Masturbation! (« Intellectuelle »… désolé)

Mon ami et conseiller Olivier m’a pondu un autre texte. Il l’a fait en réaction à une de mes phobies et j’ai nommé: la poïétique (c’est même pas dans mon Robert ce mot-là!).  Et je dois avouer que son timing est pas mal bon, parce que ouf, j’ai vu récemment un petit spectacle où ma foi on se prenait très très au sérieux! Quand vous viendrez nous voir (les billets sont en vente sur www.montrealfringe.ca!), prenez pour acquis qu’aucun des choix que nous avons faits n’est considéré comme le seul valide. Tout est possible et justifiable, et rien ne l’est.  Je vous laisse lire Olivier maintenant, qui – en passant – est un peu trop indulgent à mon égard et qui semble ignorer que je suis le Centre de l’Univers et LA détentrice de la Vérité Artistique Universelle. 

Véronick

Masturbation! (« Intellectuelle »… désolé)
Texte d’Olivier Gagnon

Le problème fréquent avec les œuvres surréalistes, ce n’est pas l’œuvre en elle-même, mais plutôt la ribambelle d’obsédés de l’intellect pédants, arrogants, prétentieux et égocentriques finis, voyant chacune de leurs idées comme la meilleure chose depuis que l’homme a signé son nom sur un urinoir et se retrouvant généralement à vos cotés lorsqu’ils décident d’honorer le monde de leur divin savoir sur la vérité fondamentale de celle-ci.

Toutefois, je dois vous avouer que ça m’arrange bien, car ils sont visiblement déjà trop occupés  à jouer dans vos pattes pour venir embêter Véronick Raymond et son équipe!

Je peux déjà en entendre me crier: « Balivernes! Après tout, la concrétisation sensorielle de l’œuvre dérive la discussion de l’interprétation conceptuelle primaire, selon les paradigmes intrinsèques des éléments métacréationels, en marginalité fictive par rapport à l’indépendance du discours substantivé de la nature vitale de l’Art sur l’Artiste! Car, Hegel dit, dans son… bla bla bla bla bla… » et moi de leur répondre: « ARGUEEUUASHNGCTYYYYDH!!!!!!!!!! ».

Afin de développer cette dernière idée avec un peu moins de clarté, quoi de mieux qu’un concept dont les pervers cérébraux de la Pensée Artistique, tels de jeunes Lavallois tripotant le bouton de basses de leur Civic montée, abusent sans retenue: la poïétique! (Tout ceux qui ont joui à ce mot, sentez-vous visés. – et ceux pour qui ce n’était que par pur hasard, dû à une stimulation physique en cours… Vraiment? Vous faites ça en me lisant?! Hmmm… flatteur… mais assez troublant… Allez au moins vous lavez les mains avant de continuer!)

Donc, la célèbre encyclopédie « Wikipédia » nous dit de la poïétique qu’elle a « […] pour objet l’étude des potentialités inscrites dans une situation donnée qui débouche sur une création nouvelle. » (en se fermant les yeux ont peux presque voir le béret et le col roulé de l’auteur). Grosso modo, on y définit trois niveaux présents dans la création artistique – principalement musicale et théâtrale:

 La poïésis, soit le niveau du créateur, son intention, ses influences, bref tout ce qu’il met et perçoit dans son œuvre.

 Le niveau neutre, soit la pièce écrite (ou la partition musicale), ce qui est accessible à tous et chacun et qui en soi n’est doté que de ce que le créateur y a inscrit noir sur blanc.

 L’esthétis, soit le show, ou la représentation concrète de l’œuvre papier par les différents interprètes, donc ce qui « débouche sur une création nouvelle ».

Prenons le premier exemple qui me passe par la tête… hummmmm… AH! Je sais!!! Pourquoi pas la mise en scène de Véronick Raymond (aka C6H12O6/3.1416/2xD aka SugarPieDoubleD) des « Quatre petites filles » de Pablo Diego José… Nepomuceno María… Santísima… Ruiz y Picasso.

À prime abord, le texte (niveau neutre) peut nous sembler n’être composé que de couleurs, de fleurs, d’arbres, de nourriture, d’odeurs, de rires, de pleurs, de chants et de querelles enfantines, auxquels se mélangent, sans queue ni tête, des scènes parfois violentes et morbides qui nous laissent finalement sur l’envie d’appeler les services sociaux.

C’est que lorsqu’il écrit la pièce, Picasso avait très certainement en tête une vision complète de sa création (poïésis): des histoires, des messages, des costumes, des mouvements, des décors, etc. Cependant, toutes ses intentions n’ont pas été transmises à l’écrit où il ne laissa que des dialogues et quelques didascalies, à peu près rien qui puisse être pris au premier degré.

Le résultat est beaucoup trop complexe pour que les spectateurs en fasse leur propre analyse sur le moment et trop dénaturé pour que quiconque puisse prétendre pouvoir y trouver ce qu’était précisément l’intention de Picasso en l’écrivant.

La tâche de redonner un peu de sens à tout ça sera donc celle de la metteure en scène et de son équipe (esthétis). Ils y apporteront non seulement des éléments très concrets (tels les décors, où se tiennent les comédiens, la gestuelle, à qui s’adresse chaque réplique, etc.), mais également des émotions, des intensités et des messages n’étant pas définis explicitement à l’écrit.

Bien entendu, si les différentes interprétations des pièces pouvaient toujours être entièrement fidèles à l’intention du créateur, elles seraient toutes à peu près identiques et bien peu de gens retourneraient voir plus d’une fois un même titre. De la même façon, les comédiens seraient interchangeables, leur jeu toujours pareil à celui des autres (bref, fini les fan-clubs). Or, qu’il s’agisse de théâtre, de concerts, ou d’opéra, les amateurs se présentent aux différentes productions d’une même œuvre, non pas dans l’idée de revoir ce qu’ils ont déjà vu, mais bien dans celle d’assister à une nouvelle création faite autour d’un « squelette » qu’ils connaissent et apprécient (ou qu’ils espèrent finalement être à même d’apprécier).

Voilà précisément ce que l’on ne comprend pas, s’attirant du même fait l’attention de ces mouches que l’on nomme « masturbateurs intellectuels ». Car, devant une œuvre dont on a du mal à saisir rapidement le sens, ces dernières se précipiteront sur nous, tentant de beurrer allègrement la tartine de notre confusion de leur superbe confiture d’idées sans fondement. Mais fort heureusement, pas de vicieux de la cervelle chez Véronick Raymond! Ici l’art n’a pas de Vérité, il n’est pas concret, il n’est pas vital: l’art est ce que nous voulons bien qu’il soit.

Autour de la forme qu’est la pièce écrite, on peut penser et dire ce que l’on veut, on peut montrer ou faire ce qui nous plaît. Picasso n’y a pas son mot à dire car, ce qu’il voyait en l’écrivant n’a que l’importance qu’on décide d’y accorder. Par exemple, dans la boucherie d’une chèvre, on peut aussi bien voir le thème du dépucelage que celui des menstruations (ou simplement une petite fille psychopathe à surveiller de près). Que Picasso ait vu l’un ou l’autre en rédigeant sa pièce, on s’en fout. S’il avait souhaité qu’un sujet ressorte, il l’aurait mis clairement à l’écrit, le reste, c’est notre affaire.

Notez que je parle ici à la première personne. Tous et chacun sommes concernés par cette situation et que l’on soit comédien, metteur en scène, ou spectateur, l’art nous permet d’en extraire ce qui nous convient, indépendamment de l’intention envoyée. C’est ça, la beauté de l’art moderne.

Alors, la prochaine fois que quelqu’un vous dira: « Mais non, c’est pas comme ça qui fallait le comprendre. En fait, c’est une critique ouverte sur la relation œdipienne entre les médias et les environnementalistes… » Faites comme les gens géniaux de Pretium Doloris et dirigez-les en souriant vers les toilettes les plus proches en leur disant : « Ces choses là, on fait ça en privé. »

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14 commentaires sur “Masturbation! (« Intellectuelle »… désolé)

  1. j’aime beaucoup!!

    « ces dernières se précipiteront sur nous, tentant de beurrer allègrement la tartine de notre confusion de leur superbe confiture d’idées sans fondement »

    tellement juste. et à plus d’un point de vue. merci pour cet excellent texte :)

    ps: petite coquille au dernier mot ;)

  2. Mais que vais-je donc faire dans cette galère ? À lire le Prof. je me le demande sérieusement. ;-)
    J’aime bien la façon qu’a O. d’introduire par des blagues une grille qui lui sera utile tout au long pour nous déniaiser un peu sur les étages du gâteau :)
    O. tu auras beau écrire n’importe quoi pour me décourager d’y être, j’y serai si la vie me le permet !
    Et merde à ceux qui pèsent les mouches à la balance des toiles d’araignée.
    MES BILLETS SONT ACHETÉS !! :p
    ET LES VÔTRES VOUS ATTENDENT ! ——–>> (514) 849‐FEST

    1. Puis à « que les spectateurs en fasse » ça devrait être « fassent »… Mais je mets tout ça sur le dos de l’universalité dichotomique des préceptes actualisés en rapport à la métaphilologie future…

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