Bobo, Bobo, Bobo!

L’augmentation des tensions avec Al Qaïda dans le Nord du Niger et au Mali a valu aux expats Français un avertissement écrit sur la sécurité; alors tous les voyageurs de l’hôtel ont eu un briefing.  Je comprends surtout que ça risque de mener au retrait de plusieurs humanitaires oeuvrant dans ces régions particulièrement dans le besoin.  Triste.  Pour ma part, je me dirige plutôt vers le Sud-Ouest du Burkina, région à la frontière du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Sud du Mali, il ne devrait y avoir que peu de risques de ce genre.  Je n’ai que quatre jours pour visiter le pôle culturel de Bobo-Dioulasso, rencontrer des gens de théâtre à Banfora et peut-être découvrir le grenier du Burkina, autour de Gaoua, capitale de la province du Poni.  J’ai peur de ne pouvoir tout faire, alors cette dernière destination apparaît et disparaît de mon programme sans cesse… Et j’ai aussi éliminé le détour à Koudougou, ville universitaire et culturelle (les Nuits Atypiques, entre autres), pour cause de départ très très lent.          

Sur la route vers Bobo

 

Sur la route, RFI nous apprend les frappes contre Al Qaïda pour libérer Michel Germaneau, humanitaire français.  Les paysages défilent sur la Nationale 1, une route importante malheureusement dans un état déplorable sur une grande distance; c’est donc en sursautant à tout moment que j’observe les baobabs, cases de terre, caisses populaires, mosquées et petites églises, marchés et étals.  Un mariage, un enterrement, des autobus qui débordent de gens et de marchandises – jusqu’aux chèvres sur le toit! –, des véhicules en panne, des vendeurs d’œufs et de chenilles le long de la route, beaucoup de vie.  Les noms de ville s’accumulent dans mon carnet et le paysage est de plus en plus vert.  Au bout de 6h, on est enfin arrivés à Bobo.          

Chèvres en transport en commun :)

 

Enregistrement en quatrième vitesse à l’Auberge : très jolie bâtisse coloniale, superbe piscine, des balustrades de bois verni magnifiques, une chambre avec tout le nécessaire – même le wi-fi – mais horriblement laide!          

C'est joli dans la cour de l'Auberge

 

Départ immédiat pour visiter la mosquée de Bobo, construite en 1880 et d’un style tout à fait particulier.  Ici, on laisse entrer tout le monde (contre 2,50$), visiter, prendre des photos, poser toutes les questions que je veux.  « Quand il y a une fête chez nous, les catholiques viennent ici; quand ils ont une fête, on va chez eux », me dit le guide.  Le Burkina pourrait en effet donner des leçons en matière de multiculturalisme et de saine cohabitation de plusieurs religions : il y a plus de 65 ethnies burkinabès, des immigrants de plusieurs pays, des baptistes, des protestants, des animistes, des musulmans, des catholiques…  sans conflit et sans Commission Bouchard-Taylor.        

Vue extérieure partielle de la vieille mosquée de Bobo

 

L’intérieur sombre de la mosquée ne bénéficie pas de beaucoup de circulation d’air; des ventilateurs de plafond ont donc été installés, une petite touche moderne qui détonne, tout comme le micro qui permet maintenant au muezzin de faire l’appel de la prière sans monter sur le toit!           

Tradition et modernité se rencontrent

 

Un escalier nous conduit justement là-haut.  On peut se balader sur le toit et voir deux pignons qui contiennent de petits espaces où hommes et femmes se retirent pour réfléchir, méditer, prier, pendant des périodes de retraite allant jusqu’à deux semaines.  J’angoisserais totalement.          

Au fond, l'escalier menant au toit

 

Derrière moi, un pignon pouvant loger quatre femmes en retraite silencieuse

 

Sidiki a demandé à un ami de se joindre à nous pour nous aider à nous orienter.  Il veut que nous allions visiter un musée que je ne trouve pas dans mon guide Petit futé.  Sur place, une grande muraille annonce le Centre de recherche pour la promotion et la sauvegarde de la culture Senoufo, mais la porte est fermée.           

Et voilà l'affiche...

 

Tout est fermé, même la grille!

 

On cogne, le directeur nous ouvre et nous explique qu’ils n’ont qu’une petite exposition qu’on pourrait voir … dans deux jours! On pose néanmoins des questions et la magie opère : le directeur sent notre intérêt, nous invite à entrer et on se retrouve dans une salle du Centre de recherche (normalement fermé au public!), devant des étagères pleines de trésors.           

Cassettes audio avec plein de secrets!

 

Les membres de son équipe font le tour des Senoufos et recueillent la tradition orale, sur cassettes audio, ainsi qu’en photos et en vidéos.  Qu’il s’agisse des rites liés à la naissance, à la mort ou des connaissances médicales traditionnelles, ils captent et classent tout ce qu’ils peuvent obtenir – ce n’est pas facile, mais ils apprivoisent les aînés qui finissent par partager ce savoir sacré.          

Du centre de recherche, on file vers le Théâtre de l’Amitié où un spectacle a lieu à 18h30.  On arrive pile pour le début, je m’installe dans les gradins, en prenant soin de m’enduire de chasse-moustiques et hop la représentation en plein air commence.            

Lieu de beaucoup de manifestations culturelles à Bobo

 

Pas de programme écrit, pas d’infos à la porte, sinon une poignée de main de l’un des responsables, je sais seulement que c’est un spectacle de danse contemporaine.  Le maître de cérémonie explique qu’en plus de la prestation en deux temps de la troupe de danse professionnelle, il y aura une performance chantée et une d’une école de danse de la région.  Si l’animation est un peu relâchée, l’énergie remonte rapidement dès que les musiciens et danseurs entrent en scène.  Pendant un bon 40 minutes, les danseurs sont fabuleux et la musique hypnotise le public!           

Les danseurs professionnels à l'oeuvre

 

Ensuite, petit choc culturel : un chanteur vient interpréter deux morceaux en chantant par-dessus la voix d’un artiste pré-enregistré… pas du lipsynch, pas du karaoké, du je-chante-par-dessus-toi! Si le premier morceau semble ennuyer un peu les gens, le second fait hurler et danser les jeunes dans les gradins (euh… mais pas moi!).  Les fillettes d’une école de danse de la région de Bobo font ensuite leur chorégraphie : même si on remarque que toutes ne sont pas au même niveau dans leur apprentissage, elles sont très bonnes et la foule jubile!           

Les jeunes filles

 

Enfin, dernière partie du spectacle, avec le retour de la troupe de danseurs professionnels accompagnée de son orchestre, qui reprend possession et de la scène et de la foule (il y a même tout un gradin de jeunes qui font des pas de danse en même temps qu’eux!).  L’énergie est fantastique!          

Dernière chorégraphie de la soirée

 

Ultime destination avant de rentrer dormir : le restaurant Eau vive, tenu par des religieuses catholiques.   Excellente table (avec son réputé canard aux mangues que j’ai pu goûter) stratégiquement située dans un bel édifice impeccablement tenu, avec une grande cour dans laquelle on peut manger en toute quiétude, l’Eau vive a une particularité qui surprend : vers 21h30, les religieuses cessent le service, prennent la parole pour expliquer qu’elles vont chanter l’Avé Maria, distribuent des cartons avec les paroles, disent une prière et entonnent en chœur ce cantique!           

J'ai pris un coup... chez les soeurs!

 

Je complète donc mon repas d’un sorbet à la mangue, avec en tête leurs très belles voix, rentre à l’Auberge revoir le programme du lendemain et roupiller!

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2 commentaires sur “Bobo, Bobo, Bobo!

  1. Merveilleux voyage et si bien raconté !
    Les pignons à la mosquée permettent-ils aux personnes de se coucher ou doivent-elles rester debout ? Voient-elles dehors ?
    Ce que je trouve le plus touchant est le centre de recherche sur la culture senoufo. J’ai remarqué comment le côté des étagères était magnifiquement sculpté. Quel souci de la beauté partout !
    Merde, si André avait pu être là ! Mais je vais le diriger vers ce billet et tout ton voyage. J’aimerais qu’il voit son pays d’adoption par ton regard !
    En tout cas, tes billets sont assez intéressants pour être publiés comme « carnet de voyage au Burkina » !
    Bisous. :)

    1. Coucou!
      Oui, les gens peuvent se coucher, à même le sol par contre, et dans un espace restreint donnant sur une petite ouverture en triangle sur la lumière extérieure… Minimaliste, mettons!
      Tu as parfaitement deviné: au Centre de recherche pour la promotion et la sauvegarde de la culture Senoufo, le souci de mise en valeur était partout, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ça ne se comparait pas du tout aux autres endroits muséaux que j’ai vus…
      Ce serait cool que ton ami André parle de son expérience aussi; c’est tout un choix de vie qu’il a fait et ça ne doit pas venir sans défis…
      À bientôt!

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