38 degrés, en plein coeur de Ouaga

Saviez-vous que le Burkina Faso est le seul pays au monde à avoir décrété le 8 mars, la Journée internationale de la femme, congé férié?  Le président Thomas Sankara – qui n’aura dirigé que quatre ans avant d’être assassiné – avait mis la femme au cœur de sa politique de modernisation du « pays des hommes intègres ». Pour lui, l’avenir de l’Afrique passait par les femmes.  Beaucoup de progrès restent à faire, mais il semblerait que ce pays soit celui qui traite le plus respectueusement les dames sur le continent. En tous cas, les légendes regorgent d’histoire de princesses désobéissantes (et glorifiées!)…

Flora, future grande actrice, est venue me demander de la poser avec son gobelet!

Pourtant, la réalité ici est dure, pour la très grande majorité: 6 enfants par femme en moyenne; un sur dix qui mourra avant d’avoir trois ans; taux d’alphabétisation n’atteignant pas les 30%; espérance de vie de 52 ans (l’une des plus basses au monde); près de la moitié de la population vivant sous le seuil de la pauvreté. Le Programme des Nations unies pour le développement classe le Burkina 176e sur 177 pays en voie de développement (sources Routard).

C’est avec tout ceci en tête que je faisais aujourd’hui ma première sortie au centre-ville de Ouaga : 38 degrés, la poussière et la pollution m’ont assez rapidement coupé le souffle, mais deux petits coups de pompes ont eu tôt fait de rétablir ma situation respiratoire.

En plein centre-ville de Ouagadougou

Sidiki, natif de Ouaga et jeune papa, m’accompagne partout.  Au volant, il se faufile, entre les motos, les autos, les piétons, les charrettes tirées par des ânes et les nombreux obstacles.  À pied, c’est la même chose, et toujours avec un calme olympien. Et il me laisse même croire parfois que je me débrouille bien toute seule.

Sidiki au premier plan; au loin, une fontaine magnifique

Petite visite de reconnaissance d’abord au Village artisanal, l’artisanat étant au cœur des politiques de développement ici. Et point non négligeable, les coopératives de femmes y sont très importantes. Le Village artisanal de Ouaga propose à l’entrée une boutique léchée, avec clim, où il y a des objets de plusieurs artisans.  Mais juste derrière se trouvent les cases dans lesquelles les artisans travaillent et où on peut acheter les objets directement d’eux… moins cher et plus de choix, vous voyez le genre!  J’ai fait mon tour de reconnaissance et comme prévu, ai limité mes achats aux cartes et à un petit cadeau, malgré tout ce que j’ai pu zieuter! Prendre le temps… du temps dit le dicton africain.

Masques dans la boutique officielle du Village artisanal de Ouaga

Bien sûr, le Burkina est réputé pour le travail du cuir et plusieurs autres spécialités, mais ce qui a retenu mon attention, ce sont les œuvres faites de recyclage.  Ainsi, les Papiers du Sahel, une coopérative de femmes, propose des carnets, des cartes et autres objets faits à partir d’un mélange de papier récupéré et d’herbes.

Carte faite d'une pâte de papier récupéré et d'herbes

Pas très loin, on trouve une autre coopérative de femmes qui, à partir de sacs de plastique récupérés, tisse des sacs à main, sacs à dos, coffres à crayon et des poupées.  Un marchand d’instruments de musique offre, au milieu de ses objets traditionnels, des instruments faits avec des boîtes de sardines.  Et puis finalement, coup de cœur, le recyclage des pièces de motos en de magnifiques sculptures, petites et grandes.

Sculpture de pièces mécaniques recyclées!

Sidiki m’a ensuite menée à la librairie Diacfa, un espèce de gros Renaud-Bray avec gardes. Un tout autre univers, mais c’était le seul moyen de mettre la main sur des livres de théâtre. Et encore. La dame en charge m’a résumé la situation : « Au Burkina, on écrit peu le théâtre et on le publie encore moins. Par contre, la poésie, on l’écrit beaucoup, on la publie beaucoup, mais personne ne l’achète ». Vraiment comme chez nous quoi!  Beaucoup de théâtre, peu de traces.

J’ai tout de même réussi à mettre la main sur quatre pièces : deux de Lamoussa Théodore Kafando : « Laafi Nooma ou la santé » et « La femme de mon père n’est pas ma mère » (sur la polygamie); une de Jean-Pierre Guingané, « Les lignes de la main »; un texte de Sainte-Meule, « Les perles de l’humanité ou Les dix commandements de l’enfant ».  J’ai complété le tout par un roman de Sayouba Traoré, « L’héritier » et un essai intitulé « Des femmes écrivent l’Afrique » et qui vise à faire connaître les paroles jusque là méconnues de femmes d’Afrique, dont les voix se sont élevées au cours des siècles (selon la quatrième de couverture).

Au retour, Sidiki devait faire une course alors j’en ai profité pour faire les miennes toute seule. Il n’était pas convaincu, mais on a gentiment négocié et il m’a laissé filer.  Au retour, il était plutôt étonné des prix que j’avais obtenus : il paraît que je m’en suis mieux tiré que lui!  Mais s’il m’avait vu mimer ma recherche de shampooing, je crois qu’il se serait bien bidonné!

Petits commerces au bord des routes

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