En panne à Bobo (y’a pire!)

Deuxième jour à Bobo et énième révision du programme pour ne pas éliminer Gaoua. Grasse matinée, petit-déj au bord de la piscine, puis visite du Musée du Houet.     

Ce petit musée provincial propose deux sections; d’abord une exposition temporaire des œuvres des gagnants de la Semaine nationale de la culture.  Batiks, bronzes, sculptures de bois, qui parlent bien du Burkina de maintenant, un pays en  mutation.  Malheureusement, la signalisation des œuvres fait défaut et on sort de là avec une connaissance à peu près inexistante des artistes… Ceci dit, le gardien fort sympathique prend le temps d’expliquer ce qu’il sait de chaque œuvre, alors on obtient quelques clés d’interprétation pour comprendre que le serpent à côté du SIDA n’est pas du tout lié à Adam et Ève (le serpent ici, c’est bon signe…).     

Le Musée provincial du Houet à Bobo-Dioulasso

 

La seconde pièce propose une exposition permanente sur le passé du Burkina.  On y trouve des artefacts et des photos anciennes.  Les moyens infographiques sont modestes, voire inexistants, mais la qualité des textes est au rendez-vous sur les fiches d’information accrochées aux différentes stations.  On y parle des valeurs du « pays des hommes intègres », celles d’hier et celles d’aujourd’hui et de leur nécessaire réconciliation.     

Dans la cour du Musée, le gardien est fier de faire visiter deux habitations traditionnelles, la Bobo – qu’il a construit – et la Peulh.  Ça peut sembler attrape-touriste, genre « tipi au musée » chez nous, mais comme la très grande majorité des habitants du pays vivent dans ces cases et les construisent encore aujourd’hui, c’est pertinent pour parler de la réalité contemporaine.     

Le gardien, M. Francis, et les deux habitations dans la cour du musée

 

Petite balade derrière le musée jusqu’au cours d’eau et ses poissons moustachus sacrés, puis tournée des voisins : sculpteurs de bronze, fabricant d’instruments de musique, on s’échange des salutations et on s’informe de nos familles respectives (qu’on ne connaît pas, bien sûr!).  Je prends une pause devant le musée après avoir acheté des cartes postales décorées de terre, faites par le jeune fils.     

Jarres et calebasses dans une maison Peulh

 

Ensuite, visite du Grand marché de Bobo où semble-t-il on trouve les plus beaux basins du Burkina.  Constat : on y trouve aussi les plus féroces négociateurs.  Sans Sidiki, je serais revenue sans le moindre petit bout de tissu! D’ailleurs, après 30 minutes, mon précieux maître-ès-négoces propose qu’on aille ailleurs et qu’on revienne (l’ultime stratégie de négociation, partir!), mais – ô bonheur africain – la panne! Là je suis contente que le programme ait été revu et qu’on soit en ville!  Plein de jeunes hommes viennent pousser la voiture – sur plusieurs rues, j’en reviens pas encore! – jusqu’à un garage au fin fond d’une cour.  Comme je trottine derrière, je me fais bien des amis, avec diverses approches : de « Eh peau blanche! Qu’est-ce que tu cherches? » (faut croire que ma myopie s’aggrave!) à « Je fais des batiks avec mon grand-père; pour le plaisir des yeux seulement, je te les montre » (là j’ai dit oui, mi-naïve mi-curieuse, et me suis retrouvée au bout d’une rue dans un cul-de-sac, à côté d’un maquis, avec un jeune homme étalant une quantité surprenante de marchandise sortie d’un sac à dos!).  Bobo, c’est la ville des voyageurs en sac à dos et on voit beaucoup plus de touristes ici qu’ailleurs, alors les techniques de vente sont adaptées, croyez-en bibi! (ben oui, j’en ai achetés deux!).     

Ma première panne africaine!

 

Petit repas au Maquis Les Bambous vide à cette heure: couscous et grosse bière au goulot, pour éviter les microbes dans l’eau servant à laver les verres (le boeuf me travaillera l’estomac le reste de la journée, vive le développement du système immunitaire).      

Maquis désert en après-midi, plein le soir...

 

Une réparation mécanique, un changement d’huile et 2 heures plus tard, on reprend la route pour visiter quelques boutiques, mais c’est clairement plus cher ici et on ne négocie pas beaucoup; les touristes ont influencé la donne chez les marchands de masques et d’objets d’art. On quitte donc les lieux où convergent les voyageurs et on s’en va dans un quartier de teinturiers; en moins de deux, je trouve ce que je veux chez Abdoul & Frères (il était même prêt à en teindre pendant la nuit!) et sans négocier, ses prix étant compétitifs.      

Chez Abdoul & Frères, grande sélection de textiles, bons prix et service

 

Quand je me mets à la recherche d’une bouteille d’eau froide, à pied et toujours loin des hôtels, la jeune Fati m’apostrophe très poliment: elle veut que je la pose avec deux de ses amies, à leur étal au coin de la rue.  Je les photographie, elle fixe l’appareil très sérieuse pendant que ses deux amies – Madina et Ramatou – se bidonnent!  Elles me dirigent vers un petit commerce au toit vert pour mon eau.  Arrivée là, le frigo ne fonctionne plus, mais le même scénario se répète : une petite fille me demande de la prendre en photo. Celle-là pousse son frère pour qu’il ne soit pas dans le cliché! Très sérieuse, elle regarde la lentille avec ses grands yeux.  Le petit frère me tire la manche et je le pose aussi, mais lui fait un sourire à vous faire fondre. Anciennement, certains Burkinabès ne voulaient pas être pris en photos car ils croyaient que ça mettrait leur âme en boîte… mais ce n’est clairement plus le cas!  Tous ces jeunes qui veulent se voir dans mon petit écran digital semblent signaler au monde qu’ils existent.  À chacune de ces rencontres, je me sens personnellement interpellée.     

Fati, Ramatou et Madina au boulot

 

On n'arrivait pas à se parler, mais elle s'est fait comprendre : photo et voir...

 

Le petit frère, trop mignon!

 

Après une pause baignade à l’hôtel, la première en trois semaines africaines – me fiant au Petit futé qui parle d’un établissement coup de cœur, direction Les deux palmiers, hôtel de quelques chambres (que la gestionnaire m’a fait visiter – je recommande vivement la place!) ouvert en 2004 et doté d’une excellente table.  Ici, pas d’erreur, on se régale, le service est impeccable et la carte complète.  J’opte pour un Kedjenou, un poulet mijoté avec des légumes (les légumes sont cuits, mais encore croquants, miam!).    Et pour dessert, le meilleur sorbet au citron de ma vie! Quelle jolie façon de clore le séjour à Bobo!  Demain, cap sur Banfora et Gaoua…  

p.s.: c’est un peu bizarre de vous parler d’un resto chic, alors qu’un paragraphe avant je vous parle d’enfants très pauvres (matériellement, s’entend)… mais en même temps, Les Deux palmiers, c’est une jeune équipe professionnelle… et c’est par ces jeunes éduqués et compétents que le changement arrive, ces jeunes qui restent et façonnent un Burkina qui peut attirer des voyageurs (donc des revenus) et éventuellement des capitaux (espérons-le…).  En voyant mon article avec les photos, j’ai eu envie de censurer cette portion finale sur la nourriture… mais ce serait malhonnête de ma part. C’est là tout le paradoxe de mon passage en terre africaine et il faut que j’assume jusqu’au bout.

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3 commentaires sur “En panne à Bobo (y’a pire!)

  1. Je trouve admirable d’assumer ses paradoxes. Quand j’ai travaillé au Mali, j’ai passé les premiers mois à vouloir vivre à tout prix comme les Maliens de mon quartier, plutôt pauvres. Mais après un moment, je me suis mise à déprimer, mes voisins me tapaient sur les nerfs, et j’ai réalisé qu’il y a des limites à oublier qui on est, ses goûts, ses envies. Au Mali, quand on est pauvre, on se fait plaisir avec du thé à la menthe, une cigarette ou de la viande grillée. Moi, j’aime me faire plaisir avec un bon repas pris au resto, une baignade dans une piscine, ou un séjour loin de la ville. Si c’est ce dont j’ai besoin pour retrouver la motivation à travailler et si je peux me le payer… pourquoi pas ? Il y a des limites à renier sa propre identité, ses propres goûts et ses propres envies. Et ce n’est pas parce que je me prive d’un bon repas que je réglerai le problème de la pauvreté dans le monde… Pour avoir rencontré comme vous des Burkinabés et des Maliens super dynamiques, je crois également que c’est, entre autres, par ces jeunes éduqués et compétents que le changement arrive. Et ceux que je connais ne se privent pas des gâteries qu’ils peuvent se payer.

  2. Un vrai régal encore !
    Dis, est-ce que tu prends des notes tout au long de la journée ou tu attends d’être seule pour écrire de mémoire les événements de la journée ?
    J’adore savoir ces choses des personnes qui écrivent.
    Je me dois de te dire que tu es l’une des rares blogueuses (ou blogueurs) qui écrit sans fautes. Bravo !
    Et Merci de ce beau voyage par procuration que je fais ! :)

    1. J’ai essayé au début d’avoir mon carnet en tout temps, mais tu te retrouves dans des situations impossibles et c’est très drôle. Donc, je prends des notes quand c’est possible, parfois ne serait-ce que de gribouiller des noms de villes avec un ou deux mot-clés… Ça me permet de faire la synthèse à la fin de la journée ou le lendemain matin en essayant de rester au plus près de ce que j’ai vécu dans l’instant présent. Quand on a de longs moments sur la route, je peux compléter mes notes aussi…

      Merci beaucoup de ton commentaire sur la langue; de petites fautes se glissent de temps en temps, car je n’ai pas de réviseur et ma propre relecture est parfois inefficace quand je suis fatiguée. Ceci dit, je suis d’avis que nous devons faire tous les efforts requis pour écrire sans fautes et en accordant toute l’attention nécessaire à la qualité linguistique.
      Bisous!

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