S’exposer à la critique…

Jouer, c’est s’exposer. Mettre en scène, c’est s’exposer et exposer les autres. Les quatre petites filles sont à l’affiche au M.A.I. depuis quelques jours et je me sens ainsi vulnérable et exposée. Parce qu’on a eu beaucoup d’attention et que de plus en plus de rétroaction est publiée.  Chaque artiste réagit différemment à la critique. Pour ma part, je veux la voir, la lire, la relire, la confronter, mais le plus lucidement possible. C’est donc toujours intéressant d’observer comment je réagis aux remarques et à l’absence de commentaires.

D’abord, les mentions dans les prépapiers des médias et les entrevues, il serait faux de dire que ça ne me plaît pas. Au contraire, voir qu’on est dans les recommandations, faire la tournée des radios pour parler du spectacle, voir la magnifique photo réalisée par Pierre Guillaume imprimée dans la presse écrite, c’est vraiment satisfaisant.  Pourquoi? entre autres parce qu’on a bien envie de rejoindre un public à l’extérieur de notre cercle de proches. Nos amis, nos familles, on a terriblement besoin qu’ils continuent d’aimer inconditionnellement nos élucubrations. Mais c’est en se confrontant à un plus large public que mon travail prend tout son sens et c’est par les médias qu’on rejoint cet auditoire (he ho les sales langues, nan, c’est pas juste mon intarrissable besoin d’attention qui est responsable, même si c’est certain que ça contribue un peu également… sinon, je serais restée dans mon job de bureau où croyez-moi, la réussite était synonyme d’invisibilité!).

Ensuite, quand tombe les critiques des spectateurs ou des médias sur le spectacle, il faut vraiment garder à l’esprit que chaque commentaire – élogieux ou catastrophique – est celui d’une seule personne à un moment précis. Chaque représentation est différente, des tonnes de facteurs influencent la prestation et en lisant les réactions, on se retrouve devant des contradictions éloquentes, qui mises bout à bout nous rappellent vraiment que tout ceci est très subjectif. Et émotif. L’un trouve que les comédiennes jouent mal alors que l’autre qualifie le jeu de remarquable, le même jour, à l’issue de la même représentation!

Il me faut cependant avouer que ça me gosse quand certains réagissent à la pièce sans en connaître le texte, le contexte, sans avoir lu le programme, sans comprendre ce qu’est un « work-in-progress ».

Devant un objet aussi étrange que cette pièce surréaliste, au fond, il n’y a que l’indifférence qui devrait m’atteindre… et c’est typiquement ce qui me travaille le plus (mais je me soigne).  Une de mes amies comédiennes qui a vu mon autre Picasso l’an dernier a pris le temps de m’écrire ensuite pour me dire qu’elle détestait carrément ce genre de théâtre, mais qu’elle saluait notre travail et notre investissement; ça m’a fait chaud au coeur, sincèrement.  En même temps, je dois apprendre à accepter que certains et certaines soient sans mots devant mes prestations bizarroïdes… que d’autres soient mal à l’aise de m’avouer qu’ils ont détesté. Qu’ils n’y trouvent aucun intérêt. Que ça les a ennuyé.  Je les comprends de se pousser discrètement, c’est pas facile à formuler.

Tout ça pour dire que je me réjouis que vous soyez nombreux à venir me parler après mes spectacles, à écrire de la rétroaction sur le site web du Festival St-Ambroise Fringe, sur Twitter et ailleurs.  Merci de vous déplacer, d’investir de précieuses heures de votre vie et de partager vos réactions qui sont réelles, uniques et nécessaires.

Le théâtre n’est pas un bibelot fragile. Le théâtre est une prise de parole dans la Cité et il doit générer du dialogue ou des réactions émotives, physiques, sensorielles, intellectuelles. Alors svp… critiquez, commentez, réagissez!

MAJ: j’ai oublié de mentionner que la claque, à la fin de la pièce, c’est aussi une merveilleuse critique… pas toujours facile à décrypter, mais celle de ce mercredi 16 juin était fort éloquente… et agréable!

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