Tous mes sens explosent!

Quand je suis sortie de ma chambre ce matin, on m’interrogeait sur la progression de mon « Palu de la bonne arrivée »… Absolument tout le personnel s’inquiétait de ma santé; j’adore vraiment cette résidence d’hôtes, c’est comme être à la maison!  Pendant le petit-déjeuner – œuf à la coque et mouillettes; ananas; confiture de papaye; miel; pain baguette; jus d’orange fraîchement pressé et café – un tintamarre du tonnerre s’est fait entendre : un mariage défilait dans la rue. Klaxons des voitures et mobylettes, cris des cavaliers debout sur leurs chevaux, une joyeuse procession accompagnait les heureux époux.  Certains cavaliers allaient même jusqu’à galoper la tête en bas!    

Ensuite, Sidiki devait me faire visiter le Grand marché de Rood Wooko et le Quartier des bronziers. Nous avions également convenu d’une visite dans un marché local, question de voir la différence entre le Grand marché source de grogne et un endroit plus populaire.    

Tout un chargement, pour un si petit vélo!

 

Je vous rapporte bien quelques photos… mais si peu comparativement à tout ce que j’ai vu et senti.  Principalement parce que j’hésite régulièrement à sortir mon appareil.  J’essaie d’être un témoin respectueux de ces univers que je visite, mais d’éviter de me comporter en voyeur et la limite entre les deux n’est pas toujours claire.  Ainsi, je demande la permission avant de poser un objet important pour un commerçant et je ne m’offusque jamais de ce qu’on me la refuse.  Une tisserande n’a pas voulu que je pose le métier qu’elle utilisait pour fabriquer des sacs avec des rebuts de plastique : elle protégeait son innovation avec beaucoup de fierté! Elle m’a rappelée ma grand-mère Régina, qui tissait de magnifiques étoffes, et qui réservait une pièce toute entière à son précieux métier qu’on ne pouvait toucher qu’après permission. Il va sans dire que je demande aussi l’accord des personnes avant de tirer leur portrait et je tente, quand cela est possible, de leur rapporter un imprimé de la photo dans les jours suivants, ce qui est généralement fort apprécié.  Mais malgré ces précautions, j’ai toujours quelques réserves… Et comme je ne croise pratiquement pas de touristes ici (pas un seul aujourd’hui!), j’essaie de ne pas trop nous faire mauvaise réputation!    

Il faut absolument manger des bananes ici, miam!

 

La visite du Grand marché de Rood Wooko est incontournable. Ce lieu qui était autrefois le cœur des activités commerciales – avec ses milliers de commerçants – a brûlé en 2003 et sa reconstruction s’est éternisée sur 6 ans! Évidemment, aucun entrepreneur ne peut attendre si longtemps,  alors les marchands se sont déplacés vers des marchés de quartier ou se sont installés un peu partout autour du site en construction.  La réouverture du Grand marché s’est faite en 2009, mais de nombreux commerçants sont restés dans les rues environnantes.  Le marché est très vivant et on y trouve de tout.  Blanche comme je suis – tout le monde m’appelle la Hollandaise! – on a tôt fait de me repérer et Sidiki travaille extrêmement fort pour mettre un peu d’ordre dans l’énorme suite qui m’accompagne rapidement.  Chaque marchand veut que j’entre dans sa petite case.  Toucher un objet indique que vous avez un intérêt et on ne vous lâchera pas de sitôt! Ceci dit, je me sens très à l’aise et quand c’en est trop, il suffit de dire clairement « bonne soirée » et les vendeurs même les plus vaillants vous laissent filer.  C’est dans les cases tenues par les marchands plus âgés ou les femmes que j’ai eu plus de faciliter à parler, regarder, poser des questions. Petit moment privilégié : j’ai posé des questions à une dame sur un petit coffret de bois sculpté, lequel contenait un jeu, l’awalé, ce qui a amené Sidiki et le frère de la marchande à disputer une partie (qui s’est soldée par un match nul!). Enfin, chacun de mes achats a au préalable fait l’objet d’une inspection de Sidiki, féroce négociateur qui ne lésine pas sur le marchandage et qui me fait des conciliabules stratégiques!    

Partie d'awalé

 

J’aime toujours visiter la portion alimentaire des marchés, pour les odeurs et les couleurs, mais aussi parce qu’on y sent le quotidien.  Ici au Grand marché, on zieute d’un côté, des racines de gingembre, des montagnes de bissap – fleurs séchées d’hibiscus, aussi appelées oseille de Guinée qui servent à faire une infusion –, des plateaux de soumbala – des boulettes noires faites des graines d’un arbre appelé néré, dont on se sert pour épicer des sauces entre autres; et de l’autre, des quartiers de viande, des fruits en quantité, d’immenses sacs de mil ou de riz, des savons.    

Du bissap

 

Comme c’était sur notre route, Sidiki a proposé de devancer la visite au Centre culturel français Georges-Méliès et j’ai ainsi pu voir la bibliothèque où l’on trouve une sélection d’ouvrages sur le théâtre africain.  Je n’ai pu emprunter de livres pour l’instant, mais j’ai proposé à Sidiki de l’abonner pour l’année, ce qui me permettra de sortir des livres pendant mon séjour et lui donnera, ainsi qu’à sa famille, accès aux nombreux services – médiathèque, bibliothèque, salle de spectacles, etc. – après mon départ. Nous y retournerons donc…    

Le CCF Georges-Méliès: biblio, café, médiathèque, salle de spectacles...

 

Puis, la visite du Quartier des bronziers, de l’autre côté de la rue, a été pleine de surprises.  Certes on y vend nombre de statues de bronze, la technique du bronze à la cire perdue (on fait une sculpture avec de la cire, on l’enveloppe ensuite d’un ciment ou d’un autre matériau, puis on chauffe; la cire fond et dans l’espace vide on met le bronze qui deviendra sculpture) étant parfaitement maîtrisée par les bronziers burkinabés.    

Les cases des détaillants de sculptures de bronze

 

Mais ce qui m’a étonnée, c’est d’y trouver de très nombreux masques, bâtons, poupées, des différentes régions du pays, objets de bois qui n’ont rien à voir avec le bronze (mais qui se rapportent mieux, quand on est visiteur…).  Et j’ai beaucoup rigolé en voyant le manteau des Nordiques d’un des commerçants – pour se protéger du froid m’-a-t-il dit, mais quel froid!.  Et de nouveau quand un autre m’a dit qu’il fallait que nous refassions le référendum et qu’il trouvait qu’il y a beaucoup de Québécois sur Facebook!    

Ça ne s'invente pas!

 

La découverte du marché de quartier Sankariaré a bien terminé les visites de la journée.  Ici, on sent qu’il y a de la transaction en quantité; je ne suis définitivement pas le client-cible!  Et pour la première fois, le jeu s’est inversé : moi qui n’osais pas sortir ma caméra, je me suis aperçue qu’on était en train de me photographier, ce qui m’a beaucoup amusée!  J’ai jasé basin avec un marchand qui m’a expliqué de a à z ce qu’il faisait de cette magnifique étoffe, de son importation à sa technique de teinture.  Il faut savoir que la fibre de coton quitte le Burkina à destination de l’Allemagne, où on la tisse, pour ensuite la réacheminer au Burkina sous forme de tissu damassé avec un effet côtelé, blanc ou coloré, étoffe finalement transformée en de jolies tenues, le plus souvent par des couturiers d’origines sénégalaises. Plus loin, on m’a expliqué vêtement par vêtement les usages : tuniques longues pour la dame musulmane qui souhaite prier à l’aise, tunique courte ici pour une autre, mousseline de voilage, bandeau et foulards pour les cheveux, que de textures!    

Marché de quartier Sankariaré

 

Petit crochet par après question d’acheter un régime de bananes, pour accompagner la glace à la vanille et l’espresso, de retour au Karité Bleu où je devais faire toilette avant d’aller dîner chez des amis, Fatou et Amidou Yonaba.  J’en arrive à l’instant et mon ventre est tellement gonflé qu’on jurerait que je suis enceinte d’une baleine!     

Amidou Yonaba, un hôte fantastique qui veille sur moi pendant tout mon séjour!

 

Fatou avait préparé un festin : d’immenses avocats avec sauce et vinaigrette, suivis de beignets à la viande et aux crevettes.  Ensuite, j’ai pu déguster une délicieuse soupe aux crevettes et au lait de noix de coco; moi qui déteste la noix de coco, j’ai adoré cette soupe!    

Avocats, beignets et soupe!

 

Puis elle a apporté un grand plateau avec deux poulets entiers et des brochettes de bœuf, avec des alocos et des pommes de terre.  Et une petite assiette avec un piment extrêmement fort pour l’assaisonnement; j’ai à peine pu en mettre dans ma bouche, c’était l’incendie gustatif!      

Poulets entiers, brochettes, alocos et pommes de terre!

 

Partie du poulet qu'on donne à l'invité pour lui signifier son amitié renouvelée et sa fidélité; farce au foie et aux champignons et le fameux piment

 

Au salon, le repas s’est terminé avec un immense plateau de fruits; comme je n’arrivais déjà plus à ingurgiter quoi que ce soit (ouf!), je suis repartie avec deux papayes pour le lendemain! Et bien sûr, avec des tonnes de photos, car c’est l’une des toutes premières choses que la cadette m’avait demandée à mon arrivée… alors imaginez quand on s’est mis à jouer avec la webcam au dessert!     

Amnata (sur mes genoux) adoooore les photos!

 

Party de webcam!

 

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Un commentaire sur “Tous mes sens explosent!

  1. Quel plaisir de te voir t’amuser ainsi et découvrir ! Je me sens sur les pas d’une exploratrice de première !
    Au plaisir de lire tes futurs billets. Mais celui-ci est d’une richesse affolante !!!
    bisous xxx

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