je ne fais pas partie de ton entourage immédiat mais nous sommes des artistes et nous devrons être solidaire entre nous! Cela ne veut pas dire que je te réduis ta liberté d’expression artistique. Au contraire, mes encouragements sert à « booster » tes créations!

    Alex

    1. Tu vois Alexandre, c’est là tout le problème. Que tu m’encourages et que je t’encourage, dans les projets artistiques, c’est très bien. Mais est-ce que tu dois connaître pour autant le nom des membres de ma famille élargie? Est-ce que je dois avoir accès aux photos de tes proches? Ce sont de bonnes questions à se poser… Certaines personnes – prenons Barack Obama – n’ont pas vraiment le choix: toute leur vie privée se retrouve sous les feux de la rampe. Mais beaucoup d’autres personnes publiques – prenons le journaliste Pierre Foglia par exemple – écrivent publiquement sans nommer et présenter leurs proches.

      Alors voilà, est-ce que la vie privée est encore possible quand on est actif sur le web? Et je ne parle pas de l’intimité, seulement possible entre quatre murs, après avoir vérifié que les rideaux sont tirés et les cellulaires-webcams-et-micros bien fermés. Je parle d’un entre-deux, entre la vie publique et la vie intime, une zone où on peut interagir avec nos proches, sans que le monde entier y ait accès.

      Évidemment, ça n’avait rien avoir avec toi la question de la liberté d’expression créative. Je te donne un exemple de ce dont il est question: si je vais au resto avec ma chum de fille et qu’ensuite je raconte ça sur mon blogue sans la nommer, j’ai la liberté de changer l’histoire pour y introduire toutes sortes de choses, imaginées, pour faire une meilleure histoire. Mon amie brunette peut devenir blonde; ses commentaires peuvent devenir des répliques assassines ou très drôles. Je peux lui faire dire des choses qu’elle n’a pas dites (et que j’aurais voulu, ou non, qu’elle dise). Ce que j’écris est de la fiction. Alors que si je nomme ma chum de fille, tout en changeant l’histoire, je brouille encore plus la limite entre la réalité et la fiction (comme dans la brillante émission « Tout sur moi »), mais je pourrais froisser mon amie…

      Choix difficiles…

  3. Moi, je n’ai pas de blogue, je ne suis pas beaucoup de gens sur leur blogue ou twitter.
    Je suis un peu illettrée dans ces domaines et j’avoue que je n’ai pas vraiment le désir de changer ça. Je ne suis pas groupie de personne. Même avec Facebook, mes enfants (& mon ancienne patronne qui était ma patronne à l’époque, weird) m’ont demandée d’être « leur amie », je trouve qu’une mère à le droit de ne pas savoir ce que ses enfants adultes font durant leur fin de semaine. Non?
    Sauf que le tien, c’est différent. Je te connais un p’tit peu et c’est comme un moyen de garder contact avec toi, ce que tu deviens… et pour moi, qui ne connait que ton amoureux, je ne peux faire la différence entre ta vie privée et ta vie sur le web.
    Je te lis comme je lis un roman ou si je regarde un épisode de « Tout sur moi ». Je lis l’histoire, je ne me dis pas « ah! son amie a fait ça…ooooh! » Je prends ça comme un autre côté de toi.
    C’est divertissant, souvent ça me fait arrêter et réfléchir à ce que moi je pense sur un sujet. Je ne ressens pas le besoin de le partager mais souvent je fais l’exercice de l’écrire mais je ne l’envoie pas.
    Vais-je partager cette fois-ci???

    Je pense que oui!
    Continue ma belle.

    1. Ah! Ça me touche beaucoup ta réponse… C’est comme ça que je voudrais qu’on lise mon blogue, comme si c’était un roman! J’avais juste pas compris qu’en me mettant à écrire, je ne pourrais parler que de ce que je connais et qui vient forcément de mon quotidien… et que par le fait même, j’entraînerais toute ma tribu avec moi.

      Merci d’avoir partagé ta réponse! Merci merci merci!

      1. Pour moi, c’est une question de logique. Je suis d’accord pour ne pas empiéter dans la vie privé. C’est le respect! Mais nous avons l’entière de dire ce que nous avons envie. C’est facile d’étudier les types personnalités par leurs contenus. On adhère a ce qui retiens nos antennes! La bétise ou le gros bon sens!

  4. Excellent billet. Ça me fait penser que j’ai failli te demander si tu avais quelqu’un, un amoureux ou autre, pour prendre soin de toi lors de ton retour de voyage… ;)
    J’avais l’impression que tu étais seule. Et ce n’est pas du tout le cas. Mauvaise perception. ;)

    J’ai eu une longue réflexion estivale par rapport à Facebook et mon besoin de protéger mon intimité. Je me suis créé des listes et lorsque je publie, je choisis qui lira. Je ne refuse personne et je ne retire pas d’amis, à moins d’un comportement irrespectueux.

    Je me suis demandé, en te lisant, quel était ton objectif sur les médias sociaux? Il me semble que s’il est précisé – peut-être que je ne le vois pas dans ton texte mais qu’il y est – tu pourras plus facilement encadrer son utilisation?
    Quant à moi, c’est un besoin de réseautage uniquement. Je partage rarement d’informations personnelles sauf à ma liste « personnel » de Facebook. Et je gère mes albums photo de la même façon.

    1. Ben en fait, tu n’as pas eu une mauvaise perception. Mon amoureux voyage beaucoup et je suis souvent seule. Et effectivement, quand j’ai été malade, il était présent au pire de la crise, mais a dû ensuite s’absenter quelques jours, d’où tes perceptions…

      J’enseigne depuis quelques temps (un an ou deux, j’oublie lol) le réseautage, à l’issue de vingt ans de carrière dans la fonction publique. C’est un des points que je répète et martèle : faut un objectif clair. Alors je suis tellllement d’accord avec toi – l’objectif guide et encadre l’utilisation. Et pour moi, mon utilisation est tout à fait conforme en ce moment à ce que je souhaite. Sauf que je pille ma vie privée pour produire de l’autofiction. Et c’est là que ça se corse…

      Au fond, je commence à penser que je n’ai pas les reins assez solides pour l’autofiction. Que je serais mieux de faire de la fiction pure, sans puiser dans ma vraie vie. Et qu’ainsi, la ligne serait beaucoup plus claire. C’est probablement la forme littéraire que j’ai choisie qui me cause plus de soucis qu’autre chose. Le hic, c’est que dans l’autofiction réside une force, une authenticité que je ne trouve pas dans les autres formes. Alors j’ai de la difficulté à me résoudre à laisser tomber.

      Cogitations, cogitations en vue.

  5. Ah, pitchounette, si tu savais combien tu as déjà mélangé ta vie privée et ta vie virtuelle. Tu nous as regardés, la fin de semaine dernière? Il y avait trois ordinateurs portables, ouverts, connectés et utilisés alors que nous étions dans le bois pour manger du blé d’Inde entre amis! On a mis des photos à la vue de tous en temps réel ; l’une de tes amies que je ne connaissais pas est devenue séance tenante mon amie sur FB, sans même attendre le lendemain, simplement parce que notre conversation nous a amenées à vouloir garder contact. Sans oublier la discussion très sérieuse de quinze minutes que tu as tenue avec un ami à propos d’Empire Avenue.

    Pour ma part je crois que c’est tout simplement normal de parler de toi et donc de ton petit monde. Ca fait partie des règles du jeu, de la ‘personnalisation’ des relations professionnelles ou non qu’on crée sur Internet. Par contre, tu le mentionnes, il y a une ligne à ne pas franchir ; chacun a la sienne, la mienne est de nommer ceux dont je parle, quand ceux-ci ne sont pas mentionnés pour des raisons de réseautage professionnel.

    Bien sûr, du coup, tu peux romancer la réalité, mais pourquoi pas? Ca contribue à maquiller la relation des événements, qui autrement pourraient être trop aisément identifiables. Les personnes concernées sauront quelle est ta source d’inspiration et pourront sourire de tes clins d’œil. Les autres auront un aperçu de ton univers. Tout le monde est heureux.

    Du moment que tout ça est clair, que tu ne présentes pas la fiction pour la réalité, ça me semble plutôt sain en fait. Surtout qu’on est censés être des gens créatifs, non? :P

    1. Je ne suis aucunement inquiète de ma vie virtuelle, que je choisis (depuis un an ou deux, je donne des cours sur la question du réseautage et j’insiste beaucoup sur les choix qu’on fait dans le contenu qu’on diffuse).

      Mon billet aurait pu s’intituler La vie dans les livres, comme dans la vraie vie? Ce que je questionne, c’est la relation vie privée – vie publique, fiction-réalité. C’est le passage dans l’acte d’écriture de l’anecdote vers l’universel et la difficulté, pour ceux qui vivent l’anecdote dans le réel, d’être retirés de l’histoire fictive lorsqu’on tente de viser l’universel.

      Évidemment, je ne prétends pas que mes textes parviennent à atteindre ce niveau, mais c’est l’objectif de mes efforts d’écriture que d’y tendre. Sauf que quand je publie un texte, on peut souvent croire que je relate, comme une journaliste qui fait un reportage. Mon entourage réclame alors que je parle nommément d’eux, que je publie des photos tirées de notre réalité. Mais sur cette question, je suis profondément partagée. Parce que si je nomme, j’ai l’impression qu’un de mes rares espaces fictifs se fait rattraper par la réalité. Parce qu’automatiquement, j’ai peur, je me censure, je ne crée plus, je raconte à peine. Je ne pense pas pouvoir porter plusieurs voix; c’est déjà du boulot de porter la mienne.

      Cette question me torture tellement, que j’ai pensé fermer mon blogue… Pour ne pas faire de peine à qui que ce soit. Mais le mausus de désir d’être lue, c’est pas facile à combattre! :)

  6. Être ce qu’on n’est pas demande beaucoup d’énergie ! Je ne t’ai jamais connue introvertie et rangée. Tes écrits te ressemblent. Il m’arrive souvent de te lire et de me dire : ah, ça, c’est bien ma Véro ! Je trouve que tu t’en tires assez bien avec le mélange public / privé et je sais aussi que tu as assez de discernement pour ne pas étaler ce qui n’a pas sa place dans la vie virtuelle. Pour le reste, je suis plutôt d’accord avec Line et Claire.

    Ceci dit, à mon avis, le vrai danger, c’est de passer à côté des moments de la vraie vie à cause de la vie virtuelle. Je ferais une analogie avec la photo : En voyage, dans une nouvelle ville, si on a toujours l’oeil collé sur l’appareil photo, on reste spectateur et au lieu d’être acteur. Ainsi, je pense qu’il faut parfois laissé tomber le temps réel pour le virtuel pour mieux profiter de la vraie vie et rendre compte après coup. Un temps pour chaque chose et chaque chose en son temps, surtout quand on est avec quelqu’un qu’on ne voit pas souvent.

    Bizouxxx et sans rancune ;-)

    1. Promis Val, on se voit bientôt et je ne twitterai pas nos conversations en temps réel, juste après! ;)

      Mais blague à part, je suis totalement d’accord sur la dimension expériencielle. L’expérience du Burkina m’a beaucoup plu en ce sens: je prenais des notes et des photos de temps en temps, mais parfois pas du tout. L’exercice d’en faire ensuite un récit avec les fragments que j’avais, en tête, sur papier, en images, dans mon corps, me permettait de revivre autrement ce bout de voyage. C’était génial!

  7. C’est un débat tout à fait intéressant et justifié.Dans mon cas j’ai choisis d’avoir un compte privé (famille,amis d’enfance etc..) et un compte plus public. J’accepte tout ceux qui le désirent et mon nom de famille et les photos de moi et ma famille ne sont pas affichés.C’est aussi la que j’ai un groupe web pour mon site web et tout le kit.
    Bref ça fonctionne bien comme ça jusqu’à maintenant. C’est sûr que j’ai moins de visiteurs sur mon blogue vue que je n’ai pas d’infos perso et que ma famille n’encourage pas mon blogue. Par contre,j’ai davantage de liberté.Mais peu à peu mon visage sur mon profil sur certains réseaux sociaux est apparu et ceux ci sont relié à mon blogue. Ça m’inquiète un peu. Puis-je encore m’exprimer sans blesser qui que ce soit? Sans risquer que ma famille se reconnaisse dans ces inconnues sans visages et sans nom cités dans mes texte?
    Dans un mois, un an ou quatre. Qui sait ? De nos jours les paroles s’envolent mais les écrit restent, plus que jamais.

    Mignonette

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