Une petite réponse à « L’Afrique des bonnes nouvelles » de @steveproulx77

La semaine dernière, le journaliste Steve Proulx a publié un texte intitulé « l’Afrique des bonnes nouvelles » sur son blogue « Angle mort ». Je suis souvent partagée à la lecture des billets de M. Proulx — ce qui est une bonne chose puisque ça me permet de définir, de revoir, de structurer ma pensée, convergente ou divergente. Cette fois, je suis assez d’accord avec l’esprit du texte — surtout quand il parle du désintérêt généralisé des médias et du public à l’égard des questions africaines (ou pakistanaises, mais ça c’est hors de mon champ de compétences, déjà bien limité!). Et puis, ça m’a donné envie d’écrire la petite réponse qui suit et que je partage… ce qui est une très bonne chose (ni la réponse, ni le partage, mais le fait que ça m’ait donné envie de scribouiller!). 

Le texte qui suit n’engage que moi-même et je tiens à signifier mon immense respect pour les hommes et les femmes qui oeuvrent au développement de l’Afrique, qu’ils soient sur le terrain, qu’ils soient ailleurs, dans n’importe quelle organisation. Tous ceux que j’ai rencontrés travaillent très fort et avec conviction. Ce que je remets en question n’a rien à voir avec le boulot fabuleux qu’ils font et que je n’ai pas le courage de faire.

J’arrive d’un mois en Afrique, en majorité au Burkina Faso. Pays extrêmement pauvre, certes, mais en pleine transformation. Et franchement, le pessimisme dont vous parlez et qui nous est réellement relayé, ne correspond absolument pas à la réalité sur le terrain, du moins dans ce pays (l’Afrique, c’est grand et diversifié; je suis un peu maladroite quand j’en parle globalement).

Pour faire rigoler mes copains burkinabés, je n’ai qu’à imiter une pub de Vision mondiale. Ils se tordent de rire : pas que l’aide humanitaire ne soit pas nécessaire — elle l’est malheureusement encore et pour un bon bout probablement —, mais à cause de cette image déprimante, voire désespérée, que nous nous forgeons de l’Afrique avec ses enfants aux visages couverts de mouches.

L’écart entre nos conditions de vie matérielles respectives est grand, particulièrement en région rurale, mais l’accès à l’information – entre autres – est en train de bouleverser la donne. Les jeunes — et pas juste les universitaires et les fils de riches — changent les choses au quotidien au Burkina, sans grandes tensions intergénérationnelles. D’ailleurs, le discours là-bas est plus optimiste et moins cynique que celui qu’on peut lire pendant une heure dans la twittosphère québécoise…

Quand on regarde les chiffres de l’aide humanitaire et de l’aide au développement économique (qui sont deux choses distinctes) en dehors de leur contexte, c’est étourdissant. Mais ce sont surtout les mécanismes accompagnant ces appuis financiers qui m’épatent. Et ce n’est pas du côté des organismes d’aide humanitaire que je lorgnerais.

L’aide financière est malheureusement politique, donnée pour d’autres raisons que pour sauver des vies et appuyer la croissance économique : la mainmise des pays Européens, des années après l’accession à l’indépendance de plusieurs États africains, passe par ces mécanismes d’appui et vient avec toutes sortes de conditions qui permettent aux généreux donateurs d’installer sur place, en haut-lieu, des représentants Français, Allemands et autres qui contrôlent et influencent largement les décisions.

Le taux d’absorption de l’aide – c’est-à-dire la capacité pour les bénéficiaires de dépenser les sommes d’aide proposées – est très bas : les gouvernements étrangers leur proposent des tonnes de fric (dont les Africains ont besoin), mais en imposant des conditions de redditions de compte et de fonctionnement qui les ralentissent. Pendant ce temps-là, ces mêmes gouvernements ont une image publique positive et un accès stratégique à l’information et aux ressources naturelles. Ils peuvent même influencer les destinées politiques (un petit financement par-ci, un petit putsch par-là!).

J’aime l’Afrique et voudrais en entendre parler dans les médias d’ici tous les jours… mais ce n’est pas un sujet prioritaire au niveau politique ou économique, alors ça n’arrivera pas de sitôt. Pourtant, plusieurs pays africains pourraient nous apprendre bien des choses, dès maintenant. Et d’ici quelques années, ils risquent de nous surprendre, économiquement et socialement.

P.-S. : « Dead Aid » et les autres publications de Dambisa Moyo sont parmi mes projets de lecture – il semblerait que c’est fort intéressant…

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