Des ruines et des ruines…

Après Banfora, direction Gaoua sur une piste de terre rouge.  Je ne saisis pas encore à quel point on est en train de s’intégrer au paysage; la poussière s’infiltre partout et mon teint basané n’a rien à voir avec le soleil.  Étonnamment, la route non pavée est beaucoup plus praticable que certains grands tronçons nationaux; les véhicules surchargés s’y risquent donc également. 

Le retard vaut mieux que l'absence (ah oui?!)

 

Comme mon système de nord-américaine aseptisée snobe certaines spécialités locales, j’ai mon parfait petit kit de la Québécoise en Afrique : de l’eau embouteillée, un régime de bananes et des biscuits. Je zieute tout ce que la région du « grenier » du Burkina propose : verdure, plans d’eau tantôt pleins tantôt asséchés, agglomérations aux noms sonores – Dégué-Dégué, Sidéradougou – et toujours ces Burkinabès qui saluent les voyageurs de passage.  Là une réunion de femmes autour d’un puits et d’un tableau sur lequel l’une trace quelque chose.  Ailleurs, du bétail qui traverse lentement.  Le seul moment où je baisse les yeux pour consulter mon guide, des singes traversent sans que je les voie!Déception!

 

Arrêt à Loropéni : comme c’était jour de marché, le carrefour bondé est encombré de biens que les commerçants remettent dans leurs camions (les marchés se déplaçant d’une agglomération à une autre).  Un ami de Sidiki arrive sur son deux-roues.  Ce jeune homme devenu agronome sera notre guide local pour les prochaines heures et sa première mission est de nous mener jusqu’à l’hôtel Gaoua Hala sans que nous fassions de face à face dans les pistes et les ronds-points dont la signalisation est plutôt obscure. 

Une termitière qui défie un arbre!

 

Enregistrement (« Vous arriverez à dormir, sans le wi-fi? Ça va aller? » rigole Sidiki), douche – je ruisselle de terre rouge – installation dans une chambre défraîchie et puis casser la croûte.  Comme les patrons sont deux libano-gaoualais, la carte propose du genre hummous et chouchouka.  Dépaysant, mais délicieux.  Sans internet, je me retrouve au lit à 21h; ça ne m’arrive pas souvent, ça! 

****** 

Après un dodo de 10h et copieux petit-déj, on se rend à la Maison de l’Association des femmes de Gaoua pour acheter de gros blocs de savon au beurre de karité.  Cette association aide ses centaines de membres dans une cinquantaine de localités à gagner un peu d’indépendance par l’acquisition de compétences et l’accroissement de leur pouvoir d’achat.  Les tablettes sont presque vides, la demoiselle expliquant que leur production a été achetée hier, mais je repars avec quatre précieuses barres. 

Puis retour sur la piste rouge, pour visiter les Ruines de Loropéni (http://whc.unesco.org/fr/list/1225), le premier site du Burkina reconnu par l’UNESCO. L’entrée de ce site dans la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO a d’abord échouée en 2006, faute de recherches scientifiques bien documentées.  Les Burkinabès se sont retroussés les manches, on fait venir leurs meilleurs experts, on fait des fouilles, des datations au carbone, du gros boulot historique, et la qualité de leurs efforts a été récompensée en 2009 par cette inscription dans le club sélect.  

Le mur de la forteresse derrière fait 106 mètres de long

 

La plus grande forteresse connue et préservée de l’Afrique de l’Ouest, Loropéni aurait été le lieu de plusieurs activités et périodes d’occupation; on la visite de l’intérieur comme de l’extérieur, en longeant ses immenses  murs datant du XIe siècle. Le site est encore peu fréquenté et connu… Pas d’autobus de touristes comme au Machu Pichu, loin de là.   

Y'a nous... et la faune! Ici, un mille pattes.

 

Ce qui frappe dans ce lieu abandonné depuis au moins 200 ans, c’est l’envahissement végétal.   Et je ne parle pas de mauvaises herbes qui s’immiscent ici et là : non, les arbres grimpent carrément aux murs et s’enracinent entre les briques de terre rouge.  Certes fascinants à regarder, ces géants menacent la structure des murs et les experts arboricoles travaillent d’arrache-pied à trouver des solutions pour stabiliser les parois, retirer les arbres les plus dangereux et stopper la progression des plus modestes. 

Un gros parasite!

 

Heureusement que le responsable de l’interprétation nous accompagne, car le site ne comporte aucune signalisation ou bornes d’information; c’est encore à l’état brut.  C’est un privilège d’y être et il y a fort à parier qu’une visite dans quelques années offrira une toute autre expérience.  Beaucoup de fouilles archéologiques et de recherche restent à faire sur le site et dans les environs pour vraiment révéler les mystères de ce lieu qui a un jour été le quartier de riches extracteurs d’or. 

Racines et briques de terre entremêlées

 

Je suis partagée en marchant à l’ombre des grandes murailles… J’aimerais que le site génère à nouveau, mille ans plus tard, de la richesse pour les gens du coin, en attirant chez eux des visiteurs de l’Afrique et des autres continents… Mais cette infrastructure qui a protégé des hommes et des femmes des buffles et des lions, et d’ennemis à deux pattes de tout acabit, me semble bien fragile pour résister au passage souvent indiscipliné et violent des touristes.  Le personnel du site en est conscient, mais les moyens concrets font défaut.  Il n’y a même pas une poubelle sur le lieu.  

Un dernier coup d'oeil sur le quartier des femmes, avant de quitter

 

Comme on a énormément parlé d’agriculture et de productivité, notre guide-agronome nous propose un arrêt non planifié chez une productrice de pois sucrés, avant qu’on le dépose à la maison.  On s’immobilise devant un regroupement de cases, une dame vient nous saluer, disparaît et reparaît rapidement avec un banc pour nous, ses invités.  Un autre aller-retour et en moins de deux, elle étale sa récente récolte de pois sucrés et nous fait goûter.  Oubliez les petites boules vertes qu’on se lançait à la cafétéria : ce sont des tubercules beiges qui goûtent la noix de Grenoble sucrée! Excellente vendeuse, elle a déjà préparé des petits sacs de divers formats et on repart avec des provisions. 

Découverte des pois sucrés

 

Crochet au marché de Gaoua pour le faire le plein d’eau et de bananes, des centaines de kilomètres nous séparant de Ouaga. J’en profite pour me faire demander en mariage par un jeune homme qui me dit que les femmes de chez lui, elles sont méchantes et que les blanches sont plus gentilles.  Je lui dis que j’en doute et lui demande s’il fait la cuisine.  Et mentionne au passage qu’il ne pourra décider à ma place.  Le verdict tombe rapidement dans la rigolade, il n’y aura pas de noces! 

Régime non recommandé pour taille de guêpe! (j'aurai bientôt l'air d'une baleine!)

 

Le paysage est toujours fascinant, mais tout à coup, on réalise qu’on est perdus.  La carte du Petit futé semble indiquer deux routes; on s’informe, mais les hommes répondant à Sidiki pointent dans toutes les directions, c’est plutôt amusant.  On rebrousse chemin et on se retrouve éventuellement sur la voie menant à Pâ, où se trouve la jonction avec la Nationale 1. 

À Boromo, le moteur chauffe, c’est de nouveau la sacro sainte panne et sous la pluie, rien de moins!  La terre rouge s’est infiltrée dans le radiateur, le bloquant carrément.  À la suggestion de Sidiki, petite pause au Maquis de la Grâce, pendant qu’il se lance dans la mécanique.  Installée dans la section arrière, où les hommes peuvent discrètement tenir un deuxième bureau – c’est-à-dire prendre un verre avec leur maîtresse – je sirote une grosse Flag au goulot (1,70$ l’immense « quille », ça ne se refuse pas). Et je me retrouve rapidement entourée de petites marchandes d’une dizaine d’années qui veulent me refiler des galettes de sésame et miel.  

Je comprends à quoi ça sert maintenant!

 

On repart sous la pluie et on fait quelques kilomètres avant que le radiateur ne refasse des siennes.  Manipulations mécaniques encore, alors que la radio annonce que l’eau monte, que des barrages ont cédé et que le fort courant a emporté un camion transportant 25 personnes (un mort, plusieurs personnes disparues), qu’il y a plus de 25 000  sinistrés.  L’eau s’infiltre dans le coffre arrière; je rapatrie les bagages à mes côtés, où c’est encore sec.  On persévère pour rentrer avant la noirceur.  Et on réussit.  

Courageuse dame roulant dans l'eau

 

Ouaga est une mer de boue rouge.  Les gens circulent en mobylettes et vélos sur des routes non pavées, pleines d’ornières et recouvertes par l’eau.  On doit s’arrêter pour évaluer où passer.  Des adultes devant leurs maisons surveillent le niveau avec inquiétude, pendant que des enfants s’en donnent à cœur joie dans l’eau boueuse.  J’arrive finalement au Karité Bleu: la pluie s’est également immiscée dans ma chambre, laissant une grande flaque sur les carreaux de céramique.  C’est tout.  Je m’endors au sec, protégée des moustiques; rien à voir avec la réalité de plusieurs Burkinabès en ce moment.

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2 commentaires sur “Des ruines et des ruines…

  1. Hey, hey, hey! Une baleine, toi, je ne penses pas! Jamais, au grand jamais, je te considéres comme un mammifére de ce nom! Je suis persuadé que tu vas conserver ta MAGNIFIQUE taille de guépe (avec ta permission, ne me pique pas!)

    Continue à nous envoyer tes articles de voyage, tu vas me donner le goût de visiter ce beau coin de pays qui est le Burkina Faso!

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