Cicatrices contre cicatrices

Quand je monte un texte, j’ai d’abord une période d’observation des personnages.  Ils me regardent, je les zieute, on se fréquente.  Et en ce moment, voilà, je suis prise avec ces quatre petites filles que Picasso nous a léguées.  Et pourtant, on se fréquente depuis déjà quelques années, cicatrices contre cicatrices.

Numérotées comme des marchandises, comme des objets qu’on vend dans un lot à l’encan, elles tournent et crient et chantent et vivent sur le papier et dans ma tête.  Pourquoi la petite fille no III est-elle si attirée par le puits, pourquoi croit-elle toujours pouvoir en atteindre le fond?  Pourquoi les plaies vives sont-elles si attrayantes?  Pourquoi les boucs émissaires, pourquoi le rejet?

« Ça y est, ça y est, ça y est.  Vous ne m’aurez pas vivante et vous ne me voyez pas.  Je suis morte. », dixit la petite fille no III, dans Les quatre petites filles, de Pablo Picasso.

D’ici quelques jours, ce sera le temps de programmer une première lecture avec les interprètes, pour éviter que ces petites filles ne deviennent des spectres.  Elles ont besoin de chair, de voix, de corps et de sang.  Moi aussi.

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3 commentaires sur “Cicatrices contre cicatrices

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