Rien au bout du fil… et puis après?

Dans un mois exactement, je serai en répétition générale, à la veille d’une première, au Théâtre Mainline*.  Je travaille présentement à la mise en scène de la magnifique pièce Au bout du fil, d’Évelyne de la Chenelière avec des comédiens amateurs, dans le sens le plus noble du terme.  Ils sont amateurs de théâtre, ils aiment le théâtre, ils aiment en voir, ils aiment en faire, ils aiment les artisans.  Et ils sont d’une générosité déstabilisante.

Travailler ce texte exige de se mettre en état de grande vulnérabilité.  Et je suis fascinée de constater à quel point toute l’équipe accepte de se soumettre à cet exercice d’authenticité.  Ce texte qui parle de solitude et de mort, de ma solitude et de ma mort – et de celle des interprètes et de la vôtre -, ce texte là, je ne suis pas capable le mettre en scène sans entrer en réel dialogue avec les comédiens.  Je ne peux pas me contenter de le placer, le rythmer, le structurer.  Ce texte exige qu’on lui cède des petits bouts de soi.

Depuis des semaines donc, j’échange avec les comédiens et je tente de les amener à ouvrir des portes, pour qu’ils canalisent dans les mots et les actions des personnages, ce qu’ils ont de plus privé.  Il n’est pas question ici de faire de la thérapie de groupe ou de se gratter le bobo, je ne fonctionne pas bien dans un tel cadre, alors je ne l’impose pas aux autres.  Il s’agit plutôt de creuser des sillons, de piger dans nos petites et grandes failles sans les nommer, dans nos victoires et nos défaites avouées ou non, d’en sculpter la charge émotive pour qu’ensemble, bientôt, on puisse prendre le risque de s’exposer publiquement.  C’est à la fois totalement indécent et totalement essentiel.  Indécent parce qu’on fouille dans nos vies pour en faire de l’universel, mais totalement essentiel parce qu’on se sent si vivant en le faisant.

Bientôt vous pourrez les voir pêcher avec rien au bout du fil.  Imparfaits et vulnérables.  Et vous saurez quelle route exigeante ils auront empruntée.  J’ai l’immense privilège de mettre en scène ma vision de ce texte grâce à eux.  J’espère qu’ils vous toucheront autant qu’ils me bouleversent.  Malgré la noirceur, la solitude, la mort à laquelle nous n’échapperons pas comme le texte nous le rappelle sans cesse, ce voyage en groupe organisé me fait beaucoup de bien.  Finalement, on s’en fout qu’il n’y ait rien au bout du fil, tant que la partie de pêche se poursuit en bonne compagnie…

*Au bout du fil, d’Évelyne de la Chenelière, mise en scène de bibi (Véronick Raymond), une production du Cadavre exquis, du 7 au 10 avril au Théâtre Mainline, billetterie 514-849-3378 .

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